MAGHREB
10/09/2015 08h:23 CET

Le Danemark et la Hongrie refusent la politique migratoire de l'Allemagne

Des migrants et réfugiés attendent de traverser la frontière entre la Grèce et la Macédoine, le 10 septembre 2015 à Idomeni
AFP/SAKIS MITROLIDIS
Des migrants et réfugiés attendent de traverser la frontière entre la Grèce et la Macédoine, le 10 septembre 2015 à Idomeni

La vague de migrants qui marchent sur les routes d'Europe continue de grossir, avec un nombre record de passages signalés jeudi entre la Serbie et la Hongrie dont la frontière pourrait être hermétiquement fermée par l'armée d'ici quelques jours.

La politique de Budapest, qui pousse les candidats à l'exil à accélérer leur marche à travers les Balkans de peur qu'il ne soit bientôt trop tard, illustre les vives divisions persistant entre Européens malgré les appels à la générosité de Berlin et de la Commission européenne.

Comme la Hongrie, le Danemark essaye de freiner l'arrivée de nouveaux migrants en transit vers la Suède... où les réfugiés sont en revanche officiellement les bienvenus.

Cinq mille migrants, en majorité des réfugiés fuyant les conflits au Moyen-Orient, sont arrivés au cours des dernières 24 heures à la frontière entre la Serbie et la Hongrie, un record, a rapporté jeudi la télévision d’État serbe (RTS).

Dans le secteur de Röszke, principal point de passage entre les deux pays, des bus affrétés par les autorités hongroises embarquaient les réfugiés pour les conduire dans des camps de premier accueil sans rencontrer de résistance, alors que tombait une pluie battante.

"C'est Bachar (le président syrien, ndrl) qui devrait être là à notre place, tout est de sa faute", expliquait un groupe de jeunes syriens, emmitouflés de la tête aux pieds dans des couvertures pour lutter contre un froid mordant.

Plus au nord, dans un flot ininterrompu, plus de 3.000 personnes ont traversé la frontière austro-hongroise à Nickelsdorf au cours de la seule nuit de mercredi à jeudi, selon la police autrichienne.

Deuxième clôture

Tous sont pressés de traverser la Hongrie avant l'entrée en vigueur le 15 septembre d'une nouvelle loi antimigrants qui renforce les possibilités de déploiement de l'armée aux frontières et rend l'immigration illégale passible d'une peine allant jusqu'à trois ans de prison.

"C'est notre travail de faire en sorte que la Hongrie soit défendue", a justifié le général Tibor Benko à la télévision.

La Hongrie a déjà installé une barrière de fils de fer barbelés le long des 175 km de frontière avec la Serbie, sans grand succès. Une deuxième clôture, haute de quatre mètres, est en cours de construction.

Le cardinal de Budapest Péter Erdö a quant à lui personnellement rappelé qu'au regard du droit hongrois quiconque offrirait un abri à un migrant se rendrait coupable de "trafic d'êtres humains".

De son côté, la police danoise a tenté de bloquer le flux de migrants en interdisant aux trains de monter sur le ferry reliant le port allemand de Puttgarden à celui de Rodby, au Danemark. Les autorités ont néanmoins promis de rétablir rapidement les liaisons ferroviaires avec l'Allemagne.

Fer de lance d'une politique d'accueil très large, l'Allemagne a annoncé jeudi avoir enregistré 450.000 nouveaux réfugiés depuis le début de l'année dont 37.000 pour la seule première semaine de septembre.

"Cela montre franchement que la répartition de 160.000 réfugiés en Europe n'est qu'un premier pas si l'on veut rester cordial. On peut aussi dire une goutte d'eau dans la mer", a insisté le vice-chancelier Sigmar Gabriel.

L'Allemagne s'attend à accueillir 800.000 demandeurs d'asile en 2015, soit quatre fois plus que l'année précédente et un record en Europe.

"Action décisive"

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait réclamé mercredi aux Européens "audace" et "humanité" en demandant aux pays membres de l'UE de se mettre d'accord dès la semaine prochaine sur la répartition de 160.000 réfugiés.

Sa proposition a reçu l'assentiment de pays comme la France et l'Espagne mais est très loin de faire l'unanimité.

Arrivés en Turquie, des milliers de réfugiés rêvent plus que jamais d'Europe, en tentant de trouver un passeur qui ne mettrait pas leur vie en danger.

Pour Ali, un ingénieur syrien de 31 ans rencontré par l'AFP dans un café de Bodrum, le temps presse. Il sait que l'émotion planétaire causée par photo du petit Aylan noyé au large de Bodrum a entrouvert les portes de l'UE, et il tient absolument à les franchir avant qu'elles ne se referment.

"Je veux m'en aller et ne plus jamais rentrer. Je sais qu'à partir de maintenant, nous serons mieux respectés parce qu'on nous laisse une chance", explique-t-il.

Treize grands journaux européens ont appelé jeudi, dans une lettre ouverte, les gouvernement européens à une "action décisive" face à cette crise des migrants en estimant que l'UE en "fait trop peu et trop tard".

Signe de l'écho de cette crise au delà de l'Europe, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a assuré que Washington allait faire un effort pour accueillir des réfugiés syriens.

Le département d'Etat a promis qu'il y aurait entre 5.000 et 8.000 réfugiés syriens aux Etats-Unis à l'automne 2016, alors que Washington s'en tenait jusqu'à présent aux 1.500 accueillis depuis 2011.

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