MAGHREB
02/09/2015 11h:46 CET | Actualisé 02/09/2015 13h:53 CET

Tunisie: Quand les ministres du gouvernement Essid multiplient les visites "surprises" et les coups médiatiques

Facebook/Ministère de la justice

POLITIQUE - Les visites sur terrain des responsables peuvent être une bonne méthode de proximité pour diagnostiquer les problèmes des administrations. Mais avec le gouvernement Habib Essid, la répétition de ces gestes médiatisés prend des allures de stratégie de communication.

Il faut dire que le chef du gouvernement et plusieurs de ses ministres comme Najem Gharsalli, Neji Jalloul, Nejib Derouiche, semblent avoir adopté la méthode de la multiplication des visites sur terrain, au point d'être omniprésents dans les médias.

Récemment, le ministre de la Justice, Mohammed Salah Ben Aissa, était au premier plan après la publication d'une vidéo de sa visite à la prison de la Rabta à Tunis. Apostrophant les employés de la prison sur les conditions déplorables de leur établissement, il n'avait pas hésité à exprimer sa colère, en examinant notamment la cuisine de la prison:

"Ceci n'est une cuisine. C'est un dépôt d'ordures", leur avait-il lancé, avant de leur fixer un délai de 24 heures pour nettoyer l'établissement, ce qu'ils ont fait le lendemain.

"C'est comme si j'étais hier dans un monde et que j'en ai visité un autre aujourd'hui", avait déclaré le ministre après avoir constaté le changement.

Mais concrètement ces changements seront-ils durables non seulement à la Rabta mais aussi dans les autres prisons tunisiennes où les conditions sanitaires sont "alarmantes", selon des organisation de la société civile?

"Pourquoi (...) on ramène des caméras et on commence à humilier les responsables? C'est comme si on découvrait aujourd'hui et par un effet de surprise l'ampleur de la catastrophe et/ou l'état de notre "cuisine interne" et la qualité des services!", avait écrit Nidhal Ouerfelli, ancien porte-parole du gouvernement de Mehdi Jomâa, sur son compte Facebook.

"Le citoyen a le droit de voir (...) Le journaliste doit être présent pour transmettre une image fidèle au citoyen", s'est alors défendu Mohammed Salah Ben Aissa sur Shems FM.

Hend Khechine, membre de l'organisation mondiale contre la torture (OMCT), estime que même si ce genre de déplacements dans des espaces carcéraux est "une bonne chose dans l'absolu", ils restent "rapides et superficiels".

"Il ne faut pas que ça s'arrête au coup médiatique. Le ministre connait les problèmes des prisons et il en est conscient, même sans faire ces visites. Et si ces visites ne sont pas suivies d'un contrôle régulier, elles ne servent à rien", a-t-elle indiqué au Huffpost Tunisie. "Il faut également qu'il soit accompagné par des experts lors de ces visites pour avoir un regard scientifique sur les problèmes des prisons", a-t-elle ajouté.

Un autre ministre friand des visites "surprise": Said Aidi, ministre de la Santé. Une multitude de déplacements dans des établissements sanitaires ont ponctué sa prise de fonction. Des photos de lui, au chevet de malades dans les hôpitaux, ont été publiées par le ministère ainsi que plusieurs médias:

santé

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Le spectacle de ces visites présentées par des médias comme "inopinées" ont provoqué des commentaires ironiques de la part de plusieurs internautes:

Le premier ministère ainsi que les ministères de l'Education, de l'Intérieur ou de l'Environnement ne dérogent pas à cette règle mais les résultats à long terme se font attendre dans une période de crise économique, sociale, environnementale et sécuritaire profonde.

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