MAROC
02/09/2015 04h:45 CET | Actualisé 02/09/2015 11h:30 CET

Elections 2015: Entretien avec Nabila Mounib, secrétaire générale du PSU et tête de liste de la Fédération de la gauche démocratique à Sidi Belyout

Nabila Mounib: "Notre projet se base sur la construction d'un État véritablement démocratique"
Nabila Mounib: "Notre projet se base sur la construction d'un État véritablement démocratique"

INTERVIEW - Rencontrer Nabila Mounib en pleine période électorale n’est pas tâche facile. Arrivés au siège du Parti socialiste unifié (PSU), nous sommes accueillis par l’immense tête de Nabila Mounib, affichée sur la porte du parti, accompagnée de ses acolytes candidats aux élections régionales. Passé ce cap, il s’agit maintenant de rencontrer la secrétaire générale en chair et en os. Mais, réunion urgente oblige, nous attendons. Le local du siège ne désemplit pas, militants, journalistes et électeurs se suivent à l’entrée.

Une heure plus tard, Nabila Mounib arrive tout sourire, s’excuse pour le retard et nous propose de rejoindre ses militants, le temps de régler une affaire importante. L’ambiance de campagne règne au sein du siège et chacun vaque à ses occupations dans une grâce salle remplie de listes, tracts et programmes de la Fédération de la gauche démocratique (FGD). Nabila Mounib revient une fois pour toutes et nous dirige vers son bureau où elle prend le temps de répondre à nos questions.

HuffPost Maroc: A quelle moment avez-vous décidé de participer aux élections, sous la bannières de la FGD?

Nabila Mounib: En ce qui concerne le PSU, nous avons fait le choix de la lutte démocratique depuis des décennies. Ce choix relève de la participation aux élections mais également de la lutte à partir de l’intérieur des institutions. Ce que peu de personnes savent, c’est que nous n’avons jamais boycotté les élections communales. Nous avons commencé avec notre premier parlementaire, Mohamed Bensaid Aït Idder et aujourd’hui, plusieurs de nos militants dirigent des communes. Depuis quelques années déjà, nous travaillons avec deux autres partis (PADS et CNI, ndlr) au sein de la Coalition de la gauche démocratique et nous avions présenté des candidats communs en 2007 et 2009. Aujourd’hui, cette coalition s’est transformée en FGD. Pour cela, nous avons mis en place une plateforme politique avec trois grands projets stratégiques, qui s'articulent autour des élections, de la Constitution et de la question nationale.

Quelle est la finalité?

Notre projet se base sur la construction d’un État véritablement démocratique avec une séparation des pouvoirs de manière horizontale et verticale. C’est pour cela que nous estimons que les élections locales constituent un point d’entrée fondamental de la construction démocratique. C’est dans cet objectif que nous avons émis des propositions et des recommandations. Nous avons présentés plus de 5.000 candidats. Aujourd’hui, il en reste 4.000 en lice car certaines listes ont été refusés.

Y-a-t-il une parité dans les candidatures, au niveau national?

Je n’ai pas de chiffres exacts mais nous avons présenté une liste nationale qui permet l’accès à 27% de femmes. Outre cela, nous essayons de composer nos listes d’hommes et de femmes pour garantir la parité, si ce n’est plus. Certaines communes présentent plus de femmes que d’hommes. À Casablanca, on a atteint la parité, à Rabat, ils l’ont dépassée puisqu’ils ont présenté 50% de femmes sur la liste générale additionnée aux 27%.

Lors de l'annonce de la création de la Fédération de la Gauche Démocratique, seuls le PSU, le PADS et le CNI en faisaient partie. Dans quelles circonstances le CAC (Clarté ambition courage) de Omar Balafrej s'est-il greffé à la coalition?

À sa naissance, la FGD s’est considérée comme une fédération ouverte. L’objectif n’était pas de s’arrêter à cette alliance mais de véritablement constituer un front de lutte démocratique. Toutes les associations, mouvements et intellectuels étaient les bienvenus. C’est dans ces conditions que le CAC nous a rejoint et nous en sommes très heureux puisque c’est une association qui regorge de compétences et de personnes qui ont une culture politique de gauche.

La campagne de la FGD est très axée sur votre personne et celle de Omar Balafrej. Pourquoi ce choix?

Notre campagne se concentre sur Nabila Mounib à Casablanca et Omar Balafrej à Rabat mais si vous allez au-delà de ces villes, vous trouverez des leaders charismatiques que tout le monde connaît dans la région. Ils sont peut-être moins connus à l’échelle nationale mais ils restent très connus dans leurs localités. Je suis secrétaire générale du parti et c’est moi qui communique la plupart du temps, c’est sans doute pour cela que vous me connaissez mieux mais je suis complètement d’accord pour dire que nous gagnerions à faire connaître nos militants de Marrakech, Safi ou encore Souss-Massa. Les Marocains ont une culture qui les pousse à chercher un leader charismatique mais ce n’est pas du tout notre philosophie.

Quel est le niveau scolaire des têtes de liste de la FGD?

Nous avions présenté une requête au ministère de l’intérieur où nous recommandions que les candidats et plus spécialement les présidents de conseils aient au minimum le baccalauréat. Mais notre demande n'a pas été retenue. Nous croyons en la valeur de la science et du savoir, c’est fondamental pour diriger. Pour ce qui est de nos listes, c’est le niveau supérieur qui prime car nous avons envie d’accélérer la cadence des réformes.

