MAGHREB
03/09/2015 12h:04 CET | Actualisé 01/10/2015 06h:15 CET

Tunisie - "Tfarjou Fina TORTURE": Des jeunes de Hammam-Lif témoignent sur les abus sécuritaires, des ONG réagissent

La vidéo (ci dessus) publiée le 29 août par le compte Youtube Forza Tounes présente les déclarations de jeunes hommes issus de Hammam-Lif, témoins de la répression policière quotidienne et souvent victimes d'abus lors de leur détention.

Si vers la fin de la vidéo, ses initiateurs assurent que leur but n’est pas de menacer les autorités tunisiennes, ils tirent la sonnette d’alarme sur la torture endurée dans les geôles de prison.

“Est-ce ainsi que les hommes vivent?”

La séquence est filmée à Hammam-Lif, ville de la banlieue sud de Tunis. Attendant une délivrance qui n’est pas prête d’arriver, deux jeunes hommes sont assis sur les rails d’un train.

L’un d’entre eux, cheveux bouclés aux airs “rasta” comme il le dit, raconte son séjour au centre détention d’El Gorjéni. Détenu parce qu’il a été suspecté d’avoir aidé son ami à voler une maison, il raconte le calvaire de l’interrogatoire.

“En descendant dans la cave, rien que l’odeur du sang sur les murs me donnait le tourni. On m’a frappé avec des câbles téléphoniques branchés à une batterie. Et ce n’est pas tout, les policiers versaient de l’eau sur mes genoux pour amplifier le choc.”

Tout au long de la vidéo, il ne cesse de se demander les raisons pour lesquelles le quotidien des jeunes de cette ville a viré au cauchemar. Il explique que face à la douleur, il était prêt à signer un papier qui pouvait l’inculper pour vol et que les coups reçus lors de son interrogatoire n’étaient rien par rapport à l’atrocité que d’autres détenus avaient vécue.

“Il n’y a pas de droits de l’homme à Hammam-Lif!”

Bougarnine gisant derrière eux, comme une force protectrice, ses jeunes cherchent une place dans une société qui ne les écoute pas.

Les abus sécuritaires qu’ils racontent ne semblent pas se limiter aux coups de poings dans les geôles. Ils insistent sur les abus de pouvoir: interpellations arbitraires, ordres et fouilles inexpliqués.

“La police contrôle notre train de vie, c’est devenu notre seul sujet de conversation. On évite les cafés où elle est susceptible de venir. Elle est derrière nous à tout moment de la journée. La police est devenue un cauchemar”, explique le jeune homme.

Les forces sécuritaires sont accusées de faire du chantage aux familles de ces jeunes pour cesser les poursuites judiciaires entamées contre eux. Le jeune homme tente de connaître la raison pour laquelle la police utilise de telles pratiques violentes.

“Pourquoi est-ce qu’on nous fait détester ce pays, se demande-t-il, avant d'ajouter que face à cette répression, deux choix s’offrent aux jeunes: l’Italie ou Daesh. A Hammam-Lif, on étouffe.”

L’incompréhension tiraille les deux jeunes hommes filmés qui, malgré leur jeune âge, ont vécu de nombreux démêlés avec la police. Si la révolution a apporté son lot d’optimisme et d’espoir, la chute a été brutale.

“On nous parle sans cesse de droits de l’Homme depuis 2011. Où est-ce que vous les voyez ces droits? Il n y a pas de droits de l’Homme à Hammam-Lif”, dit l’un des jeunes hommes.

C'est la faute au système

Pessimiste, un jeune homme à la casquette (ironiquement) "Obey", affirme que le système fait tout pour alimenter cette peur de la police et que c'est l'Etat qui crée ses ennemis. La rancoeur des jeunes sortis de prison pour la consommation de stupéfiants les pousse à choisir des solutions extrêmes: la mort en bateau pour rejoindre l'Italie, ou la mort aux côtés de Daesh.

"Le système ce n'est pas la patrie, et nous aimons notre pays. Le drapeau tunisien qui flotte sur Hammam-Lif est en mauvais état, aucune autorité n'a pensé à le changer. C'est la jeunesse qu'on réprime qui a collecté de l'argent pour en acheter un nouveau", raconte-t-il.

Suite à la parution de la vidéo Tfarjou Fina TORTURE, plusieurs associations dont le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT), le Forum Tunisien Pour les Droits Economiques et Sociaux (FTDES) et le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie, ont exigé l'ouverture d'une enquête contre les faits de torture, de violence et d'arrestations arbitraires.

Elles rappellent qu'après la révolution de janvier 2011, le prolongement de "la culture qui institutionnalise la torture, l’extorsion des aveux par la force et la violation de la loi par les représentants de la loi" est un désaveu aux conventions internationales qui protègent les citoyens de la torture.

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