MAROC
14/09/2015 13h:30 CET | Actualisé 14/09/2015 13h:36 CET

Immigration clandestine: Un passeur marocain se confie

Immigration clandestine: Un passeur marocain se confie
Immigration clandestine: Un passeur marocain se confie

IMMIGRATION - Combien gagne un passeur? Comment procède-t-il pour faire passer la frontière à ses "clients? Que risque-t-il en cas d'arrestation? Dans un article publié sur Rue 89, le site d'information revient sur les péripéties de Malik, un passeur marocain condamnée à plusieurs années de prison pour avoir fait passer illégalement la frontière entre le Maroc et Melilla à des immigrés clandestins africains.

"J’avais 32 ans quand un “patron” africain est venu me demander si je voulais “combiner” avec lui. Il me proposait 1.000 euros par tête passée du côté de Melilla. Eux demandent 5.000 aux clandestins, 1.000 pour traverser par la mer. J’ai alors acheté une première voiture, une Mercedes 250 noire, dont les papiers n’étaient pas à mon nom. La première fois, ils étaient deux, j’ai pris 2.000.

Au moment de passer la frontière, sueur froides: "J’avais les jambes qui tremblaient, mais c’est comme tout, on s’habitue. J’ai chargé les deux personnes à Nador, ils se sont allongés sur la banquette à l’arrière. Il ne fallait pas qu’on les remarque. Ici, des Noirs avec des Marocains c’est louche. Près de la frontière, j’ai garé la voiture dans une forêt et les ai laissés seuls avec leur bouteille d’eau, le temps que je jette un œil. Je les ai camouflés, et je suis passé tranquille."

Le trafic d'être humain semble être un business lucratif. Le jeune homme "mène ce que l’on appelle 'la grande vie' : voitures, sorties, cocaïne et Nike aux pieds". Et diversifie son offre avec "un service 'luxe', ou le pire qui puisse arriver est de se faire prendre, contrairement aux chaloupes qui traversent la Méditerranée au péril de la vie des migrants. Les familles les plus aisées financent ces voyages".

Comment ça marche?

Les "clients" se font petits, littéralement, en se cachant sous les banquette, ou carrément dans les réservoir. "Les plastiques servant pour les cachettes sont conçus par des garages au Maroc, poursuite le site". Les Peugeot 405 sont parfaites pour dissimuler les clandestins dans le réservoir d’essence. Il faut toutefois percer la cuve pour qu’ils puissent respirer. Moi ma spécialité, c’était le moteur. Les jours de queue au poste de frontière, je coupais le contact et poussais la voiture, pour limiter la chaleur. Je pensais toujours à eux. J’ai parfois camouflé jusqu’à 3 personnes".

A en croire le passeur interrogé par le journaliste, l'homme ferait oeuvre utile: "Je savais que ce n’était pas normal de cacher des gens dans le moteur d’une voiture, mais je ne voyais pas le mal. Je faisais ça pour les aider. »

Mais il faut croire que bien mal acquis ne profite jamais. Si pendant des années, le jeune homme profite de la dolce vita, se paye "des 'vacances' pendant lesquelles il dépensait tout son argent en soirées et cocaïne (...), au printemps 2013, 'un mauvais douanier' décide de pousser le contrôle : Malik effectue, sans le savoir, son dernier voyage au bord d’une Renault 11 grise, avec Mamadou, 19 ans. Pour la première fois, un appareil de détection de pulsations cardiaques, qui repère la présence de personnes malgré les cloisons, est utilisé".

La suite? Arrestation, puis passage par la case prison en Espagne.

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