MAGHREB
02/09/2015 14h:21 CET | Actualisé 02/09/2015 14h:28 CET

Tunisie - Loi de réconciliation: Retour sur une manifestation réprimée violemment

Rassemblement sur la place Mohamed-Ali
Huffpost Tunisie
Rassemblement sur la place Mohamed-Ali

Répondant à un appel diffusé sur les réseaux sociaux, plusieurs dizaines de manifestants se sont réunis Place Mohamed-Ali, à Tunis, pour dire non au projet de loi sur la réconciliation économique et financière soutenu par le président de la République Béji Caïd Essebsi et le gouvernement.

Le rassemblement a débuté à 17h30, dans le calme. Quelques manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles était inscrit: "Nous ne pardonnerons pas". "Sans peur, ni frayeur, le pouvoir au peuple", scandaient-ils.

Le projet de loi de réconciliation économique et financière a été présenté au conseil ministériel par la présidence de la République en juillet dernier. Il vise à amnistier les personnes jugées ou poursuivies en justice pour corruption ou détournements de fonds publics sous certaines conditions, comme la déclaration et la présentation d'un dossier complet, le remboursement de l'argent détourné ou des biens acquis... Ce projet a été fortement critiqué et un bon nombre de politiques s'y sont opposés, notamment car "il empiète sur les lois relatives à la justice transitionnelle qui sont des lois constitutionnelles et aussi sur le rôle de l'Instance Vérité et Dignité (IVD)".

"Cette loi est dangereuse sur le plan légal et constitutionnel", a déclaré l'avocat Charfeddine Kellil, présent à la manifestation en compagnie de plusieurs de ses confrères.

"Nous n’allons pas accepter que la corruption soit de nouveau enracinée grâce à des lois pareilles", a-t-il ajouté.

Vers 18h, les manifestants ont voulu quitter la place Mohamed-Ali en direction de l'avenue Habib Bourguiba. Mais les agents des forces de l'ordre déployés en masse ont tenté de les en empêcher, prétextant le fait que la manifestation n'était pas autorisée. "Etat d'urgence ou pas, la rue nous appartient ", a alors lancé Ayoub Amara, militant originaire du bassin minier.

Quelques échauffourées ont eu lieu alors que les protestataires bousculaient et repoussaient le cordon sécuritaire afin de se frayer un chemin.

Ripostant de manière musclée, les policiers sont parvenus à disperser la foule. Plusieurs groupes ont alors entrepris de se rendre devant le théâtre municipal, sur l'avenue Habib Bourguiba, en petits groupes.

Sur l'artère principale de la capitale, de nombreux policiers ont rejoint les manifestants. Des agents se sont attaqués aux personnes assises sur les marches du théâtre, à coups de poings et de pieds. Ensuite ils ont tenté de les intimider en fendant la foule à l'aide de leur moto. Les petits groupes se dispersaient et se réunissaient de nouveau au rythme de ces attaques.

Plusieurs manifestants ont été arrêtés, d'autres roués de coups à la tête et aux jambes avant d'être relâchés.

Plus tard, quelques élus dont Monji Rahoui, présents sur les lieux, ont pris le parti des manifestants, insistant sur la libération immédiate de personnes arrêtées. Selon Azyz Ammami et d'autres activistes, tous les protestataires arrêtés ont été relâché peu de temps après leur arrestation.

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