MAROC
11/09/2015 04h:24 CET

Istiqlal : quatre scénarios pour la succession du patron du parti de la balance

ELECTIONS - Le calendrier partisan semble s’accélérer après la défaite cuisante de Hamid Chabat, secrétaire général de l’Istiqlal, dans son fief de Fès où il a été battu par le ministre PJD du budget, Idriss Azami Idrissi.

Au sein de son parti, des voix s’élèvent pour demander le départ de Chabat, dont notamment celle de Abdelouahed El Fassi, leader du mouvement contestataire "Bila Hawada", et fils du fondateur du parti nationaliste, Allal El Fassi.

El Fassi concède toutefois que le débarquement de Chabat reste une hypothèse qui est du seul ressort de l’intéressé, le comité exécutif du parti étant selon lui "verrouillé" par les partisans de l’Ex-maire de Fès.

Pour étayer leur demande de départ du secrétaire général, les frondeurs de l’Istiqlal mettent en avant une promesse publique faite par Chabat sur les écrans de la télévision nationale, affirmant qu’il quitterait son poste si l’Istiqlal ne "gagnait pas les élections".

Or, c’est précisément sur cette "définition" de la défaite que Hamid Chabat semble baser son argumentaire, affirmant que son échec locale n’altère pas le score global du parti, qui est arrivé second en nombre de voix derrière le Parti Authenticité et Modernité (PAM).

Mais si Chabat se tenait à sa promesse télévisuelle, démissionnait et remettait son mandat en jeu, quatre scénarios se dégageraient.

Nizar Baraka, le retour de l’enfant prodige

nizar baraka

Ancien ministre des affaires générales puis des finances, Nizar Baraka pourrait constituer une alternative crédible comme patron de l’Istiqlal. Incontestablement compétent sur les grands dossiers économiques, il ferait un secrétaire général du parti nationaliste crédible et dispose pour cela de la légitimité historique, du fait de ses longues années de militantisme. Reste toutefois un élément clé : l’envie. Confortablement installé dans sa "tour de contrôle" de Président du Conseil Economique et Social, Nizar Baraka s’est investi à fond dans sa mission de producteur de savoir, lui qui affectionne particulièrement les grands sujets transversaux. Rien aujourd’hui ne semble indiquer qu’il pourrait vouloir "y aller". Si ses détracteurs affirment qu’il manquerait de pugnacité, ses partisans affirment que sous son caractère égal se cache un tempérament d’acier et qu’il pourrait devenir mordant à la tête d’un parti d’opposition.

Mohammed El Ouafa, l’imprévisible

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L'alternative El Ouafa (l'intéressé avait contemplé cette option avant le congrès de 2012), pourrait revenir à l’ordre du jour, même si l’on peut estimer que l’actuel ministre des affaires générales est de facto en rupture de ban avec l’opposition du fait de sa participation au gouvernement. Excellent orateur, imprévisible, El Ouafa constituerait un remplacement quasi "poste pour poste" avec Chabat au niveau de l’énergie du discours, les insultes et invectives en moins. A ce titre, il pourrait plaire à la base la plus conservatrice de l’Istiqlal, qui verrait en lui un leader charismatique comme les aime le parti. Il pourrait aussi constituer un atout lors de la prochaine campagne législative, même si l’on voit mal comment il pourrait se désolidariser du bilan d’un gouvernement dont il est membre depuis 2012…

Abdelouahed El Fassi, in Family We Trust

abdelouahed fassi

Poussé par les "légitimistes" istiqlaliens à se présenter face à Chabat en 2012, le fils du fondateur emblématique du parti avait alors échoué de 20 voix seulement (458 contre 478). Il a été le premier à réclamer le départ de Chabat après la défaite du parti aux dernières élections, ce qui semblerait indiquer qu’il se positionnera pour prendre sa succession si un congrès extraordinaire venait à être convoqué. Ancien ministre de la Santé, ce cardiologue de formation a pour lui la légitimité de l’histoire, mais également un tempérament "consensualiste" qui pourrait être précieux pour panser les plaies du parti. Toutefois, à un an des législatives, certains pensent qu’il ne sera pas en mesure de mener une campagne agressive face au PJD.

Chabat II, le retour

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Dans le cas où il démissionnerait, il n’est pas exclu que Hamid Chabat se présente à nouveau afin de se reconstruire une légitimité à la tête du parti. Malgré sa fragilisation par les résultats des élections locales, le maire sortant dispose encore d’une base de partisans loyaux, en capacité de mobiliser une frange ultra-populiste des militants du parti. Il faudra toutefois compter avec les consignes de vote des barons de la formation politique, qui ne semblent pas particulièrement enclins à le soutenir à nouveau. Il ne faut toutefois pas sous-estimer la capacité de mobilisation du syndicat Istiqlalien par Chabat, qui peut s’avérer une arme redoutable en cas de congrès.