MAGHREB
03/09/2015 14h:14 CET | Actualisé 03/09/2015 14h:49 CET

Tunisie: Les détails de l'affaire opposant Mehdi Jomâa à I Watch dans l'organisation d'un congrès anti-corruption

Facebook/Mehdi Jomâa

POLITIQUE - Mehdi Jomâa serait-il coupable de dilapidation de l'argent public? C'est ce que laisse entendre en tout cas l'organisation I Watch qui accuse l'ancien chef du gouvernement tunisien d'avoir annulé un congrès sur la lutte contre la corruption dont la Tunisie aurait payé une partie des frais d'organisation estimée à 2,3 millions de dinars.

C'est le gouvernement de la Troïka en 2012 et plus précisément Abderrahmen Ladgham, ministre de la gouvernance et de la lutte contre la corruption à l'époque, qui a signé un contrat avec l'organisation mondiale "Transparency International" pour organiser cet évènement où le secteur public et privé, la société civile et les médias devaient être invités à échanger des propositions sur la lutte contre la corruption.

A partir de 2014, le gouvernement Mehdi Jomâa remplace la Troïka. Le 16ème congrès qui était programmé pour octobre 2014 est d'abord reporté à cause des élections législatives puis annulé.

Selon I Watch, le chef du gouvernement et son secrétaire d'Etat chargé de la gouvernance et de la fonction publique, Anouar Ben Khelifa, avaient refusé "à la dernière minute d'organiser ce congrès" qui s'est finalement tenu en Malaisie "grâce au financement tunisien".

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Posted by I Watch -Tunisia on mercredi 2 septembre 2015

Face à ces accusations Anouar Ben Khelifa a réagi sur Shems FM en affirmant que ce congrès "onéreux" aurait couté 11 millions de dinars à l'Etat, s'il avait été organisé en Tunisie.

"Le gouvernement a fait ce qu'il fallait pour (...) éviter la dépense de plusieurs millions supplémentaires à un moment où la finance publique était dans une très mauvaise situation", a-t-il affirmé.

Mais selon un document fourni au Huffpost Tunisie par I Watch, Anouar Ben Khelifa a envoyé en février 2014 une correspondance officielle à Tansparency International, dans laquelle il "réitère" l'engagement du gouvernement à "assurer conjointement le bon déroulement de cet évènement" prévu du 21 au 24 octobre 1014.

lettre

Par ailleurs, M. Ben Khlifa précise que c'est Transparency International qui a pris "la décision unilatérale" de transférer le congrès en Malaisie.

Une correspondance officielle de Transparency International confirme cette décision. L'organisation regrettait en effet que les multiples correspondances restées sans réponse et l'attente qu'un nouveau gouvernement prenne place en 2015 rendent l'organisation de l'évènement impossible.

Autre argument de M. Ben Khelifa: la somme payée par la Tunisie qui s'élèverait à 800.000 euros soit 1.7 millions de dinars, "n'est pas perdue". La Tunisie aurait envoyé une correspondance officielle à Transparency International pour lui demander soit de récupérer cette somme soit de l'utiliser dans d'autres manifestations.

"Mais nous n'avons reçu aucune réponse", a-t-il dit.

Cette allégation serait fausse, selon Mouheb Garoui, membre d'I Watch qui a assuré au Huffpost Tunisie que le gouvernement "avait simplement appelé l'organisation par téléphone". Par ailleurs, le contrat signé en 2012 stipulerait qu'en cas d'annulation, la somme payée par l'Etat ne pourra pas être restituée.

Enfin Anouar Ben Khelifa assure que son gouvernement avait remarqué dès sa prise de fonction des "anomalies fondamentales" dans le dossier de cette manifestation et qu'une commission indépendante avait confirmé ces soupçons.

C'est une autre fausse allégation, rétorque Mouheb Garoui qui appelle l'ancien secrétaire d'Etat à publier le travail de cette commission.

"Et puis pourquoi envoyer une confirmation à Transparency International, s'il (Anouar Ben Khlifa) a soupçonné des anomalies dans le dossier?", s'est-t-il interrogé.

Ce n'est pas la première fois que I Watch épingle Mehdi Jomâa. Durant son mandat en 2014, l'organisation l'avait accusé d'être à la tête de "l'un des gouvernements post-révolution qui avait essuyé le plus d'échecs dans la lutte contre la corruption".

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