MAROC
06/09/2015 06h:06 CET

Elections 2015: analyse des résultats avec Youssef Belal, professeur de sociologie politique

DR

NTERVIEW - Percée du PJD, défaites des barons, irrégularités... Quel enseignement tirer des résultats des élections locales? Questions-réponses avec Youssef Belal, professeur de sociologie politique et de relations internationales, président du conseil consultatif pour les affaires économiques, sociales et culturelles du PPS et membre du centre d’études et de recherche.

On assiste à une réelle avancée du PJD, qui talonne de près le PAM selon les résultats préliminaires annoncés cette nuit par le ministère de l'Intérieur. Quelle analyse faites-vous de ce résultat?

Pour le PJD, c’est indéniablement une très forte progression par rapport aux élections de 2009. Ils passent de la sixième à la seconde place avec une très forte croissance du nombre de voix et de sièges. En ce qui concerne le PAM c’est une stagnation voir un léger recul par rapport à 2009. Le vote est principalement urbain pour le PJD ce qui montre que leurs enjeux seront principalement la gestion des grandes villes et autour. Que ce soit à Casablanca, Fès, Tanger, Agadir ou encore Rabat, la victoire du PJD est certaine dans tous les grands pôles urbains. Ces élections locales ont des retombées à l’échelle nationale également. Ces résultats amènent un surcroît de légitimité au PJD. La prochaine étape concerne les conseils régionaux. Il faut voir comment ils vont se constituer et quelles alliances vont se former, surtout que la majorité gouvernementale a prévu de maintenir une certaine cohésion. Mais cela n’est pas applicable partout.

Ces élections locales renforcent la position du PJD. Pensez-vous que le PJD soit favori pour les législatives en 2016 ?

Le PJD part grand favori. Un certain nombre d’événements peuvent se dérouler entre-temps mais dans l’ensemble, il est favori. Les communales et régionales consolident leur position ce qui accroit son ancrage social. Cela sera d’autant plus bénéfique au niveau des élections législatives en 2016. D’autant plus que les régions ont beaucoup plus de pouvoirs et de responsabilités en matière de santé, d’éducation ou encore d’économie. Mais les législatives reposent aussi sur les actions du gouvernement dans ces domaines. Si le PJD est en mesure de garder la confiance du citoyen à travers la transparence notamment, il pourra renforcer sa position en 2016, voire progresser.

La défaite de Hamid Chabat à Fès, au profit du parti de Abdelillah Benkirane, est une des surprises de ces élections. Selon vous, comment le parti islamiste a-t-il réussi à le déloger ?

Il vaudrait mieux analyser la situation au niveau local mais dans l’ensemble, le PJD était déjà bien implanté à Fès. Ce qui est inattendu, c’est que Fès était considéré comme le bastion de Chabat, qui était souvent loué pour sa capacité à faire avancer certains projets. Mais, des questions persistaient quant à la gestion de Fès à propos de la corruption alors que le PJD prône un tout autre mode de gestion qui repose justement sur la transparence.. En plus de tout cela, c’est Driss El Azami El Idrissi, ministre du budget actuel qui a été en mesure d’être un réel levier dans cette victoire.

C’est aujourd’hui, avec le jeu des alliances, que le véritable processus électoral va commencer. Quel paysage politique pouvons-nous espérer pour les prochaines années ?

On constate aujourd’hui un réel recul de la gauche avec le score de l’USFP notamment. La polarisation la plus importante est celle du PAM et du PJD. Mais il faut garder à l’esprit que la majorité absolue est impossible, ce qui atténue les victoires des partis. On peut le voir avec le PPS par exemple qui met de côté le référentiel idéologique pour garder son alliance avec le PJD. Le fait qu’il n’y ait pas de parti majoritaire absolu oblige le PJD à faire des alliances avec des partis qui sont idéologiquement différents.

Ce système rassure la population et le régime car cela permet de préserver une certaine stabilité et d’être souvent dans le compromis, mais il reste incohérent.

La FGD a réussi une percée relative, avec Omar Balafrej, deuxième à Agdal Riad derrière le PJD. Qu’est-ce que cela signifie pour la gauche ?

C’est une bonne chose pour la gauche d’avoir ce type de résultats. Mais, au niveau de Rabat, il y a une certaine population qui n’est pas représentative de la population nationale. La question est plus sociologique que politique. Au niveau national, ces résultats ne représentent pas grand-chose, ce n’est pas un vote utile. C’est un événement encourageant pour la FGD sur le plan local.

L'USFP, l'Istiqlal, le PAM... Dès qu’un parti annonce des scores plus bas que ce qu'il espérait, on voit directement un mécanisme de défense qui repose sur la dénonciation d’irrégularités. C’est le syndrome du mauvais perdant ?

Au niveau des élections, il y a un progrès au niveau de la transparence et si ces partis veulent aller plus loin il faut présenter des preuves. Mais, en aucun cas, on ne peut parler du PJD qui oriente les élections.

Le réel gagnant de ces élections reste l’abstention malgré une mobilisation importante des organes gouvernementaux et des partis politiques en général. Pourquoi les Marocains ne vont-ils pas voter?

Le niveau de participation est lié aux enjeux. Les résultats restent meilleurs qu’au niveau des législatives en 2011. Aujourd’hui, les élections communales et régionales ont pris une nouvelle tournure. Ces nouveaux pouvoirs permettront surement de montrer que le vote a des conséquences importantes au niveau de la région ce qui permettra une augmentation de la participation à l’avenir et donc de de diminuer l’abstention.

LIRE AUSSI :