ALGÉRIE
29/08/2015 05h:15 CET | Actualisé 29/08/2015 05h:17 CET

Migrants morts en Autriche: 4 suspects devant la justice hongroise

Le camion dans lequel des migrants ont été découverts morts, garé le 28 août 2015 sur l'A4 près de Nickelsdorf en Autriche
afp
Le camion dans lequel des migrants ont été découverts morts, garé le 28 août 2015 sur l'A4 près de Nickelsdorf en Autriche

Quatre hommes soupçonnés d'être impliqués dans le drame des 71 migrants trouvés morts dans un camion garé sur le bord d'une autoroute autrichienne doivent comparaître samedi devant la justice hongroise, deux jours après la macabre découverte.

Au moment même où les opinions publiques européennes découvraient les images de ce camion charnier abandonné jeudi sur une bande d'arrêt d'urgence, les forces de l'ordre autrichiennes et hongroises lançaient une enquête conjointe et Budapest procédait vendredi à l'interpellation de trois Bulgares - le propriétaire du camion, qui est d'origine libanaise, et deux chauffeurs - ainsi que d'un Afghan.

Les hommes interpellés sont soupçonnés d'être "les petites mains (...) d'un gang bulgaro-hongrois de trafic d'êtres humains", selon le porte-parole de la police autrichienne, Hans Peter Doskozil. Une audience est prévue samedi en fin de matinée en Hongrie pour décider si les quatre hommes seront placés en détention provisoire.

L'Autriche a d'ores et déjà annoncé qu'elle cherchera à obtenir leur extradition. Les 71 migrants étaient "probablement" des réfugiés originaires de Syrie, a annoncé vendredi la police autrichienne.

Un peu plus tôt dans la journée, les autorités autrichiennes avaient annoncé avoir finalement extrait les 71 cadavres en décomposition du poids lourd: "59 hommes, huit femmes et quatre enfants, dont une fillette âgée d'un ou deux ans et trois garçons de 8, 9 ou 10 ans."

Les forces de l'ordre ont indiqué que le moment et la raison des décès restaient à déterminer, mais qu'il y avait "une certaine probabilité" pour que les réfugiés soient morts asphyxiés.

Le chancelier autrichien Werner Fayman s'est entretenu par téléphone avec le chef de l'Etat français François Hollande. Selon la présidence française, "ils ont tous deux marqué leur détermination à lutter avec une fermeté sans faille contre les filières de trafiquants d'êtres humains et à garantir les frontières extérieures de l'Europe".

Ils ont aussi, selon le communiqué, "appelé à la mise en œuvre sans délai des décisions prises par le Conseil européen". Parmi ces mesures, rappelle l'Elysée, figurent l'ouverture des "centres d'accueil nécessaires en Italie et en Grèce" ou la répartition "équitable" des demandeurs d'asile entre les Etats membres de l'Union. Les deux dirigeants ont estimé qu'"à terme", il fallait "aller vers un système européen unifié d'asile et une politique migratoire commune".

"Il faut faire bien davantage" pour résoudre la crise migratoire en Méditerranée et en Europe, a affirmé de son côté le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, annonçant une réunion sur le sujet en marge de l'Assemblée générale de l'instance fin septembre.

"Je lance un appel, a-t-il dit, à tous les gouvernements impliqués pour qu'ils fournissent des réponses globales, qu'ils développent des canaux légaux et sûrs de migration et qu'ils agissent avec humanité, compassion et respect de leurs obligations internationales."

migrants budapest

Des migrants rassemblés le 28 août 2015 devant une gare à Budapest

- 'J'ai fui la mort pour la retrouver en mer' -

Loin de l'Autriche, en Méditerranée, les corps d'au moins 76 migrants ont été repêchés après le naufrage jeudi d'une embarcation au large de la ville de Zouara, dans l'est de la Libye, a annoncé vendredi un porte-parole du Croissant-Rouge.

Selon ce porte-parole, Mohammed al-Masrati, 198 personnes ont été secourues. Un responsable des gardes-côtes libyens a estimé qu'il y avait entre 300 et 400 migrants sur cette embarcation.

Rescapé du naufrage, Shefaz Hamza, jeune Pakistanais de 17 ans, a passé neuf heures agrippé à un morceau de bois à attendre l'arrivée des secours. Sa mère et sa petite sœur ont, elles, sombré sous ses yeux.

Blotti contre son frère dans un commissariat près de Zouara, il a raconté à l'AFP comment le bateau a commencé à prendre l'eau une heure et demie après le départ avant de se disloquer.

"J'ai vu mon frère éloigner un homme d'un coup de pied parce qu'il essayait de lui arracher son gilet de sauvetage. Quant à ma petite sœur, la dernière fois que je l'ai aperçue, une personne tentait de s'accrocher à ses épaules, la poussant vers le bas, avant qu'elle ne disparaisse sous l'eau", a-t-il déclaré.

Autre survivant du naufrage, Sami, Syrien de 25 ans, a amèrement confié à l'AFP: "J'ai fui la mort dans mon pays pour la retrouver en mer."

Plus de 300.000 migrants ont traversé la Méditerranée depuis janvier, et plus de 2.500 personnes sont mortes en mer après avoir tenté de rallier l'Europe, selon le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

En lien avec une autre tragédie survenue en mer cette semaine, la justice italienne a annoncé avoir arrêté dix passeurs. Quelque 52 migrants avaient été découverts mercredi morts d'asphyxie dans un bateau qui les transportait vers l'Europe.

La Suisse, l'Allemagne et l'Italie vont lancer en septembre une unité d'intervention conjointe chargée de détecter et de démanteler les réseaux de passeurs qui amènent les réfugiés et migrants en Europe, ont indiqué les autorités suisses.

L'UE fait face au pire afflux de migrants depuis la Seconde Guerre mondiale. Près de 340.000 personnes ont franchi les frontières de l'UE durant les sept premiers mois de l'année.

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