MAGHREB
09/09/2015 13h:34 CET | Actualisé 10/09/2015 06h:42 CET

Tunisie: Quand la construction d'un étage sur "Dar Djaït" déchaîne les passions à la Médina

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CULTURE - Dégradation de monuments historiques, dénaturation de la vue de la Médina, construction anarchique: ce sont les accusation portées depuis quelques mois par des citoyens ainsi que deux associations de sauvegarde de la Médina, contre un hôtel de charme en cours de construction au coeur de la ville ancienne de la capitale.

Le litige tourne autour d'une maison historique, "Dar Djait" située rue Sidi Ben Arous, acquise en 2007 par l'agence touristique "Lira Hospitality". Cette dernière a entamé un chantier en juin dernier pour transformer la vieille bâtisse en site touristique.

Un mois plus tard, l'association Aswar Al médina, alertée par des habitants du quartier, à porté plainte contre cette agence pour plusieurs dépassements qu'elle aurait commis sur des bâtiments voisins.

Selon Hafedh Balhaj, un membre de l'association contacté par le Huffpost Tunisie, il y aurait eu d'abord la condamnation d'une fenêtre de la mosquée Tarraz. Ensuite, des dégâts sur le bâtiment de l'école hafside de la Onkia, érigée au 13ème siècle. Et enfin un dépassement de la hauteur légale de construction (c'est à dire 12 mètres) en infraction des limites fixées par le cahier de charges de la Médina.

"En construisant sur le deuxième étage, ils ont oublié qu'ils sont dans une ville traditionnelle. Le dépassement de cette hauteur provoque une obstruction de la vue panoramique, une dénaturation du paysage et un dérangement du vis-à-vis", a-t-il dit en se référant entre autres à quelques doléances de voisins proches.

médina

Deux mois après le début des travaux, la municipalité de Tunis a ordonné à "Lira Hospitality" de stopper la construction, en attendant le règlement du litige.

C'est là qu'une autre association protectrice de la Médina"L'mdina Wel Rabtine" monte au créneau, en dénonçant un "carnage en plein coeur de la médina de Tunis, et en accusant "la Fondation Kamel Lazaar" d'avoir "un passe-droit" pour effectuer cette "sur-élévation au mépris du voisinage, du gabarit de la rue principale et de la plus emblématique de la médina de Tunis, réputée pour son harmonie et ses séquences urbaines".

"Lira Hospitality" est en effet une société affiliée à la Fondation Kamel Lazaar, organisation qui se donne pour mission "de développer et de promouvoir les arts visuels dans le Maghreb et le monde arabe".

Des "petits dépassements"

Contacté par le Huffpost Tunisie, un responsable de "Lira Hospitality" qui a requis l'anonymat, évoque plusieurs "contre-vérités" dans cette affaire. Selon lui, la construction controversée sur le deuxième étage a été entamée avec l'autorisation des autorités compétentes en 2013.

Il dénonce, par ailleurs, un acharnement médiatique contre la personne de Kamel Lazaar: "C'est inexact de ne citer que la fondation Kamel Lazaar dans ce conflit alors que c'est "Lira Hospitality" qui supervise la construction", a-t-il affirmé.

Cela dit, il concède que sa société a commis des "petits dépassements" notamment sur la mosquée Tarraz, l'école Onkia et des habitations voisines. Il avoue également que des modifications du plan architectural initial ont été opérées en cours de route, "ce qui va être mentionné dans un nouveau permis de construction".

"Mais à présent nous avons réparé et dédommagé tous les dégâts. Nous allons avoir une rencontre avec les deux associations (Aswar El médina et L'mdina Wel Rabtine) et les voisins pour trouver des compromis. Nous sommes prêts à discuter mais nous ne céderons pas sur la construction du deuxième étage. C'est notre droit", a-t-il assuré.

Mais cette expansion est-elle en règle aux yeux des autorités? Contacté par le Huffpost Tunisie, le président de l'Association de la sauvegarde de la Médina, Zoubei Mouhli confirme que "Lira Hospitality" a effectivement le droit de construire sur le deuxième étage:

"Dar Djaït a toujours eu un deuxième étage partiel. Le règlement d'urbanisme autorise de construire sur un deuxième étage partiel. Cela dit, si des infractions sont commises en cours de route, le chantier doit être stoppé et d'ailleurs c'est ce qui a été fait", a-t-il précisé.

La Médina est un lieu de la capitale qui regorge de sites historiques et qui jouit d'une grande popularité pour son aspect historique et son urbanisme captivant.

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