MAROC
05/09/2015 11h:52 CET | Actualisé 05/09/2015 11h:55 CET

Analyse: Leçons des élections locales au Maroc

Leçons des élections locales au Maroc
Fadel Senna/AFP
Leçons des élections locales au Maroc

ANALYSE - Rarement une élection au Maroc – de surcroît locale - n’aura autant exacerbé les passions, et ce malgré un taux de participation qui, bien qu’en progression par rapport à 2009, reste modeste autour de 53,67%.

Au-delà de la progression importante du PJD dans les grands centres urbains tels Casablanca, Marrakech ou Agadir – qui devra être confirmée lors des jeux d’alliances à venir - et les défaites emblématiques de certains barons locaux, tel Hamid Chabat à Fès, cette élection annonce une recomposition profonde du champ partisan et rebat les cartes des partis à un an des législatives.

Sur le plan de la compétition politique tout d’abord, les lignes de fracture se font de plus en plus nettes, comme l’a montré la violence des affrontements verbaux de la campagne. Les inimitiés publiques, les attaques ad hominem ainsi que les insultes récurrentes ont prouvé que la politique au Maroc reste avant tout une histoire d’hommes avant d’être un affrontement d’appareils et de programmes.

L’électorat marocain a besoin que l’offre politique soit incarnée par des personnalités fortes, et il a donc logiquement sanctionné les partis et programmes qu’il jugeait en déficit de leadership.

Sur le plan tactique, si le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a concentré les attaques des leaders de l’opposition, il a répliqué coup pour coup, montrant qu’il reste un animal politique toujours en capacité d’articuler un discours ultra-populiste. Faisant campagne personnellement, au risque de cannibaliser les candidats de son parti, au risque qu’une défaite potentielle ne soit interprétée comme un vote-sanction à l’endroit du gouvernement, M. Benkirane a pris le pari de se mettre en avant lui-même.

Sa stratégie a été payante, et après plus de trois ans à la tête du gouvernement, son envie d’en découdre n’est pas émoussée. Très clairement, le chef du gouvernement vient de faire acte de candidature pour un second mandat.

Or, après plus de six mois de polémique nationale sur la place des femmes, la nudité, le sexe, la prostitution, l’homosexualité, le PJD a été en partie contraint de réaffirmer qu’il ne sortirait pas de sa ligne conservatrice-consensualiste, et qu’il n’est donc pas fait du même bois que son modèle turc, l’AKP. L’aggiornamento du logiciel du parti islamiste marocain n’est donc pas encore à l’ordre du jour et le PJD continuera de jouer sa partition axée sur un ordre moral conservateur et la promotion de la bonne gouvernance.

De l’autre côté de l’échiquier, le modèle libéral prôné par le PAM, le RNI et une frange de l’USFP peine également à voir le jour clairement, faute de front commun de l’opposition sur les grands sujets qui intéressent l’opinion et d’offre politique alternative suffisamment articulée pour être audible par l’électorat.

Premier rendez-vous électoral d’un Maroc de plus en plus déconcentré, qui verra des régions et des pôles urbains de plus en plus autonomes, le scrutin du 4 septembre ne peut toutefois être regardé comme un galop d’essai des élections législatives qui se dérouleront dans un an. Beaucoup de choses peuvent se passer entre temps.

Cependant, cette élection donne à voir un Maroc de moins en moins empreint de tribalisme et de clanisme, où les barons locaux peuvent être battus lorsque l’électorat le décide. C’est là un message fort du niveau de maturité de l’électorat et la preuve que le Maroc progresse en matière de cheminement démocratique. Probablement la nouvelle la plus réjouissante du scrutin.

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