ALGÉRIE
11/09/2015 13h:52 CET | Actualisé 11/09/2015 13h:55 CET

Bouteflika à Gerard Larcher: Daech est une "menace prioritaire" mais "il ne suffit pas de bombarder"

Le président du sénat français Gerard Larcher avec son homologue algérien Abdelkader Bensalah
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Le président du sénat français Gerard Larcher avec son homologue algérien Abdelkader Bensalah

Le président du sénat français, Gerard Larcher, a achevé ce vendredi, une visite à Alger où il a été reçu par le président Abdelaziz Bouteflika, par une conférence de presse au salon d’honneur de l’aéroport Houari Boumediene.

La visite du président du sénat français, la «première depuis 16 ans » a-t-il tenu à préciser a été l’occasion de rencontrer le Premier Ministre, Abdelmalek Sellal, les présidents des deux chambres du parlement, Abdelkader Bensalah et Mohamed Larbi Ould Khelifa ainsi que le ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra.

Benghebrit, "une femme courageuse"

Dans ces réponses, très prudentes, la seule saillie a été le qualificatif de «femme courageuse » donnée à la ministre de l’éducation nationale, Mme Nouria Benghebrit qu’il dit avoir également rencontrée.

Mme Benghrebrit, pour rappel, a été au centre d’une vive polémique en Algérie au sujet d’un projet d’utilisation de la darija dans le préscolaire et les deux premières années primaires.

Un projet qui avait suscité l’hostilité des islamistes mais aussi des deux partis du pouvoir, le FLN et le RND, avant que M.Sellal n’insiste sur le fait qu’il s’agissait de simples recommandations d’experts.

Sur la Syrie où les positions de l’Algérie et de la France ont toujours été assez éloignées, le président du sénat a laissé entendre l’existence d’une certaine convergence sur le fait que le neutralisation de Daech (un acronyme en arabe de l'EI) est la priorité des priorités".

La France qui a décidé de participer aux raids aériens en Syrie après avoir limité son rayon d’action à l’Irak semble avoir accepté de mettre au second plan la question du départ de Bachar Al-Assad au nom de cette nouvelle priorité.

Selon M.Gerard Larcher, les responsables algériens « nous ont rappelé qu’il y a une seule vraie menace, en tout cas une priorité, qui est la neutralisation de Daech. Et que c’est la priorité des priorités ».

Une convergence anti-daech mais avec des nuances

Mais cette convergence doit être nuancée puisque selon M.Larcher, le président Bouteflika qui l’a reçu pendant un «peu moins d’une heure » a estimé qu’il ne « ne suffit pas bombarder pour trouver une solution ».

Une phrase sibylline qui, selon des analystes, peut-être difficilement interprétée comme un soutien à une intervention terrestre en Syrie. C’est une position qui reste plutôt dans la ligne traditionnelle de la diplomatie algérienne appelant à une «solution politique en Syrie » entre l’opposition syrienne et le régime.

La convergence sur le caractère prioritaire de la menace Daech ne gomme pas la divergence de fond sur la manière de résoudre la crise syrienne, observent-ils. En tout cas, l’Algérie ne s'est pas exprimée sur un soutien à d'éventuelles frappes aériennes en Syrie et il est probable qu’elle ne le fera pas.

Mali : les Touaregs doivent être reconnus politiquement

Sur le Mali, les propos du président du sénat français risquent de déplaire grandement à Bamako en raison de son instance sur la « reconnaissance politique » à accorder aux Touaregs. Selon lui, pour éviter que le dernier accord de paix au Mali signé en juin dernier ne connaisse le sort des précédents, il est impératif « d’avoir une politique de développement et de soutien au Mali ».

Le président du Sénat français qui a rappelé que les « autorités algériennes ont soutenu l’intervention militaire de la France » estime qu’une reconnaissance politique doit être accordée au Touaregs.

« On pourra faire tous les accords, s’il n’y a pas concrètement le sentiment pour le peuple Touareg d’être reconnu, y compris politiquement, et pour que l’ensemble de la diversité malienne se sente associée».

Sur la Libye, M.Larcher a évité de s’étendre sur les positions «antagoniques » de l’Algérie et de la France au début de la crise pour insister sur le besoin de « conforter les discussions en cours, entre les parties libyennes, sous l’égide de l’ONU ». En parlant avec « tout le monde » avec « un agenda unique », a-t-il précisé.

Les promesses d’aide à la Tunisie n’ont pas été toutes tenues

Le président du sénat français dit avoir senti chez ses interlocuteurs algériens «beaucoup de réalisme sur la difficulté de rapprocher les points de vue des parties en conflits ». En même temps, ces interlocuteurs ont la conviction qu’il n’existe pas d’autre solution que celle d’un « gouvernement de transition d’union nationale qui permet de reconstruire un Etat ».

M.Larcher a souligné avoir évoqué avec ses interlocuteurs algériens une « question importante qui est celle du soutien à la Tunisie ». Le président du sénat français n’est pas entré dans les détails mais, a-t-il indiqué, les deux parties ont noté que les promesses d'aides internationales à la Tunisie n'ont pas toutes été tenues. Il a annoncé des rencontres entre responsables tunisiens et français dans les semaines à venir.

La règle du 51/49% reste un souci pour les entrepreneurs français

Le président du sénat français a rencontré au cours de sa visite à Alger des patrons d’entreprises françaises qui lui ont, a-t-il dit, « ont exprimé clairement leur volonté de poursuivre leur investissement en Algérie».

Mais ils lui ont exprimé des préoccupations et des interrogations qu’il dit avoir transmis aux responsables algériens. En tête de ces sujets, la question de la règle du 51/49% de partages des parts entre nationaux et étrangers imposée par la législation algérienne aux investisseurs étrangers.

Cette question du 51/49%, a-t-il indiqué, se pose avec plus d’acuité pour les entreprises de « taille moyenne ». « Je crois qu’il y a une véritable réflexion à mener » sur cette question qu’il dit avoir abordé avec M. Sellal. Le Premier Ministre algérien a répondu que « rien n’est bloqué », selon M. Larcher.

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