MAROC
30/08/2015 06h:03 CET | Actualisé 01/09/2015 12h:03 CET

Reportage vidéo: Rencontre avec les pionnières marocaines du surf

TENDANCE - Ces dernière années, la place des femmes dans l’industrie de la glisse n’a jamais été aussi importante. Après avoir conquis un à un tous les bastions du surf, les pionnières du surf, à l’image de Gwyn Haslock dans les années 60, ont tracé la voie à toute une génération de jeunes surfeuses bien déterminées à se faire un nom dans un océan d’hommes.

surfeuses marocaines

Au Maroc, le surf a connu une véritable explosion ces dernières années. De plus en plus de jeunes marocaines ont investi la discipline. A un jet de planche de la ville d’Agadir, le village de Taghazout s’est imposé comme la capitale marocaine du surf pour les passionnés avec des spots emblématiques de la région comme celui de la Pointe des ancres. Parmi ces passionnées: Meryem El Gardoum. La jeune femme âgée de 18 ans et originaire de Tamraght, est l’une des figures du surf incontournable au Maroc. Consacrée championne du Maroc en 2013, Meryem s’impose une discipline de fer pour rester à niveau. « Les surfeurs doivent constamment s’entraîner, il faut beaucoup de souplesse et de souffle. Gymnastique, course, musculation, natation, il faut pratiquer plusieurs sports. Moi je cours sept kilomètres avec mon amie, je m’entraîne parfois avec mon frère, je fais du Yoga chez une amie européenne, et je pratique la musculation en salle trois fois par semaine », explique-t-elle.

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Situé à 15km au nord d’Agadir, le Rocher du Diable (Devil’s Rock) est l’un des spots que Meryem fréquente depuis son enfance. « J’ai débuté à l’âge de 11 ans, j’ai commencé par le boogie, je m’amusais dans l’eau avec mes amis puis ma relation avec le surf a commencé à prendre plus d’importance », rappelle la jeune femme. Rapidement repérée par les professionnels, Meryem se lance dans le grand bain de la compétition avec le soutien de l’Association Imouran Surf. « Petit à petit, les sponsors sont venus me rejoindre », ajoute-t-elle. Lors de sa première compétition nationale, Meryem se classe deuxième puis à l’occasion du Championnat du Maroc elle s’impose sur la première marche du podium. « Au début, j’avais très peur, je ressentais beaucoup de stress, je n’avais pas l’habitude d’affronter plusieurs filles. A ma première compét' en dehors du Maroc à l’occasion de l’Eurosurf au Portugal, le niveau était très élevé mais je me suis battue pour arriver en demi-finale et me classer neuvième », ajoute la jeune femme qui n’a pas eu peur de charger les grosses vagues à l’image de son idole, Sally Fitzgibbons, jeune championne australienne.

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Briser les stéréotypes

Si l’océan ne fait pas de différenciation, l’arrivée des femmes dans la discipline du surf s’est souvent heurté à la gente masculine. Une réalité bien connue par Meryem. « Il y a des gens qui aiment ce que je fais, ils m’encouragent, il me disent que je dois aller de l’avant et il y en a d’autres qui me disent que le surf ne me correspond pas, qu’il ne faut plus que je le fasse, qu’il faut que je reste à la maison. La plupart des jeunes hommes avec lesquels je surfe, j’ai souvent des ennuis avec eux, ils me disent que je n’ai rien à faire dans le surf, que je dois aller à la maison faire du pain et y rester », explique la jeune surfeuse au caractère bien trempé. « Quand j’annonce aux gens d’ici que je suis Championne du Maroc, ils me disent que ce n’est pas leur affaire. Mais avec leurs paroles, ils ne me détruisent pas, ils me poussent à aller de l’avant », souligne-t-elle, tout en confiant avoir bénéficié des encouragements de ses proches dès ses premières vagues.

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Pour les surfeuses marocaines, la religion peut aussi constituer une forme de stéréotype. Nahid El Massnaoui, surfeuse et ingénieur de 29 ans, se bat notamment contre une représentation des surfeuses musulmanes qu’elle juge biaisée à l’échelle internationale. Première surfeuse marocaine en couverture de Surf Mag, magazine professionnel dédié à la discipline, la jeune femme tient à rappeler que le Maroc bénéficie de plusieurs surfeuses expérimentées depuis plus de 15 ans. « Certaines d’entre elles sont mariées, ont des enfants et sont des championnes locales. Elles portent des combinaisons, des bikinis et bronzent sur la plage avec des dessous audacieux comme n’importe quelle surfeuse dans le monde, et oui ce sont des musulmanes », explique-t-elle.

Un manque de reconnaissance

Sur les traces de Meryem la championne on retrouve également une autre Meryem. Agée d’à peine 16 ans, Meryem Nouama fait également partie de cette jeune génération de surfeuses marocaines. « J’ai commencé le surf il y a deux ans, je venais à la mer toute seule et je regardais les surfeurs », se souvient-elle. A l’image de la jeune championne, Meryem à également participé au Championnat du Maroc, mais a été éliminée en demi-finale après s’être classée sixième. Un résultat honorable pour sa première compétition. Le jeune lycéenne a beaucoup d’admiration pour son aînée. « Meryem El Gardoum est très douée, j’aime beaucoup son style, elle a commencé le surf dès son enfance et maintenant c’est elle qui m’apprend », précise la jeune femme. Si le nombre de surfeuses a connu une constante progression ces dernières années, les clichés ont pourtant la vie dure dans l’eau. « Quand on commence à surfer, on voit très bien ces regards sur nous, certains hommes nous regardent étrangement ou alors ils nous grillent la priorité sur la vague, ils n’acceptent pas de voir une fille à leur place », estime-t-elle. A noter que sur le peack, tous attendent la même chose, la vague, celle qui ne pourra être pratiquée que par une personne à la fois. « De fait, la chose que j’ai appris avec le surf c’est vraiment le respect des autres », ajoute Meryem.

surf

Importé par des militaires nord-américains à Mehdia, à une trentaine de kilomètres au nord de Rabat, le surf, longtemps resté confidentiel, s’impose petit à petit comme une carte majeure dans la promotion du tourisme. Pourtant, l’univers du surf marocain souffre d’un manque de reconnaissance à l’échelle institutionnelle.

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