ALGÉRIE
01/09/2015 09h:48 CET | Actualisé 01/09/2015 10h:02 CET

Liban: des protestataires occupent le ministère de l'Environnement

Des dizaines de jeunes militants occupaient mardi le ministère libanais de l'Environnement, réclamant la démission du ministre sur fond de crise des ordures et de manifestations inédites contre la corruption de la classe politique, a affirmé à l'AFP une fonctionnaire sur place.

Cette escalade surprise et inédite au Liban intervient quelques heures avant l'expiration du délai fixé par la campagne citoyenne pour obtenir la démission du ministre Mohammad Machnouk et trouver une solution durable à une crise qui dure depuis un mois et demi.

Les militants avaient fixé samedi un ultimatum au ministre, qui expire mardi à 19H00 (16H00 GMT).

"Dehors! Dehors! Le ministre de l'Environnement dehors!" ont scandé les militants qui se trouvent dans un couloir proche du bureau du ministre, a indiqué l'employée sous couvert de l'anonymat. M. Machnouk se trouve dans son bureau, a-t-elle ajouté.

"Pacifique! pacifique!", ont-ils ajouté pour insister sur la non-violence de leur mouvement.

Des militants sont assis à même le sol, applaudissent et entonnent l'hymne national, d'autres brandissent des drapeaux libanais aux fenêtres du ministère situé dans le centre-ville de Beyrouth.

Quatre policiers tentent de les convaincre de quitter les lieux, mais ils refusent.

D'autres policiers se trouvent en bas de l'immeuble, où se sont également rassemblés de dizaines de citoyens à l'appel du mouvement "Vous puez", à l'origine de la campagne qui a vu des dizaines de milliers de Libanais descendre dans les rues pour conspuer la corruption de la classe politique et son immobilisme face à la crise des ordures.

La police anti-émeute est arrivée, ont constaté les correspondants de l'AFP sur place et la plupart des fonctionnaires ont quitté l'immeuble sans problème.

Élément de surprise

Un des organisateurs de la campagne, Lucien Bourjeily, a affirmé à l'AFP que les jeunes "ne quitteraient pas les lieux avant la démission de M. Machnouk" et qu'ils avaient décidé d'agir avant l'expiration du délai "pour l'élément de surprise. Ils ne s'attendaient pas à ce qu'on agisse maintenant".

"S'ils répondent à nos revendications avant l'expiration du délai, nous nous retirerons", a-t-il ajouté.

M. Machnouk avait indiqué lundi qu'il allait se retirer de la commission ministérielle en charge du dossier des déchets mais qu'il n'allait pas démissionner, provoquant la fureur des militants.

La campagne de protestation a commencé avec la crise des ordures provoquée à la mi-juillet par la fermeture de la plus grande décharge du Liban et l'amoncellement des déchets dans les rues.

Mais cette mobilisation illustre surtout le ras-le-bol d'une population face à la corruption endémique, au dysfonctionnement de l’État et à la paralysie des institutions politiques.

"Ce Parlement, c'est de l'ordure, c'est le Parlement qui s'est auto-prorogé!", ont encore scandé les militants.

Les députés ont prolongé à deux reprises leur propre mandat depuis les élections en 2009, en raison des divisions politiques, ce que les militants qualifient d'"illégitime". Ils se montrent également incapables d'élire un président de la République, poste vacant depuis mai 2014.

En plus du règlement de la question du traitement des déchets, les protestataires réclament l'organisation de nouvelles législatives.

Le pouvoir n'a pas encore officiellement réagi aux revendications de la société civile.

Le président du Parlement, Nabih Berri, un des leaders de la classe politique conspuée par les militants a appelé à un dialogue entre dirigeants le 9 septembre, mais les militants ont dénoncé cette initiative comme un moyen de détourner l'attention.

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