MAROC
06/09/2015 06h:18 CET

"La Moitié du Ciel" de Abdelkader Lagtaâ: Zoom sur un passé marocain

CINÉMA – Une salle pleine à craquer, des larmes et des rires partagés. Le dernier film du réalisateur Abdelkader Lagtaâ, "La Moitié du Ciel" avec Anas El Baz et Sonia Okacha, a fait l'unanimité lors de l’avant première qui s'est tenue le 3 septembre au Megarama de Casablanca.

Le film, inspiré par le roman biographique de Jocelyne Laâbi, La Liqueur d’Aloès, raconte l'histoire de Jocelyne et son mari Abdellatif pendant les années 70 au Maroc, en pleine période des "années de plomb". L'emprisonnement d'Abdellatif, militant, écrivain et poète qui combattait pour la liberté à travers sa revue "Souffles", marquera le début du combat de sa femme. Les sacrifices dont elle a fait preuve (elle refusait de livrer certaines informations) finiront par payer. Après huit années passées derrière les barreaux, son mari, condamné à dix ans de prison, est finalement relâché en 1980.

moitié du ciel scène

C'est d'ailleurs la force de Jocelyne qui a donné envie à Anas El Baz de jouer dans ce film. Interrogé par le HuffPost Maroc, l'acteur explique: "Quand j’ai reçu le scénario, au début, j’ai lu que c’était par rapport aux années de plomb et je me suis dit 'aïe, aïe, aïe…' Je n’ai pas choisi d’être acteur pour faire de la politique, au contraire, je suis apolitique. Mais ce qui m’a profondément marqué, c’est une séquence (qui n’est malheureusement pas dans la version finale), où les femmes réunies se demandent si leurs époux feraient la même chose pour elles, si elles étaient emprisonnées".

Contrairement à Anas, Sonia Okacha n’était pas sceptique au départ. "J’avais lu le livre La Liqueur d’Aloès qui a inspiré le scénario, et c’est une histoire qui m’a tout de suite parlé, parce que cela fait partie de notre histoire et de notre passé collectif. C’est un sujet assez sensible à traiter, et je suis très fière de faire partie de ce projet".

sonia akroch

Un regard féminin

Un sujet sensible traité avec courage et sincérité. Le réalisateur Abdelkader Lagtaâ voulait depuis longtemps réaliser un film sur les années de plomb. "Parce qu'à ce moment-là, j’étais en Pologne pour étudier le cinéma. Donc cette période, très riche d’idées, manquait à ma vie", nous explique-t-il. "L’occasion m’a été donnée, après avoir lu La Liqueur d’Aloès, de trouver un regard féminin sur cette période, qui me distinguerait ainsi des autres films traitant le même sujet", confie-t-il, rappelant qu'il a écrit le scénario avec Abdellatif Laâbi.

Malgré quelques petites failles dans le choix des costumes, comme des jeans taille basse pendant les années 70, et quelques problèmes de son (les dialogues ont été entièrement enregistrés au studio), le jeu d’acteurs est éblouissant, l'image teinte d’un bleu rappelle "Gone Girl" du grand David Fincher, et le scénario est bien équilibré entre l’émotionnel et le factuel. Avec "La Moitié du Ciel", l'art d'Abdelkader Lagtaâ (réalisateur de "Face à Face" et du documentaire "Entre désir et incertitude") semble être arrivé à maturité.

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