ALGÉRIE
04/09/2015 14h:06 CET | Actualisé 04/09/2015 14h:13 CET

Pourquoi les réfugiés syriens ne vont pas dans les pays du Golfe

Dessin du cartooniste saoudien Abdullah Jaber pour le journal Makkah.
Abdullah Jaber pour le journal Makkah
Dessin du cartooniste saoudien Abdullah Jaber pour le journal Makkah.

A l’heure où la planète s’émeut enfin du drame des migrants, secouée soudain par la photo du petit Aylan, l’enfant syrien échoué sur une plage turque, la question de l’accueil de ses milliers des réfugiés syriens se retrouve au centre des débats.

Les pays européens, divisés jusqu’à présent sur la politique migratoire, commencent à apporter des réponses concrètes en proposant d’accueillir davantage de réfugiés mais de plus en plus de critiques s’élèvent pour condamner les pays du Golfe accusés de ne pas accueillir de réfugiés dont le nombre dépasse désormais les 4 millions.

Dans un rapport publié en décembre dernier, l’ONG Amnesty international notait en effet que les six pays du Golfe –soit l'Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Oman, Bahreïn et les Émirats arabes unis– n'avaient proposé aucune place d’accueil aux réfugiés syriens.

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"Officiellement, les Syriens peuvent demander un visa touristique ou un permis de travail pour entrer dans un des états du Golfe", souligne un article de la BBC intitulé "Pourquoi les migrants ne fuient pas vers les pays du Golfe".

"Mais la procédure est coûteuse et il y a une perception répandue que la plupart des pays du Golfe ont mis en place des restrictions non-écrites qui rendent, en pratique, difficile aux Syriens d’obtenir un visa".

Les pays du Moyen-Orient accueillent la majorité des réfugiés

95% des réfugiés originaires de Syrie sont accueillis dans cinq principaux pays de la région : la Turquie, le Liban, la Jordanie, l’Irak et l’Égypte, relève le rapport d’Amnesty International. Avec plus de 1,2 millions de réfugiés, le Liban a vu sa population augmenter de 26 % et la Jordanie de près de 10%.

Solidarité citoyenne, réticence des autorités

Face à cette réalité politique et à la multiplication des drames de réfugiés, des habitants des pays du Golfe ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux sous le hashtag استضافة_لاجئي_سوريا_واجب_خليجي (#Accueillir_des_réfugiés_syriens_est_un_devoir_du_Golfe) appelant leurs gouvernements à se montrer plus accueillant.

"Autoriser les réfugiés syriens à s’installer aux Emirats arabes unis n’est pas, à long terme, dans l’intérêt de ceux qui fuient la guerre", a réagi, jeudi 3 septembre, un dirigeant du gouvernement, en réponse aux critiques.

"Le gouvernement continuera à aider les réfugiés à travers une aide humanitaire tout en continuant à autoriser ceux qui ont déjà des proches aux Emirats arabes unis à les rejoindre", a poursuivi ce dirigeant dans un courriel adressé à l’agence Bloomberg, en précisant que l’aide humanitaire dépasse déjà les 537 millions de dollars.

Préférences européennes

Quant à la route vers les pays du Golfe, ce choix n’est pas évident, relèvent plusieurs spécialistes de la région.

"Ce n'est pas un hasard si un réfugié syrien préfère risquer la mort pour rejoindre l'Europe plutôt que d'aller en Arabie Saoudite. Là-bas, il sait qu'il n'a aucune chance d'être aidé, d'avoir droit à un traitement humain, de bénéficier de lois claires. Il est persuadé que l'Europe, c'est aussi (encore ?) le respect de l'individu et de la loi […] ", écrit, ce vendredi sur son mur Facebook le journaliste et chroniqueur algérien Akram Belkaïd.

Une réalité affirmée par les réfugiés eux-mêmes. "En Europe, je peux bénéficier d’un traitement pour ma polio, éduquer mes enfants, avoir un abris et vivre une vie honorable", confiait à l’agence Bloomberg un Syrien réfugié à Beyrouth.

"Certes, Il y a des Syriens, des Egyptiens, des Palestiniens qui vivent dans le Golfe. Ils y travaillent, y gagnent de l'argent, mais savent qu'un faux pas, comme par exemple émettre un jugement politique, peut leur valoir l'expulsion. Et cela vaut pour tous les pays du Golfe […]", ajoute le journaliste Akram Belkaïd.

Sans compter les obstacles géographiques: "Mais pourquoi voulez-vous donc que les réfugiés fuient vers l'Arabie Saoudite? Vous avez vu une carte?", s’emporte l’historienne Malika Rahal dans un poste Facebook, précisant non sans ironie, "les gens visent la Turquie, Malte, Chypre, la Grèce et même le Maghreb. Des endroits qu'ils ont des chances d'atteindre, quoi. Bizarrement, ils ne se précipitent pas pour traverser le désert du Rob3 el-Khali pour tomber, s'il jamais ils survivaient, sur des bases américaines en rang serrés et ultra équipées".

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