MAGHREB
22/09/2015 07h:00 CET | Actualisé 12/04/2016 13h:31 CET

Tunisie: L'abattage des chiens "accentue" les problèmes sanitaires, selon une association de défense des animaux

Huffpost

ANIMAUX - Le 19 septembre 2015, un syndicat de la police municipale a annoncé que 534 chiens ont été abattus en une seule journée, sur l'ensemble du territoire tunisien! Une "campagne nationale" qui intervient principalement suite aux doléances de citoyens qui se disent menacés par ces animaux proliférant dans les rues.

Se retrouver face à un chien solitaire ou même une meute dans les rues d'une ville tunisienne est un cas fréquent. Perdus ou cherchant à marquer leurs territoires, molestés ou en bonne santé, agressifs ou fuyant les passants, ils sont nombreux à arpenter les villes. Mais pourquoi les autorités choisissent-elles pour eux ce traitement cruel, présenté chaque année par de nombreux médias comme une mesure salutaire?

Pour Kaouther Ben Jannet de l'association animalière "Frères et Soeurs Méditerranéens" (FSM), l'abattage est un remède "politicien" qui existe depuis l'ère de Bourguiba. L'Etat le choisit comme solution de facilité pour faire taire les plaintes et montrer qu'il combat radicalement la rage, une maladie que les chiens errants sont accusés de propager, selon elle.

Les statistiques sont impressionnantes. En 2014, 47.000 tunisiens ont été agressés par un ou des chiens errants, selon les chiffres du ministère de la Santé.

"Mais les chiens ne transmettent pas plus la rage à l'homme que n'importe quel animal à sang chaud comme la chèvre, le chat ou le mouton", nuance Kaouther Ben Jannet. "Il faudrait essayer de trouver une vraie solution pour toutes ces espèces au lieu de tuer des chiens", poursuit cette activiste de la cause animalière qui échange beaucoup avec les autorités sur cette question.

Elle fustige sans cesse les modalités "barbares" de ces abattages "inefficaces". Pire, ces opérations peuvent "accentuer" les problèmes sanitaires, selon elle:

"Lorsqu'ils tirent sur un chien, ils n'emportent pas son corps. Ils le laissent sur place. Ceci fait que nous trouvons des chiens morts, en décomposition dans la nature et dans les rues. Au lieu de combattre la rage, les agents municipaux participent à propager les maladies", affirme-t-elle.

Elle cite l'exemple d'un chien que son association a retrouvé blessé par balle à la jambe, et laissé en état d'agonie sous le regard de plusieurs passants "choqués".

"Ça ne se fait pas. Et en plus, c'est une très mauvaise image de la Tunisie que donnent les autorités aux citoyens et aux touristes étrangers. Il y a des vidéos cruelles que des touristes partagent à l'étranger, en qualifiant la Tunisie de pays de barbares", déplore-t-elle.

Interrogé par le Huffpost Tunisie, un capitaine de police qui a requis l'anonymat assure que "des camions municipaux rassemblent tous les cadavres et les transportent vers des dépotoirs". Supervisant les membres de quelques unes de ces expéditions dans la capitale, il explique que certains chiens atteints par les tirs de leurs "fusils de chasse", peuvent réussir à s'échapper:

"Parfois on ne peut pas les rattraper. Ils meurent alors plus loin, sans qu'on ne puisse les retrouver", s'est-il défendu.

Quoi qu'il en soit, ces actions, en parsemant des zones d'habitation de cadavres de chiens, se révèlent contre-productives sur le plan hygiénique.

Quelles solutions pour ces animaux?

Les refuges pour animaux existent bien dans des pays étrangers. Même si les chiens errants sont rares dans les rues d'un pays comme la France, regroupant la plus grande population d'animaux de compagnie en Europe (avec environ 63 millions), il existe pour eux des structures comme la SPA (Société protectrice des animaux), association privée créée depuis le 19ème siècle. Par ailleurs, les traitements cruels envers les animaux y sont punis par la loi.

En Tunisie, les associations de défense des animaux sont marginalisées et leurs recommandations peu écoutées. Pour autant, elles proposent des solutions:

"Nous voulons des refuges pour les animaux. La municipalité de Tunis nous a promis à plusieurs reprises de nous donner des espaces pour construire ces refuges. Mais cela ne s'est jamais concrétisé. Ils ont refusé à la dernière minute", indique Mme Ben Jannet qui appelle également l'Etat à financer des campagnes de castration, de stérilisation et de vaccination massives et à effectuer des enquêtes sérieuses sur la rage ainsi que sur le nombre de chiens errants qui circulent.

En attendant, la police municipale de Tunis poursuit ses interventions nocturnes et diurnes. Selon le capitaine de police, 60 chiens ont été tués rien que dans la journée de dimanche, sur Tunis et sa banlieue.

LIRE AUSSI:HappyDog, un nouveau centre canin en Tunisie pour montrer "la véritable valeur d'un animal" (PHOTOS)

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Maghreb sur notre page Facebook.