MAROC
31/08/2015 09h:23 CET | Actualisé 31/08/2015 11h:47 CET

Qui a le plus de followers fake et/ou inactifs sur Twitter parmi nos politiciens en campagne? (INFOGRAPHIE)

Qui a le plus de followers fakes et ou inactifs sur Twitter parmi les politiques marocains ?
HuffPost Maroc
Qui a le plus de followers fakes et ou inactifs sur Twitter parmi les politiques marocains ?

RÉSEAUX SOCIAUX - En pleine campagne électorale, les candidats et les partis se ruent sur les réseaux sociaux pour faire entendre leur voix. Mais derrière la bataille digitale se cache une autre réalité: celle des audiences fictives.

Dans audience fictive, on pourrait regrouper pêle-mêle: followers et fans inactifs sur Twitter et Facebook, ou "recrutés" pour une poignée de dirhams grâce à une société spécialisée dans le marketing digital, ou encore communauté de connivence (des suiveurs ou des fans dont la mission est de mettre en valeur telle ou telle personnalité politique ou tel ou tel parti).

Le bon grain et l’ivraie

Twitter Audit est un outil spécialisé dans l’analyse de comptes de la plate-forme de microblogging qui, en croisant plusieurs variables (nombre de tweets, date du dernier tweet…), permet de déterminer la proportion de followers "dormants" (l’outil les appelle fake, en anglais, un terme que l’on pourrait traduire par "bidon"), qu'un twittos donné compte parmi ses "suiveurs".

Pour séparer le bon grain de l’ivraie, nous avons passé au "détecteur de mensonge" les comptes de plusieurs de nos personnalités politiques qui se présentent aux élections. Verdict: toutes les personnalités, quel que soit le parti, affichent au minimum un bon tiers de faux followers.

Champion toutes catégories, le président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami, qui se présentera aux élections de Tétouan sous les couleurs du RNI, compte 68% de suiveurs fake sur ses 978 abonnés, selon Twitter Audit.

rachid talbi alami

L’entrepreneur et ancien ministre de la Jeunesse et des sports Moncef Belkhayat, serial twittos, affiche lui aussi beaucoup de fantômes dans son compteur de fidèles: 65% selon l’auditeur des tweet zombies, sachant qu’il compte 67.200 followers qu’il met "au service du RNI", comme il l’a déclaré récemment dans un tweet.

Et si officiellement ils sont 2.048 à suivre sur Twitter les tribulations de l’ancien ministre PJD chargé des Relations avec le parlement et la société civile, Lhabib Choubani, qui se présentera d’ailleurs pour le conseil de la région à Errachidia, 40% d’entre eux seraient des supporters fictifs à en croire notre outil.

choubani

Si le Chef du gouvernement et secrétaire général du PJD Abdelillah Benkirane n’est pas actif sur Twitter, on ne peut pas en dire autant de son parti dont le compte totalise 57.900 abonnés, parmi lesquels 28% de fake, toujours selon Twitter Audit.

Le PAM compte 36% de comptes "irréguliers" parmi ses 1.006 abonnés, le RNI 33% sur 2.060 abonnés, le MP 15% sur sa poignée d’abonnés (à peine 87) et le PPS 34% sur 223 abonnés. Quid des autres formations? Le compte de l’USFP est inactif depuis 2011, tandis que l’UC est tout simplement absent de Twitter, pour des raisons que la raison ignore.

Des zombies à vendre…

Comment expliquer la proportion élevée de suiveurs fantômes chez nos politiques? Gonflent-ils artificiellement leur nombre de followers (une pratique courante dans l’univers de la politique)?

Et surtout, qu'est-ce qui pourrait motiver l'achat de followers? "Le fait d'avoir plusieurs followers va inciter d'autre personnes à follower tel ou tel tweetos. A plus forte raison quand il s'agit d'une personnalité politique qui est très active sur ce réseau social. Il est évident que ça en met plein les yeux quand on a des dizaines de milliers, ou des centaines de milliers de followers. C'est de la projection de puissance", explique Mehdi Alaoui Mhamdi, marketeur digital.

En 2012, le candidat républicain à la présidentielle américaine a été accusé d’acheter de faux followers sur Twitter, suite à l’explosion fulgurante de son nombre d’abonnés. Depuis, les médias américains se sont emparés du sujet, décortiquant régulièrement les comptes des people, sportifs ou politiques.

Difficile de faire une quelconque déduction pour le cas du Maroc. Pour Marouane Harmach, consultant en stratégie digitale et auteur de plusieurs études au sujet de la communication politique sur les réseaux sociaux, "les comptes dits fake peuvent simplement être inactifs ou de création récente. Rien ne permet de dire que les hommes politiques les plus suivis ont acheté des faux suiveurs. D’ailleurs, cela n’a jamais été signalé par la Twittoma (…). Les résultats de ce type d’outils sont à prendre avec des pincettes".

Même son de cloche chez Mehdi Mourabit, manager au sein de l’agence de communication digitale We Beuz, pour qui "Twitter Audit se base sur des algorithmes dont les critères ne sont pas fiables à 100%".

