ALGÉRIE
09/09/2015 04h:13 CET | Actualisé 09/09/2015 04h:59 CET

Justice : Près de 30 ans après l'assassinat, la dernière chance de la famille d'Ali Mécili

Hocine Aït Ahmed avec Annie Mecili, la veuve du militant du FFS assassinié
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Hocine Aït Ahmed avec Annie Mecili, la veuve du militant du FFS assassinié

La famille d'Ali Mécili joue sa dernière chance jeudi dans son combat judiciaire pour la vérité sur l'assassinat de cet opposant algérien en 1987 en plein Paris, "un crime d'Etat" à ses yeux.

La cour d'appel de Paris doit dire si elle ordonne la poursuite de l'enquête en donnant satisfaction aux proches d'Ali Mécili qui fut un collaborateur du leader du Front des forces socialistes (FFS) Hocine Aït Ahmed: ils réclament l'annulation de l'ordonnance de non-lieu rendue en novembre 2014 au bénéfice d'un homme qui fut soupçonné du crime.

Une décision du juge d'instruction conforme aux réquisitions du parquet à qui la famille Mécili concède amèrement dans sa demande "une réelle constance dans ses analyses" afin, selon elle, de "mettre un terme à une instruction manifestement gênante".

"Il s'agit d'un crime d'Etat commis sur le territoire national commandité par un gouvernement étranger. Il est totalement inconcevable qu'une telle procédure se termine comme si l'impunité était acceptable en la matière", a déclaré à l'AFP Antoine Comte, avocat de la famille.

Annie Mécili, la veuve de l'opposant exilé en France depuis 1965, a écrit à l'Elysée qui l'a assurée en juillet que François Hollande souhaitait "que la lumière soit faite sur cette affaire" et veillait "à ce que la transparence soit respectée dans tous les aspects de la relation franco-algérienne", selon un courrier dont l'AFP a eu copie.

Pour Antoine Comte, la justice doit "tenir compte de l'analyse du sommet de l'État qui est au cœur des rapports internationaux, et faire connaître son attachement à ce que la lumière soit faite".

Le 7 avril 1987, Ali Mécili, 47 ans, avait été exécuté de trois balles dans le hall de son immeuble, boulevard Saint-Michel. Devenu avocat au barreau de Paris, Ali Mécili avait un rôle charnière au sein des oppositions.

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Porte-parole d'Hocine Aït Ahmed, lui aussi en exil, il avait contribué à un rapprochement avec Ahmed Ben Bella. Ensemble, ils avaient fondé en 1985 à Londres un "Front uni des forces opposées" au président algérien de l'époque Chadli Benjedid.

- "Développement positif" –

Deux mois après l'assassinat, la PJ parisienne avait interpellé Abdelmalek Amellou, connu pour être un truand, dénoncé par un renseignement anonyme. Chez cet homme qui nie, les policiers avaient retrouvé un ordre de mission de la Sécurité militaire algérienne.

Après sa garde à vue, il est relâché et expulsé en Algérie, sur ordre de l'Intérieur. Une décision qui avait suscité une vive polémique et l'indignation de la famille Mécili.

L'enquête a longtemps piétiné, des commissions rogatoires internationales sont restées sans réponse en Algérie. Les juges ont cependant recueilli au début des années 2000 deux témoignages d'anciens officiers des services algériens mettant en cause Alger.

L'un d'eux, Mohamed Samraoui, dit avoir assisté à une remise d'argent à Amellou pour payer son contrat. En 2007, deux mandats d'arrêt sont lancés contre Abdelmalek Amellou et un capitaine de la sécurité algérienne, Mohamed Ziane Hasseni, visé par le témoignage de l'ancien officier.

Arrêté un an plus tard à l'aéroport de Marseille, puis mis en examen pour "complicité d'assassinat", Mohamed Ziane Hasseni crie à la méprise et à l'homonymie. L'homme est devenu diplomate, chef du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères, et l'arrestation empoisonne les relations franco-algériennes.

Lors d'une confrontation avec le diplomate, Mohamed Samraoui n'est plus aussi catégorique. En 2010, la justice accorde un non-lieu à Mohamed Ziane Hasseni, à la grande satisfaction d'Alger et de Paris, le Quai d'Orsay y voyant "un développement positif".

Le dernier non-lieu, rendu en novembre 2014, bénéficie à Abdelmalek Amellou. Selon une source proche du dossier, la juge y constate que les tentatives de coopération internationale sont restées "vaines".

En cas de rejet de sa demande jeudi, la famille Mécili, qui était parvenue à relancer l'enquête après un premier non-lieu au début des années 1990, pourra se pourvoir en cassation. Mais une source proche du dossier relève qu'une telle démarche aurait très peu de chances d'aboutir.

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