MAGHREB
21/09/2015 08h:25 CET | Actualisé 21/09/2015 13h:43 CET

Tunisie: Dans les cliniques privées "le syndicalisme est banni" (TÉMOIGNAGES)

IMAGE DISTRIBUTED FOR FRESENIUS SE & CO. KGaA - This image released on Thursday, July 30, 2015 shows a nurse preparing an intravenously administered (I.V.) drug. Seen in the background are Agilia series infusion pumps for the administration of I.V. drugs. Fresenius Kabi, the leading supplier of I.V. generic drugs raises its 2015 earnings guidance after excellent financial results in the first half of 2015 and excellent prospects for the remainder of the year. For further information: http://www.fresenius.com/171.htm. Editorial use of this picture is free of charge. (Fresenius SE & Co. KGaA via AP Images)
Fresenius SE & Co. KGaA via AP Images
IMAGE DISTRIBUTED FOR FRESENIUS SE & CO. KGaA - This image released on Thursday, July 30, 2015 shows a nurse preparing an intravenously administered (I.V.) drug. Seen in the background are Agilia series infusion pumps for the administration of I.V. drugs. Fresenius Kabi, the leading supplier of I.V. generic drugs raises its 2015 earnings guidance after excellent financial results in the first half of 2015 and excellent prospects for the remainder of the year. For further information: http://www.fresenius.com/171.htm. Editorial use of this picture is free of charge. (Fresenius SE & Co. KGaA via AP Images)

SANTÉ - "Alterner les nuits de garde, passer sa journée à courir dans tous les sens entre les chambres des patients, être scrutée en permanence par le chef de service, pire par ses collègues qui ne loupent pas la moindre de tes erreurs, avoir peur de tomber malade car je n'ai pas encore le droit à un congé, c’est mon lot quotidien", lance Amani Mechaal, aide soignante, 24 ans.

Fraîchement diplômée, sa toute première expérience professionnelle s'est déroulée dans une clinique privée, sans aucun passage par un établissement public.

"Le privé est un passage obligé car il faut attendre énormément: entre deux et trois ans pour être recrutée dans les hôpitaux. Encore plus aujourd’hui, alors que les hôpitaux regorgent de patients, le ministère de la Santé ne recrute plus comme avant", déplore-elle.

En attendant, Amani n’a pas eu énormément de choix : le chômage ou le travail dans une clinique:"Quitte à être sous payée, c’est mieux que rien !".

Aujourd'hui, épuisée par le travail à la clinique elle préfère travailler dans une infirmerie près de chez elle où elle est payée 180 dinars par mois. En contrepartie de ce bas salaire, elle ressent beaucoup moins de stress.

"Les conditions de travail varient d'une clinique à une autre. Néanmoins, ce qui est certain, c'est qu'on ne sent pas en sécurité. A tout moment, on peut être mis à la porte pour tout ou rien et les mises à pied disciplinaires sont monnaie courante et presque systématiques", déplore-t-elle.

Même son de cloche chez Maher Tlili, infirmier marié et père de deux enfants. Il cumule deux emplois, dans un hôpital et dans une clinique, "afin de joindre les deux bouts avec le loyer, les factures, la scolarité de mes filles, etc..."

"Cumuler deux emplois est loin d’être plaisant: à la fatigue s'ajoute l'injustice et les abus. En clinique, travailler le weekend ou pendant les fêtes n'est pas compensé ni par des jours de repos ni par l'argent. Contrairement aux hôpitaux, les primes de contamination, de garde, de transport ne sont pas prises en compte. On nous montre même pas notre fiche de paie !"

Les congés sont cher payés par Maher car ils impliquent la suppression de 25 dinars pour chaque nuit de garde qui n'a pas été assurée, soit 100 dinars en moyenne par semaine. "Pourtant il ont énormément de moyens", assure-t-il.

"Tu acceptes ou tu t’en vas, c’est aussi simple. On est sommés de faire profil bas, de ne rien revendiquer. Tu n’as pas le droit de dire non. Le syndicalisme est banni", explique-t-il.

Alterner les nuits de garde et avoir peur de commettre une faute qui pourrait mettre en péril la santé d’un patient sont inhérents au métier du personnel médical à la fois dans le public et le privé. Cependant, la solidarité serait absente dans le privé et la pression serait exagérée puisque l'enjeu financier est important.

"Du coup, l'état de stress est permanent. Tous les gens travaillant dans une clinique se sauvent dés qu'ils trouvent un poste à l'hôpital. Personne ne reste de son plein gré (...) En même temps, qui veut pour le même travail être payé la moitié de ce qu'il gagne dans le public? Personne!".

Maher Tlili est payé environ 800 dinars par mois pour son travail à l'hôpital, soit le double de sa paie dans la clinique.

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