ALGÉRIE
01/09/2015 10h:50 CET | Actualisé 01/09/2015 10h:58 CET

Batailles rangées entre jeunes à coup de sabres et de cocktails Molotov à Oran et Batna

Lahouari Addi: les 18 et 30 ans, tranche d’âge la plus difficile pour les services de sécurité (Photo Archives)
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Lahouari Addi: les 18 et 30 ans, tranche d’âge la plus difficile pour les services de sécurité (Photo Archives)

A Oued Tlélat, dans la wilaya d'Oran, des affrontements violents ont opposé durant la nuit de dimanche à lundi, des jeunes de la localité divisés en "deux camps" : ceux qui sont "originaires" de la localité et les nouveaux "arrivants" installés dans le cadre des opérations de relogements.

D'un côté, les "anciens" habitants du quartier du Barrio et de l'autre les "nouveaux" de la cité des 400 logements venus de la cité Médioni et d’el Hamri. La bataille rangée a vu l'utilisation de sabres, de poignards, de cocktails Molotov et de gourdins.

Les affrontements ont eu lieu dans la nuit du samedi à dimanche sous les regards apeurés des habitants. La bataille a duré plusieurs heures et a fait plusieurs blessés. A l’origine, une rixe entre des jeunes adolescents survenue samedi et qui semblait, indique le Quotidien d'Oran, sans gravité et qui semblait sans lendemain.

Mais la situation a fini par dégénérer dans la nuit du dimanche après une attaque menée par les "nouveaux arrivants" de 400 logements contre une crèmerie.

Les routes principales de Oued Tlélat ont été fermées, des voitures et des biens publics ont subi des déprédations, indique Echourouk, qui souligne que la situation auraient été pire si les affrontements armés s'étaient déroulés en plein jour.

Les violences ont duré jusqu'à trois heures du matin après l'intervention des forces de sécurité qui ont utilisé des balles en caoutchouc et ont procédé à des arrestations.

Des "gangs" à l'oeuvre

Les forces anti-émeutes, indique le Quotidien d'Oran, ont déployé un important dispositif pour "neutraliser des "gangs", à l'origine de ces incidents. 19 jeunes, âgés entre 19 et 30 ans, dont plusieurs repris de justice, ont été arrêtés indique le journal. Huit policiers ont été blessés.

Les services de la police "ont récupéré 58 bouteilles de cocktail prêtes à être utilisées, des têtes de paraboles servant de bouclier lors des bagarres et un arsenal d'armes blanches."

Certains habitants reprochent aux pouvoirs publics d’avoir ramené la délinquance avec les nouveaux arrivants dans la localité. Des délinquants qui ont déplacé leurs activités vers leur nouveau lieu de résidence.

El Bilad indique par ailleurs que des habitants ont demandé aux services de sécurité d’œuvrer à fermer certaines "pages sur Facebook qui incitent à la violence comme cela a été le cas à Ghardaïa."

A Barika aussi

Des affrontements similaires ont eu lieu dimanche, pratiquement au même moment, à Barika, dans la wilaya de Batna, sur la route de Magra, près du "café dzayer" rapporte le journal El Khabar qui titre d'ailleurs "le scénario de Oued Tlélat se répète" à Batna.

Selon des témoins cités par le journal, la bataille a opposé des jeunes de différents âges qui ont utilisé des armes blanches, des sabres, des gourdins.

"Des tirs d'armes à feu ont été entendus qui pourraient être le fait de fusils de chasse ou d'autres types d'armes" indique le journal El Khabar qui souligne que la cause de cette brusque flambée de violence reste inconnue.

Des personnes ont été blessées au cours de ces affrontements et elles ont refusé de se rendre à l'hôpital de crainte de poursuites judiciaires et des enquêtes de police qui "pourraient leur valoir la prison".

Les affrontements ont entrainé la fermeture de la RN 26 entre la Batna et M'sila, indique EL Khabar en soulignant que les habitants ne comprennent pas les raisons de la non-intervention des forces de l'ordre.

Le poids des années 90

Ces situations se sont multipliées ces dernières années et des situations similaires de batailles rangées, parfois durables comme ce fut le cas à la cité Ali Mendjeli, à Constantine, traduisent une réelle explosion de la violence urbaine.

En mai 2013, à l’occasion d’un colloque sur les violences urbaines organisé par le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc), le sociologue Lahouari Addi a relevé que la ville a été marquée par les affrontements des années 90 et a "connu une dérive vers une violence sociale visible dans les comportements collectifs et individuels."

Des traumatismes individuels et collectifs sur des enfants qui ont « intégré le complexe de la violence exercée sur les membres de leurs familles… Ces expériences douloureuses ont touché des dizaines de milliers de personnes. Les enfants des années 1990 ont aujourd’hui entre 18 et 30 ans, cette tranche d’âge la plus difficile pour les services de sécurité."

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