MAGHREB
17/09/2015 12h:16 CET | Actualisé 06/03/2016 04h:55 CET

Tunisie - "Eddenia Mnéma": Découvrez cette adaptation d'un classique du théâtre espagnol à la Tunisie post-révolution

IFT

THÉÂTRE - La rentrée théâtrale s'annonce chargée! A un mois des Journées théâtrales de Carthage, un avant-gout a été donné par l'Institut français de Tunisie (IFT) dans ses locaux à Tunis, avenue de Paris. Une adaptation d'un classique du théâtre espagnol a été annoncée jeudi dans une conférence de presse. Il s'agit de La vie est un songe de Pedro Calderón de la Barca, montée par deux chorégraphes tunisiens, Hafedh Dahou et Aicha Mbarek, et un metteur en scène français, David Bobée.

Cette co-production à cheval entre la Tunisie et la France, actuellement en répétition à l'IFT, s'annonce comme un évènement à découvrir pour plusieurs raisons. D'abord la traduction n'est pas en français, comme pourrait le suggérer la présence à l'affiche du metteur en scène David Bobée, mais plutôt en dialecte tunisien.

La traductrice, Nidhal Guiga, est une femme de théâtre qui, lors de la conférence de presse, s'est revendiquée comme une héritière "de tout un mouvement d'auteurs tunisiens comme Ali Douagi, qui ont défendu l'idée que le dialecte est une langue à part entière". En tunisien La vie est un songe devient donc Eddenia Mnéma.

L'aspect social de cette adaptation, qui veut s'inscrire dans les changements et les attentes linguistiques et culturelles post-révolutionnaires, allait de soi pour David Bobée, artiste qui a monté en France des créations mêlant le théâtre, la danse, le cirque, la musique et la vidéo:

"Il est difficile en Tunisie de faire un spectacle qui n'est pas politique. Mais pour moi la question était de savoir comment prendre la parole au nom d'un pays qui n'est pas le mien. C'est pour cela que je me suis tourné vers un texte universel", a-t-il affirmé.

Calderón, grand dramaturge du XVIIème, le siècle d'Or espagnol, a été inspiré dans cette histoire d'un roi rattrapé par son destin, par l'univers des Mille et une nuits, selon certains critiques. Un univers de l'insaisissable et du mouvement qui correspond bien à celui de la Tunisie.

"Une idée d'un vivre ensemble, un positionnement vis-à-vis du pouvoir, une définition de systèmes politiques", résidant dans l'oeuvre, "nous a permis de nous éloigner de la réalité trop immédiate de la Tunisie", peut-on lire dans le dossier de presse du spectacle.

Mais outre son contenu "politique" dont l'art tunisien est saturé ces dernières années, cette mise en scène sera aussi l'occasion de fonder "un cycle de formation" pour de jeunes interprètes tunisiens, danseurs, acteurs ou acrobates, une troupe qui sera soumise à "la rigueur du répertoire classique", selon l'expression de l'acteur Hichem Rostom, un des onze interprètes du spectacle.

"C'est une énorme opportunité d'apprentissage pour les acteurs tunisiens. En général, le théâtre tunisien est devenu un lieu d'improvisation. Ici on apprend vraiment à travailler son texte et son corps", a affirmé cette figure incontournable du théâtre local.

Soutenue par des établissements comme le Centre d'art dramatique du Kef et le Centre dramatique national de Haute Normandie, "Eddenia Mnéma" partira en tournée en Tunisie, après trois représentations à l'occasion des très attendues Journées théâtrales de Carthage: les 17, 18 et 19 octobre à 20h30 à l'IFT de Tunis.

En clôture de ces Journées le 24 octobre, la pièce sera programmée au Kef, ville du centre dont l'histoire est imbibée de culture théâtrale, avant de migrer vers le centre dramatique de Haute Normandie en France durant la saison 2016-2017.

Dernière particularité, plus anecdotique: les répétitions dans la grande cour du petit Carnot sont actuellement ouvertes à tous les visiteurs curieux d'observer ce "work in progress" artistique:

"Nous sommes quand même dans une démocratie!", a plaisanté David Bobée.

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