ALGÉRIE
10/09/2015 10h:43 CET | Actualisé 10/09/2015 10h:45 CET

Opération attraction des "fonds gris": les banquiers publics au secours du soldat Benkhalfa

alger che guevara

Trop tôt pour faire un bilan, négatif ou positif, de l’opération de mise en conformité fiscale volontaire (MCFV) destinée à convaincre les détenteurs des fonds "gris" de se mettre en règle avec le fisc moyennant une taxation libératoire de 7% sur les montants déposés à la banque ?

Alors que des informations faisaient état d’un début laborieux de l’opération, les banquiers publics sont montés au créneau pour affirmer que l’opération marche très bien et enregistre des résultats appréciables.

Les banquiers publics et les responsables de l’ABEF sont montés au créneau pour venir à la rescousse du ministre des finances, Abderrahmane Benkhalfa qui a fait de cette opération un élément important de sa politique.

La mobilisation de ces 1000 à 1300 milliards de dinars qui circulent dans le secteur informel d’après les estimations de la Banque d’Algérie, permettent, selon le ministre de financer la croissance et dispense le pays d’un recours à l’endettement extérieur.

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La riposte aux premiers bilans, négatifs ou mitigés, d’une opération qui se déroulera jusqu’à la fin 2016 a été rapide. Boualem Djebbar, président de l'Association des banques et établissements financiers (ABEF) a évoqué un " début prometteur et un signal très positif pour la conduite de ce programme".

Boualem Djebbar qui est également Pdg de la Banque de l'Agriculture et du Développement Rural (BADR) sans donner de chiffres globaux a fait état de placements de "10 millions de DA, de 40 millions de DA, de 60 millions, voire de 200 millions de Da".

La riposte des banquiers publics

Pour lui, il est trop tôt pour "focaliser sur les montants" estime Boualem Djebbar. "Nous sommes tout à fait au début, il nous reste presque un an et demi pour arriver à la date limite (de ce dispositif), je pense que nous avons le temps qu'il faut pour atteindre les objectifs escomptés".

Il entend répondre à l’appel du ministre aux banques d’être plus entreprenantes et à aller vers les détenteurs potentiels de fonds "gris" pour les convaincre de se mettre en "conformité" avec le fisc.

Ainsi, selon le PDG de la Badr, des équipes allaient se déplacer sur le terrain pour aller vers les détenteurs potentiels de ces fonds pour les "sensibiliser et les convaincre de déposer leur argent au niveau des banques".

Le P-dg du Crédit Populaire d'Algérie (CPA), Omar Boudieb parle, lui, de placements d'un montant "global assez consistant" de 300 millions de dinars et "des promesses de placement pour 2 milliards de DA".

Le délégué général de l'ABEF, Abderrezak Trabelsi, parle de "sommes appréciables" placées auprès des banques en un mois. Il balaie vigoureusement l’idée d’un manque d’engouement de la part des détenteurs de fonds gris. Les "gens ne vont pas crier sur les trottoirs pour dire qu'ils ont été voir telle ou telle banque" fait-il remarquer dans une déclaration à l'APS.

L'administration fiscale plus mesurée

Face à ce concert d’optimisme, le bémol est venu de l’austère administration fiscale qui centralise, via la Direction des grandes entreprises (DGE). Les agences bancaires qui collectent ces dépôts versent instantanément la taxe de 7% à la DGE qui se trouve ainsi en mesure de faire une évaluation chiffrée en temps réel.

Les appréciations des responsables de l'administration fiscale sans être pessimiste sont beaucoup plus mesurées que celles des banquiers.

Le Directeur général des impôts, M. Abderrahmane Raouia relève qu'on "ne peut pas parler d'engouement" pour une opération entamée dans une période de vacances tout en notant que "certains" sont venus demander des informations sur le dispositif en question.

Il a surtout souhaité que l’effort de communication autour du dispositif se traduise par "plus de confiance" de la part des détenteurs de fonds gris ciblés par l'opération.

A la direction de l'informatique et de la documentation fiscales (DIDF) au sein de l'administration fiscale, Yahia Oukssal a déclaré à APS que le bilan d'un mois est un "peu timide par rapport à ce qui était escompté".

Pour lui, les détenteurs de fonds concernés sont encore "réticents" et craignent que la " banque envoie une déclaration de soupçon sur l'argent déposé, ou que l'administration des impôts procède à la vérification fiscale après la mise en conformité...".

Les détenteurs de fonds gris se "donnent donc une période d'observation", a-t-il expliqué. Il faut aussi se donner une période d'observation plus longue pour faire un bilan de l'opération fonds gris...

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