Qu’en disent les principaux concernés? Nous avons posé la question à Moncef Belkhayat, champion toutes catégories de la plate-forme de microblogging avec ses 67.200 followers. "Je n’ai jamais acheté de followers et je n’ai jamais fais de publicité sur Twitter. J’ai créé mon compte il y a 5 ans. A l’époque, j’étais le seul homme politique avec Ahmed Reda Chami à avoir un compte Twitter. Après avoir quitté le gouvernement, j’ai continué à interagir avec mes followers", indique-t-il au HuffPost Maroc.

Pour une poignée de dirhams…

Toujours est-il que les politiques les plus avides de notoriété peuvent être tentés par la manœuvre. D’autant qu’une poignée de dirhams suffit pour acheter un public virtuel.

Nos confrères du HuffPost France avaient même fait le test il y a deux ans, au lendemain de la publication d’un article dans la presse hexagonale sur l’achat de faux comptes par des politiques français. Résultat ? Avec un budget d'à peine 33 euros, ils avaient acheté plus de 50.000 followers pour le compte "Œuf Post" spécialement créé pour l’occasion.

Au Maroc, il est possible "se procurer" autant de suiveurs pour moins que ça, fait savoir Mehdi Mourabit, qui constate que "l’achat de faux suiveurs est très demandé par les clients marocains".

Nous avons fait le test. Sur le site français "Followers pas cher", nous avons simulé l’achat de 500 fans pour 6 euros. En quelques clics, l’opération était bouclée. Et peu importe que votre adresse IP soit basée au Maroc ou au Botswana.

followers pas chers

Nous nous sommes fait passer pour un homme politique en déficit de notoriété auprès d’une agence qui a pignon sur rue au Maroc. Son directeur commercial nous a proposé l’achat de 20.000 "zombies" à 1 dirham par tête de pipe, en nous promettant une réduction de 30% pour une première collaboration. Seul hic, cette agence casablancaise se fournit dans des contrées lointaines. Du coup, le dopage serait artificiel (nous serions suivis par des followers indiens ou vietnamiens). Ce qui poserait un sérieux problème de crédibilité.

Pour l’achat de fans Facebook, la logique est la même: il suffit de taper sur Google "achat de fans sur Facebook", et le moteur de recherche vous redirigera vers une entreprise spécialisée dans le domaine.

acheter fans

Pour quelques centaines de dirhams, vous pourrez recruter autant de fans, avec une garantie d’un an, avec la promesse que "si vos fans sont perdus pendant cette période, ils seront immédiatement remplacés".

Nos politiques misent surtout sur Facebook

Si à l’approche des élections nombre de candidats se montrent particulièrement actifs sur Twitter, c’est surtout sur Facebook que les personnalités politiques jettent leur dévolu. Hakima El Haite, Hamid Chabat, Abdessamad Kayouh, Adil Benhamza, Aziz Rebbah, Nabila Mounib, Tarek kabbaj, Mustapha Bakkoury, Yasmina baddou, Karim Guellab…Tous ou presque ont des pages "officielles" sur le réseau social de Mark Zuckerberg.

En mai dernier, soit 4 mois avant le démarrage de la campagne pour les régionales et communales, le Chef du gouvernement et secrétaire général du PJD Abdelillah Benkirane avait anticipé en lançant en grande pompe sa page Facebook, histoire de donner de la visibilité à ses candidats.

مرحبا بكم في الصفحة الرسمية للسيد عبد الإله ابن كيران، التي يشرف عليها قسم الإعلام والعلاقات العامة في حزب العدالة والتنمية، ترقبوا الإطلاق الرسمي للصفحة في الأيام القليلة المقبلة.

Posted by ‎عبد الإله ابن كيران - Abdelilah Benkirane‎ on Thursday, June 4, 2015

Bien qu’elle ne soit que peu active, sa page comptabilise déjà près de 180.000 fans. Son grand adversaire politique, le numéro 2 du PAM Ilyas El Omari, tente de lui emboîter le pas en "sponsorisant" depuis quelques jours sa page pour générer plus de "likes". C’est le cas aussi de la page officielle du parti. Pour quel budget? Contactée par le HuffPost Maroc, Souhaila Riki, responsable de la com’ digitale au parti du tracteur, souligne qu’elle ne peut communiquer sur le montant alloué à cette campagne digitale, tout en promettant "d’éventuellement communiquer sur le budget accordé à la page du parti, mais pas sur celle de M. Omari qui est une page personnelle". Et Twitter? "Nous n’avons jamais acheté de followers", jure Souhaila Riki.

Recruter c’est bien, fidéliser, c’est mieux

Selon Mehdi Alaoui Mhamdi, notre ingénieur travaillant dans une agence de communication spécialisée dans le Net, "le nombre de followers ou de fans ne détermine pas à lui seul la notoriété. Il faut surtout voir la fluctuation des abonnements ainsi que l’interaction qui découle de leur présence".

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