MAGHREB
09/09/2015 13h:47 CET

"Saveurs de mon pays": Une association part à la recherche des plats traditionnels tunisiens en voie de disparition

Saveurs de mon pays

Le "couscous Borzguen" du Kef, le "Ftét" de Béja, le célèbre "kaftaji" de Kairouan, le" Kaak warka" de Zaghouan, le "couscous Mayou" de Hammamet, le "couscous sucré au quadid" de Nabeul, ou encore "El Bazine" de sfax...ce ne sont que quelques noms de plats traditionnels régionaux et il en existent bien d'autres!

Ces plats constituent le patrimoine culinaire de la Tunisie. Le nom peut être commun mais la recette est différente selon chaque région, marquant sa spécificité et sa richesse.

"Saveurs de mon pays", une association créée en juin 2012 est partie à la recherche de ces saveurs perdues, des plats moins connus, difficiles à préparer et "toujours aussi délicieux à goûter", lance Latifa Khairi, présidente de l'association qui a expliqué le but de cette démarche au HuffPost Tunisie.

HuffPost Tunisie: "Saveurs de mon pays" prône le retour aux sources en matière culinaire. Comment expliquez-vous cette revendication?

Notre gastronomie fait partie intégrante de notre identité. La question qui se pose: Qui sommes-nous? Les Tunisiens sont-ils toujours attachés à leurs traditions culinaires?

Alors que la question identitaire est devenue au centre des débats, j’ai choisi de parler de notre identité à ma façon. J’ai voulu toucher le maximum de Tunisiens et quoi de mieux que la cuisine pour les réunir autour de leur histoire? Leur histoire culinaire en l’occurrence, très riche à l’image de ce peuple.

Dés sa création l’association "Saveurs de mon pays" a eu comme mission de faire revivre et de mettre en valeur le patrimoine culinaire de toutes les régions. On a fixé comme objectif de valoriser des produits du terroir, faire connaitre le savoir faire ancestral et surtout pouvoir le transmettre aux futures générations.

Comment avez-vous procédé pour atteindre cet objectif?

On est allés dans les régions, chez les familles, à la source. On a pu ainsi dénicher des personnes qui étaient encore passionnées par la cuisine traditionnelle. Cette proximité nous a permis de connaître les recettes ancestrales: du" Berkoukech aux 7 viandes de Gafsa , la "Chakhchoukha" de Siliana, "El yech bel Hrigha" de Tatouine," Rfiss" de Sned, le "couscous de Sorgho" de Kelibia, "El Hayel" de Mahdia, etc. Malheureusement, ces plats typiquement régionaux sont en voie de disparition car difficiles à préparer.

Cette cuisine est-elle exploitée pour le tourisme culinaire?

Nos restaurants et hôtels n’ont pas pu transmettre ce savoir-faire. Ils se sont contentés de quelques recettes utilisées depuis belle lurette. Il y a eu quelques tentatives isolées de valoriser cette richesse mal exploitée mais elles sont très rares. Au lieu de piocher dans notre patrimoine culinaire, on adopte des recettes de cuisine étrangères qu’on ne maîtrise pas vraiment.

L’innovation dans la cuisine tunisienne est-elle possible sans la dénaturer?

Bien évidement, après avoir identifié les recettes fournies par nos ancêtres, on peut les faire évoluer et les rendre compétitives à l’internationale.

Ce retour aux sources est en vogue en ce moment. Dans toutes les régions du pays et grâce aux associations on parle de plus en plus de produits du terroir et des recettes ancestrales. Un mouvement qui commence a être suivi par certains restaurateurs, des établissements de formations et des hôteliers.

Nous ferons en sorte, pour notre part, que notre pays ne tarde pas à se faire remarquer pour ses richesses culinaires, ce qui viendra appuyer le développement régional et le tourisme culinaire.

Malheureusement, en dehors de nos frontières notre cuisine et très mal représentée et les clichés dominent. Le complet merguez et les bricks à l’œuf sont loin de refléter notre identité culinaire.

Je crois tout d’abord que cela doit devenir une mission diplomatique: toutes nos ambassades doivent présenter une cuisine tunisienne digne de ce nom dans leurs manifestations et fêtes. Chose qui n’est pas entreprise à ce jour.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.