MAROC
10/09/2015 14h:16 CET | Actualisé 10/09/2015 14h:20 CET

Elections locales et régionales: la majorité gouvernementale peut-elle imploser?

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ALLIANCES - Tractations express. C’est un scénario sous forme de mauvais feuilleton qui semble se dessiner sur l’échiquier local et régional suite à la tenue des élections du quatre septembre dernier.

Sur le papier, les choses semblaient pourtant claires, la majorité constituée du PJD-RNI-MP-PPS respecterait le "pacte de la majorité" et favoriserait les candidats issus de cette dernière.

C’est en tous cas le sens des paroles prononcées par Salahedinne Mezouar, patron du RNI, au lendemain du scrutin. Il lui incombe en effet dans cette configuration le rôle "d’arbitre des élégances" du fait de sa quatrième place aux élections.

De l’autre côté, se profilait un front "tout sauf le PJD" mené par le PAM, l’Istiqlal et l’USFP, dont les patrons ont affirmé leur volonté de ne pas s’allier avec les islamistes.

Or, depuis vingt-quatre heures, à la faveur d’alliances circonstancielles, tout porte à croire que le fragile édifice de la majorité gouvernementale se fissure peu à peu. Certains candidats ont ainsi vraisemblablement décidé de s’affranchir des consignes de leur leadership afin de pouvoir gagner -ou regagner- la présidence d’une commune ou d’une région.

La petite musique dissonante est venue du Nord du Maroc, de Tétouan plus précisément, où Rachid Talbi Alami, actuel Président du parlement et poids lourds du RNI, a déposé sa candidature surprise à la mairie de la ville hier soir, quelques heures seulement avant minuit. Les motivations de Talbi restent à ce jour inconnues, si ce n’est la certitude que ce dernier avait réussi à composer une majorité qui se porterait sur son nom.

Or, la veille, ce même Talbi Alami se déclarait "pas intéressé" par cette ville dont il fut le maire. Ce revirement-surprise a donc logiquement déclenché un mini-tsunami entre le PJD et le RNI, qui se livraient depuis plusieurs jours à une véritable guerre psychologique pour déterminer leurs candidats respectifs sur les territoires.

Surtout, la volte-face de Talbi Alami a déverrouillé les vieux démons de la politique marocaine et donné le signal à tous les autres de se lancer dans des tractations en dehors du champ majorité/opposition. Le risque est désormais la multiplication des alliances n’ayant aucune armature idéologique mais obéissant à des intérêts personnels et à la quête de postes.

C’est donc dans un climat pesant que se serait tenu le conseil de gouvernement de ce matin, les médias comme la toile bruissant de mille rumeurs quant à d’hypothétiques alliances PJD-PAM-PI afin de "punir" le candidat Talbi Alami.

Enième revirement dans cette région devenue le symbole du déchirement qui anime la majorité, un mauvais décompte des voix imputait un siège supplémentaire à l’USFP, qui lui fut repris et restitué au PJD, faisant à nouveau pencher la balance en faveur de la majorité.

Sous pression, le RNI a convoqué une réunion d’urgence de ses instances à Rabat ce jeudi à 17 heures afin de statuer sur la situation. Quelle qu’en soit l’issue, le parti de la colombe aura une partition difficile à jouer. S’il désavouait l’actuel Président du parlement, il ne resterait d’autre choix à ce dernier que de démissionner du perchoir, en emmenant avec lui sa base de partisans. En le soutenant, le RNI aggraverait la crise avec son allié du PJD. Un choix cornélien qui pourrait déboucher sur une crise de la majorité.

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