MAGHREB
22/09/2015 13h:20 CET | Actualisé 07/02/2016 09h:08 CET

Tunisie: Quand une annonce sur Facebook rappelle le calvaire des aides ménagères mineures

page facebook"Non à la serpillière et au seau"

SOCIÉTÉ - Fatma a l’allure d’une petite femme, les cheveux couverts par un foulard. Essoufflée par son ouvrage, elle nettoie les abats d’un mouton qu’on vient d’égorger à l’occasion d’une fête de circoncision. Mais elle semble maîtriser ce qu’elle fait. Elle n’est pourtant âgée que de 15 ans. Seul témoignage de sa juvénilité, sa petite taille.

Dynamique et toujours souriante, elle semble parfaitement s’intégrer dans cette ambiance familiale. "C’est ma deuxième fille", affirme Madame Wahida, la maîtresse de la maison. Elle se dit "fière de cette fille qui sait tout faire. Pendant l’Aid El Kebir, c’est elle qui s’occupe de tout, à savoir les trois moutons de la famille. Ma santé n’est plus comme avant alors je lui montre comment faire". Car la fille de Madame Wahida et ses deux belles filles n’aiment pas faire le ménage, encore moins lors de ce genre de fêtes: "C’est écœurant", lance Rafika, la fille de Madame Wahida.

Parfois, les deux fils de cette dernière demandent à leur mère de "lâcher un peu" Fatma, " de la laisser se reposer". Mais celle-ci, qui aime que tout soit dans l'ordre répond avec ironie: "Si vous nous aidiez un peu, je pourrais la ménager".

Fatma est originaire d’Aïn Draham dans le nord ouest. L’ancienne femme de ménage de Madame Wahida, issue du même village que Fatma, a servi d’intermédiaire et lui a recommandé cette fille.

"Une fille intègre, pas comme les autres", répète la maîtresse de maison. D’ailleurs, en plus de son salaire, elle lui prépare son trousseau de mariage. Fatma souhaite en effet, se marier dès qu’elle en aura l’âge: "Me marier et ne plus jamais travailler, avoir droit au repos", lance-elle en riant
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La précarité et l’impunité nourrissent le phénomène

Comme Fatma, elles sont plusieurs en Tunisie à travailler comme domestiques. Chokri Wali, chargé de mission au sein du ministère des Affaires sociales a affirmé au HuffPost Tunisie qu'il n'existe pas de statistiques sur le travail des enfants: "Une étude quantitative commencera en 2016", assure-t-il.

Entre temps, ces jeunes filles issues de familles pauvres et déscolarisées continuent à être envoyées dans des foyers pour travailler comme des aides ménagères. Qu’elles soient bien traitées ou pas, il s'agit d'une violence indéniable qui est condamnable par la loi tunisienne, en l’occurrence l’article 47 de la constitution, l’article 54 du code de travail et les articles 20 et 26 du code de la protection de l’enfant.

Sauf que la loi ne suffit pas à dissuader certains. En effet, une annonce déposée sur la page Facebook "Jeunes mamans" appelant à recruter une fille de 15 ans a dernièrement soulevé l’indignation des internautes.

aide ménagère

L'auteur de l'annonce y vante "les mérites" d'une "bonne couchante"âgée de 15 ans, "capable de rester 10 ans avec ses employeurs", n'effectuant pas de "sorties" et demandant "un salaire 300 dinars négociable".

L’annonce a été relayée par certains journalistes et internautes qui se sont offusqués.

aide ménagère

aide ménagère

L'affaire ne s'arrête pas là!

D'après la journaliste Hajer Boujemâa contactée par le HuffPost Tunisie, l’auteur de l’annonce a porté plainte pour diffamation contre elle et plusieurs journalistes et blogueurs.

Une page Facebook "Non à la serpillière et au seau" a été créée par un collectif composé, entre autres de personnes convoquées par la justice pour cette affaire, afin de dénoncer l’emploi des jeunes filles mineures comme aides ménagères.

Hajer Boujemâa, devenue administratrice de la page, a affirmé que le but de cette démarche visait "à profiter de cette polémique pour sensibiliser l’opinion publique autour ce cette forme de traite des êtres humains".

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