MAGHREB
10/09/2015 12h:42 CET

Tunisie: Human Rights Watch dénonce la repression policière contre les manifestations pacifiques

Amine Ghrabi/Flickr

"La police tunisienne a illégalement utilisé la force pour disperser des manifestations apparemment pacifiques dans au moins trois villes depuis le 1er Septembre 2015", affirme Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué de presse publié ce jeudi 10 décembre.

Ces manifestations organisées en marge du projet de loi sur la réconciliation économique et financière nationale ont drainé de nombreux manifestants de manière spontanée ou non à Tunis, Gafsa, Sousse, Le Kef, Kasserine, Djerba ou encore Sfax.

Parmi les raisons avancées par l’Etat à cette répression: l’Etat d’urgence. Celui-ci permet au gouvernement de suspendre les droits les plus fondamentaux des citoyens tel que le droit de manifester. Promulgué le 4 juillet dernier par le président de la République Béji Caid Essebsi à la suite des attentats de Sousse, il a été prolongé de deux mois le 31 juillet dernier.

"La Tunisie est certainement confrontée à de graves problèmes de sécurité, mais la réaction musclée des autorités à ces manifestations pacifiques n’est pas la solution pour les résoudre", a déclaré Eric Goldstein, directeur adjoint Moyen-Orient de Human Rights Watch affirmant que "les autorités tunisiennes doivent envoyer un message clair à leurs forces de sécurité" condamnant le fait de "frapper ou maltraiter les manifestants pacifiques".

Revenant sur les déclarations du porte-parole du ministère de l’Intérieur Walid Louguini à la chaine privée Nessma TV le 7 septembre dernier, faisant état d’une interdiction générale sur l’ensemble du territoire du droit de manifester conformément à l’état d’urgence, Human Rights Watch rappelle que cela serait une première depuis 2011 tout en déplorant "un sérieux revers pour les droits en Tunisie".

Human Rights Watch exhorte les autorités tunisiennes à enquêter sur les dépassements de ces policiers et appelle à ce que les responsables de l’utilisation excessive de la force soient tenus comme responsables.

L'organisation rappelle dans son communiqué que la Tunisie ayant ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, les restrictions aux droits de réunions pacifiques doivent être définis de façons étroites, proportionnées et nécessaires.

Des personnes ont été battues et arrêtées depuis le début des manifestations au début du mois de septembre, affirme encore HRW, citant plusieurs cas:

- Le 1er septembre dernier Lassaad Yacoub,secrétaire général du Syndicat de l'Enseignement secondaire, et Nejib Sellami membre de l’UGTT ont été arrêtés puis relâchés. Wael Naouar, secrétaire général de l'Union Générale des Etudiants Tunisiens, et un autre membre de l’UGET se sont fait attaquer par des policiers en civil, le contraignant à se rendre à l’hôpital pour soigner ces blessures. Il a par la suite porté plainte contre son agresseur.

- Le 2 septembre au Kef, 3 militants du collectif "Manich Msema7" (Je ne pardonne pas), ont été arrêtés par la police suite à la publication d’un appel à manifestation contre la loi sur la réconciliation économique et financière. Relâchés et passés devant le procureur de la République, ils attendent les résultats de l’enquête formelle demandée par celui-ci.

-Le 6 septembre à Sfax, de nombreux manifestants ont été dispersés par du gaz lacrymogène sans sommation de la part des policiers. Filmant la scène, l’activiste Myriam Bribri a été pourchassée par 3 policiers qui l’ont rouée de coups de matraques sur la tête, l’épaule et les côtes.

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