ALGÉRIE
17/09/2015 07h:39 CET | Actualisé 17/09/2015 09h:15 CET

L'après-Toufik: Des lendemains qui ne chantent pas (VIDÉO-AUDIO)

Toufik parti, Tartag installé et maintenant? Tel est le débat qui a agité les participants du Café presse politique (CPP) sur Radio M, mercredi 16 septembre, après une “chaude” semaine marquée par l’annonce officielle, dimanche, de la mise à la retraite du chef du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), Mohamed Mediène, dit Toufik, remplacé par le général Athmane Tartag.

Mais avant d’évoquer l’avenir, les journalistes du CPP sont revenus, une dernière fois, sur la lecture de ce remaniement. “Il faut arrêter de dire que Toufik a négocié son départ”, a d’emblée déclaré Ihsane El Kadi, directeur de Maghreb Emergent, un brin exaspéré. “Toufik a joué et il a perdu, le clan présidentiel l’a liquidé”.

Pas d’accord, a enchaîné Abed Charef, journaliste et analyste politique pour qui la sortie de Toufik représente “un acte ultime pour sauvegarder le système”. “Il n’a pas négocié son départ, il l’a organisé”, a-t-il affirmé.

Pas tout à fait d’accord a renchéri Akram Kharief, journaliste à El Watan qui dirige le site Secret Difa3. “Toufik est plutôt parti pour précipiter la fin de ce système car d’après les informations que j’ai eues il a été informé de sa mise à la retraite, ce n’est pas son choix”.

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Difficile de comprendre ce départ, a tranché Adlène Meddi, rédacteur en chef d’El Watan week-end car “on ne sait pas comment cela se passe à l’intérieur de ce système”.

“Départ, limogeage, mise à la retraite, départ organisé, téléportation vers une autre dimension, etc. à défaut d’informations, les gens vont continuer dans ce mythe-là ”.

cpp sur toufik

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Tartag, un fidèle de la maison, au passé controversé

Toufik parti, pourquoi avoir choisi le général Tartag comme nouveau chef du DRS? a interrogé Souhila Benali, l’animatrice du CPP qui a repris les rênes de l’émission depuis la rentrée de septembre.

“C’est quelqu’un de la maison qui a travaillé comme conseiller à la Présidence”, a répondu Akram Kharief. “C’est un fidèle de la maison”, a poursuivi Abed Charef. N’oublions pas son passé a ajouté Ihsane El Kadi. “Le général Tartag a été placardisé après les années 90, il était sur toutes les listes des ONG des droits de l’homme qui dénonçaient le cauchemar de Ben Aknoun. Il était présenté comme tortionnaire en chef, machine à faire disparaître les gens”.

D’ailleurs, il faut noter que dans la même semaine, le système a soldé deux dossiers qui pesaient très lourds sur les services de sécurité: l’affaire Mécili, du nom de cet opposant algérien en exil Ali Mécili assassiné en 1987 en plein Paris, et l’affaire des miliciens de Relizane, a ajouté Ihsane El Kadi. “Cela signifie que les services ont continué à travailler pour nettoyer les années 90 ”.

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Le temps de la matraque?

Qu’annoncent ces changements, ont terminé par évoquer les journalistes du CPP. “Ce qui s’est passé avec Toufik c’est un recentrage au sein de l’armée. Mais le pouvoir continue de se baser sur l’armée, on est dans la tradition héritée du régime de Boumediene”, a relevé Saïd Djaafer, directeur du Huffington Post Algérie qui n’a pas caché son inquiétude quant à l’avenir.

“Le fait que Toufik parte, que le DRS soit remodelé, ne veut pas dire la disparition de la fonction de la police politique qui contrôle le champ politique, manipule les médias, etc. La culture de Bouteflika n’est pas celle d’un démocrate, on a donc un système avec un regard de méfiance vis-à-vis d'une société qu’il faut contrôler, orienter, gérer”.

“L’armée reprend un rôle de “flicaille” qui est très dangereux”, a renchéri Adlène Meddi. “Les pays qui n’ont pas construit de démocratie, ont besoin d’un appareil répressif ”. Ainsi, pour Saïd Djaafer, le choix de Tartag pourrait annoncer des jours sombres. “Nous sommes un pays où le régime gère par l’argent et quand il n'y en a pas, il le fait par la matraque (El Kezzoul!)”.

Le tour de vis de l’Etat a d’ailleurs déjà commencé, pointe Akram Kharief qui relève “une présence policière accrue dans les rues d’Alger depuis quelque temps” et “les premiers signes d’un resserrement d’internet”.

“J’ai le sentiment que d’ici 6 mois à une année, les réseaux sociaux seront contrôlés techniquement et physiquement et qu’Internet aura des restrictions”, a-t-il déclaré.

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Un nouveau pouvoir parti pour durer

C’est ce que prédit Abed Charef qui estime que le pouvoir est en train de se mettre en place pour les quinze prochaines années”.”Ce pouvoir qui se place, qui colle le mieux à Bouteflika, c’est celui de l’argent informel, des Haddad, et des nouvelles directions du RND, FLN, etc.”, a-t-il expliqué.

“Bouteflika, Gaid Salah, Toufik, c’est fini, c’est un impératif de fonctionnement technique… Toufik c’est l’ère du telex, aujourd’hui un telex, c’est périmé, c’est dépassé . On passe à autre chose. Point”.

Une lecture partagée par Ihsane El Kadi qui avance que Bouteflika a peut-être opéré tous ces changements pour réduire le nombre de décideurs de l’après. ”Ce serait un affaiblissement de la capacité de décision de l’armée au profit des forces émergentes qui sont celles de Bouteflika ”.

Sauf qu’à l’ère de Wikileaks, Snowden et internet, un régime centré sur l’armée, n’est pas gérable. “Ce n’est pas tenable”, a conclu Abed Charef.

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