MAROC
09/09/2015 04h:35 CET

Afflux de réfugiés syriens: Que peut faire le Maroc? (INTERVIEW)

Des réfugiés kurdes syriens, près d'Erbil (Irak, 2013)
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Des réfugiés kurdes syriens, près d'Erbil (Irak, 2013)

POLITIQUE MIGRATOIRE – Alors que l’Allemagne s’apprête à accueillir 800.000 réfugiés cette année suite à l’afflux massif de migrants syriens vers l'Europe, des membres de la société civile marocaine s’activent pour appeler à suivre le même élan de solidarité. Mehdi Alioua, sociologue spécialiste des questions migratoires et membre du GADEM, vient de lancer une pétition en ce sens et explique les raisons de cet appel.

HuffPost Maroc: Les pays européens viennent de se mobiliser pour accueillir des milliers de réfugiés syriens. Pensez-vous que le Maroc doit lui aussi participer à cette vague de solidarité?

Mehdi Alioua: Les pays européens ont des responsabilités plus importantes. Ce sont en effet des pays plus riches, qui ont la capacité d’accueillir beaucoup plus de monde que le Maroc et, plus encore, qui ont souvent besoin de ces migrants.

L’Allemagne par exemple, est en train d’aménager le droit du travail pour faire travailler plus facilement ces réfugiés. D’une certaine manière, l’Allemagne ne fait pas qu’un "cadeau". Démographiquement, elle peut accueillir ces milliers de personnes. La Suède a aussi accueilli beaucoup de réfugiés, par solidarité mais aussi parce qu’elle avait besoin de travailleurs. C’était le cas en France dans les années 60.

Le Maroc a également un devoir d’accueil, mais en fonction de ses capacités: nous avons une jeunesse très importante, nous ne produisons pas assez de richesses pour pouvoir intégrer complètement ces réfugiés, et nous ne sommes pas encore suffisamment développés pour pouvoir dédier une partie de cette richesse à l’entraide internationale. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire: il faut le faire à la hauteur de nos moyens.

Vous venez d’ailleurs de lancer une pétition de solidarité avec les réfugiés syriens. Pourquoi?

Nous avons lancé cette pétition parce qu’on estime que le Maroc n’a pas fait assez, notamment pendant la campagne de régularisation des sans-papiers. Le Maroc a fait un effort, que nous saluons, mais lorsqu’il a fallu régulariser des personnes au titre de l’asile politique, le Maroc n’a pas su faire.

Pour que les réfugiés syriens obtiennent une carte de séjour plus rapidement, le Maroc a certes accéléré la procédure, mais ils n’ont toujours pas de statut de réfugié politique, même lorsqu’ils sont reconnus comme tels par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). Ils ont donc le même statut que n’importe quel étranger, qui subit des discriminations à cause de la loi de préférence nationale.

Cette pétition n’est pas qu’un appel au gouvernement, mais aussi à la société civile, à qui l'on demande d’être un peu plus généreuse, de faire attention. Les peuples européens sont en train de le faire, même si on les taxe souvent de xénophobie; ils s’organisent pour loger les Syriens et leur trouver des moyens de subsistance.

Pensez-vous que ce genre de pétition, de même que le happening qui a eu lieu lundi à Rabat, peut faire changer les choses?

On se doute bien que la pétition ne va pas tout changer du jour au lendemain, mais il y a une émotion à dégager de ces drames en Méditerranée. Il fallait faire quelque chose.

Je pense que cela peut donner envie à des personnes de se mobiliser et, pourquoi pas, demain, permettre de créer une association de réfugiés syriens, qui n'existe pas aujourd'hui. Pourtant, ils sont quelques milliers dans le royaume; mais les données les concernant sont floues.

Toute action comme cela crée une émulation, crée des rencontres. On n’a pas besoin d’avoir des millions de personnes qui nous soutiennent, il suffit que quelques dizaines de personnes se mobilisent et que la presse relaie ces informations pour commencer à faire bouger les choses.

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