Quel est le processus de sélection des candidats à la FGD?

Nous avons mis en place un certain nombre de critères. Tout d’abord, il faut rappeler que nous sommes un parti de militants contrairement à d’autres partis qui, à l’aube des élections, voient arriver des marées humaines sans formation politique. Pour nous, il faut mettre en avant toutes les personnes compétentes qui ont prouvés qu'elle pouvaient concilier politique et éthique. Ce sont des volontaires qui ont cherchés à se présenter. Au niveau de la gauche, nous manquons de candidats. Plusieurs militants ne veulent pas se présenter car une élection coûte de l’argent. Le soutien que nous avons obtenu de l’État est rudimentaire et ne suffit pas, il faut donc une autre source de moyens financiers. La plupart de nos militants sont enseignants dans différents cycles et préfèrent participer au processus sans être tête de liste.

Pourquoi faites-vous l'impasse sur le volet économique dans votre programme, alors que Casablanca est censée être la capitale économique du royaume?

Le projet économique que le PSU porte est national, et Casablanca y occupe une place de choix. Selon les chiffres lancés par le HCP, il y a 40% de jeunes de la ville sont au chômage, il y a des usines qui ferment, il y a des licenciements abusifs, il y a criminalisation de l'action syndicale.

Dans ce sens, nous avons non seulement des propositions portant sur ce qu'il faut entreprendre pour ce pays. Nous avons un projet d'économie productive, qui se propose de trouver un équilibre entre participation étatique et privée.

Comment déclinez-vous ce projet?

La première des choses est de mettre fin à l'économie de rente et aux passe-droits. Par la suite, il faudra mettre en place une vision, qui prenne compte des réformes fondamentales qu'il faudrait initier, car, vous le devinez, élaborer un projet économique théorique est bien insuffisant. Notre projet économique est déjà ficelé, peut-être pas dans ses détails les plus fins, mais dans la globalité, il est là. Nous avons une analyse relative à ce qui a été initié à Casablanca, et sur ce qu'il faut encore faire pour la ville, afin de créer des richesses et des emplois. Des experts qui travaillent avec nous ont fait des propositions très concrètes pour la ville.

Certains militants du parti constatent que le PSU est en train de changer de statut: de parti de militants, il se "notabilise" progressivement. Qu'en pensez-vous?

Je ne sais pas de quels militants vous parlez, mais on a vécu une expérience singulière, dans la mesure où nous avons, au sein du parti, rassemblé cinq écoles, donc cinq expériences et cinq manières de faire et de voir le monde. Naturellement, chacune de ces cinq écoles regroupait des gens dont l'orientation allait du radicalisme au réformisme, mais tout ce beau monde a trouvé place au parti, car nous avons mis en place des courants, des plateformes politiques et un projet politique qui nous unissent. Il y a des personnes qui n'ont pas pu intégrer cette dynamique. Ils ont fini par partir, mais pour nous, il n'y a pas de perte, puisque des énergies nouvelles se sont développées. Nous avons un projet de gauche qui tient la route, qui est fondé sur une analyse critique du système politique marocain, et l'analyse de nombreuses expériences de par le monde, de l'Amérique latine à l'Europe. Ce que nous proposons aujourd'hui, c'est des solutions et un projet alternatif global.

Votre parti a participé aux rencontres et aux meeting organisés par le ministère de l'Intérieur, pour discuter des lois relatives à l'opération électorale. Quel a été l'apport du PSU au débat?

Nous avons lu et analysé, avec attention, tous les projets qui nous ont été proposés, et nous avons adressé des remarques qui vont dans ce sens. Ce que nous voulons, c'est mettre en place un projet qui puisse garantir des élections libres et transparentes, et ainsi des institutions réellement représentatives. Nous pensons que pour avancer vers un Etat de droit et vers une possible émergence, il faut que la monarchie se modernise, qu'elle devienne une véritable monarchie parlementaire. Ceci permettra la libération des energies latentes. On ne peut plus retarder les réformes dont a besoin notre pays. Parmi celles-ci, la réforme institutionnelle, la réforme de l'éducation, la réforme de l'administration.

Certaines de vos propositions ont aussi porté sur la parité ...

Oui, car on croit à la femme. Si la société est constituée de 50% d'hommes et 50% de femmes, l'heure est donc celle du changement et de la féminisation. Les femmes ont souvent des compétences qui dépassent celles des hommes et pourtant, elles sont sous-représentées. Nous avons donc proposé qu'il y ait au moins un tiers de femmes dans les conseils élus, car si nous voulons que les femmes participent à la prise de décision, il faut qu'elles soient représentées. A partir de là, nous pouvons aller vers une réelle parité. L'article 19 de la Constitution institue une égalité entre hommes et femmes, et prévoit la création d'une instance pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination. Force est de constater que quatre ans après l'adoption de la nouvelle Constitution, rien n'a encore été fait.

Vous voyez-vous en concurrence avec un parti spécifique?

Nous sommes en guerre contre la corruption, le despotisme, l'arrivisme et le "voyourisme". Nous ne luttons pas contre un parti en particulier, mais sommes contre les partis inventés de toutes pièces par le système et qui sont soutenus par lui. Nous sommes également contre toute forme d'extrémisme. Nous essayons de dégager ce que nous appelons la troisième voie: la voie de la lutte démocratique.

LIRE AUSSI: