MAGHREB
12/09/2015 07h:19 CET

A Rio, "Dieu n'a pas de religion" dans une église accueillant des réfugiés syriens

TO GO WITH AFP STORY by Laura Bonilla Priest Alex Coelho (L), of the Sao Joao Batista church, chats with Syrian refugees at an accommodation they were provided with by the church in Rio de Janeiro, on September 9, 2015. As Europe struggles to deal with hundreds of thousands of migrants fleeing bloody conflicts in Syria and beyond, far-away Latin America is increasingly stepping up pledges to take in refugees. Brazil, the largest Latin American country, has taken in more Syrian refugees than any
VANDERLEI ALMEIDA via Getty Images
TO GO WITH AFP STORY by Laura Bonilla Priest Alex Coelho (L), of the Sao Joao Batista church, chats with Syrian refugees at an accommodation they were provided with by the church in Rio de Janeiro, on September 9, 2015. As Europe struggles to deal with hundreds of thousands of migrants fleeing bloody conflicts in Syria and beyond, far-away Latin America is increasingly stepping up pledges to take in refugees. Brazil, the largest Latin American country, has taken in more Syrian refugees than any

Le pape François a demandé à chaque paroisse d'Europe d'accueillir une famille de réfugiés syriens. Au Brésil, un prêtre catholique le fait depuis un an déjà: il en héberge des dizaines et apprend même l'arabe pour communiquer avec eux.

Le père Alex Coelho a recueilli plus de 30 réfugiés ayant fui la Syrie ravagée par la guerre, musulmans pour la plupart, dans sa paroisse Saint Jean Baptiste, à Rio de Janeiro.

Grâce à un accord avec l'ONG Caritas et des dons de ses fidèles, les réfugiés ont le gîte et le couvert pour au moins trois mois. Ils peuvent aussi commencer à apprendre le portugais et chercher du travail.

"Ici c'est la chapelle, mais ils peuvent venir y réciter le Coran s'ils le souhaitent", déclare le prêtre à l'AFP. Il montre une maison dans la cour de l'église qui abrite actuellement neuf Syriens.

L'armée syrienne ou mourir

Ces jeunes hommes sont arrivés il y a un mois. Ils ne parlent qu'arabe sauf Khaled Fares, 27 ans. Il a débarqué de Damas il y a un an et demi et étudie le portugais à l’université.

"En Syrie, c'était l'armée ou mourir. Mon père m'a supplié de partir", confie ce technicien en prothèses dentaires, qui rêve d'étudier l’odontologie à Rio.

"Au Brésil, je ne connais personne, je n'ai pas de famille, pas de maison, pas de langue. Mais je ne me sens pas perdu", dit-il en baissant la tête pour cacher son émotion.

Il a choisi le Brésil, à plus de 11.000 km de chez lui, parce que c'est le seul pays qui a accepté sa demande d'asile. Il ne voulait pas risquer sa vie en mer pour tenter de gagner l'Europe en clandestin.

Avec plus de 2.000 réfugiés syriens, le Brésil est le pays d'Amérique latine qui a accueilli le plus de ressortissants de cette nationalité depuis le début de la guerre civile en 2011.

Depuis deux ans, le géant latino-américain a assoupli les procédures d'immigration pour les Syriens.

La présidente Dilma Rousseff (gauche) a déclaré cette semaine être prête à accueillir "à bras ouverts les réfugiés" qui, "expulsés de leur patrie, voudraient venir vivre, travailler et contribuer à la prospérité et à la paix du Brésil".

Mais à la différence de Khaled, presque tous les réfugiés syriens veulent repartir en Europe ou en Turquie quand ils voient que le Brésil, en pleine crise économique et politique, ne leur donne pas d'allocations, de logement ou d'emploi.

"Dieu n'a pas de religion"

Le père Alex a commencé à accueillir des réfugiés après voir vu un reportage à la télévision. Dans son église vivent des Nigérians, des Afghans, des Palestiniens et des Irakiens, mais 90% sont des Syriens.

La guerre en Syrie a déjà fait plus de 240.000 morts et forcé à l'exil plus de quatre millions de personnes.

"Je suis chrétien et la plupart sont musulmans. Mais il n'y a qu'un seul Dieu et Dieu n'a pas de religion", souligne le prêtre.

Dara Rmadan a 42 ans mais en paraît plus. Il a vendu sa maison au nord de la Syrie, près de la frontière irakienne, pour pouvoir fuir la guerre avec sa femme et ses quatre enfants après l'incendie de sa boutique de vêtements.

Tous sont arrivés à Istanbul, où est restée sa famille, mais Dara est venu au Brésil en quête d'un avenir meilleur après que plusieurs pays européens eurent refusé sa demande d'asile. Mais maintenant, il veut retourner en Turquie.

"En Europe, le gouvernement te donne une maison, un salaire, un plan de santé. Si ma famille vient ici, on n'aura pas les moyens de vivre", dit-il par le biais d'un interprète.

En face de l'église, dans le quartier de Botafogo, Mohammed Ebraheem, 20 ans, vend des amuse-gueules arabes qu'il prépare tous les jours avec ses parents et ses deux frères. Le père Alex les a aidés à acheter une machine pour les fabriquer.

"Le plus dur ici, c'est de se loger. Mais si tu as où te loger, ici c'est beaucoup mieux qu'en Europe", confie en bon portugais le jeune homme qui a fui la Syrie juste avant de devoir entrer dans l'armée.

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