MAROC
29/08/2015 11h:51 CET | Actualisé 29/08/2015 11h:52 CET

Elections 2015: Entretien avec Omar Balafrej, candidat à Agdal Riad sous la bannière Fédération de la Gauche Démocratique

Elections 2015: Entretien avec Omar Balafrej, candidat à Agdal Riad sous la bannière Fédération de la Gauche Démocratique
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Elections 2015: Entretien avec Omar Balafrej, candidat à Agdal Riad sous la bannière Fédération de la Gauche Démocratique

INTERVIEW - Ancien conseiller municipal d’Ifrane, Omar Balafrej a choisi l’arrondissement d’Agdal Riad pour les communales du 4 septembre. Le directeur général du Technopark de Casablanca nous livre ses ambitions pour Rabat.

HuffPost Maroc: Vous vous êtes déjà présenté sous les couleurs de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) aux élections en 2003, à Ifrane, avec succès, étant donné que vous avez été élu conseiller municipal. Pourquoi avoir attendu autant d'années pour revenir à la politique de nouveau?

Omar Balafrej: Je n’ai jamais quitté la politique. En 2003, personne ne me donnait vainqueur à Ifrane mais j’ai été élu avec une campagne propre comme celle d’aujourd’hui, en travaillant seulement avec des bénévoles qui croient en une nouvelle alternative. De 2003 à 2009 j’étais dans l’opposition, Ifrane est une petite ville, je ne pouvais pas faire grand chose. J’ai combattu les tentatives de corruption, notamment le gouverneur qui m’a proposé un lopin de terre que j’ai refusé et dénoncé dans une lettre ouverte.

Qu’en est-il des législatives de 2009 ?

En 2009, la question de se présenter ne se posait même pas, j’étais en conflit avec l’USFP puisque j’habitais à Rabat et qu’ils ne m’auraient jamais donné la possibilité de me présenter ici, j’ai donc quitté le Parti en 2010 pour créer l’association Clarté ambition courage (CAC). Cette association prône la clarté politique, nous sommes pour une monarchie parlementaire avec une relation basée sur le respect, nous sommes également sociaux-démocrates avec pour modèle les pays scandinaves. Nous sommes l’une des premières associations à être claire sur nos positions avec la sécularisation pour la société marocaine.

Quelles sont ces positions ?

Le seul parti qui parle de laïcité aujourd’hui, c’est le Parti de la justice et du développement (PJD) qui accepte la laïcité partielle, les vrais laïques n’osent pas le dire. La laïcité non pas contre la religion, mais pour sa protection. Nous prônons également le courage, dont nous avons besoin aujourd’hui pour affronter « l’État profond » et les islamistes. En 2011, j’ai essayé de me présenter en tant qu’indépendant mais durant l’été, tous les partis politiques, du Parti authenticité et modernité (PAM) au PJD, ont décidé de changer la loi sur les candidatures indépendantes en les rendant impossible. Nous n’avons pas réussi, nous l’acceptons et nous ne le regrettons pas puisque ça nous a menés au Parti socialiste unifié (PSU) avec la Fédération de la Gauche Démocratique (FGD), pour que la gauche retrouve enfin son grand parti au Maroc. En 2012, j’ai annoncé que j’allais prendre mes responsabilités et me présenter aux élections qui ont été reportés à 2015. Et aujourd’hui, je suis présent.

Pourquoi avoir choisi de créer une alliance comme la Fédération de la Gauche Démocratique, avec Nabila Mounib notamment, pour vous présenter ?

Tout d’abord, c’est parce que nous nous entendons sur beaucoup de sujets, ce sont des personnes propres et de véritables militants mais également parce qu’il y a des personnes extraordinaires tels que Nabila Mounib ou encore Mohamed Sassi. Ce sont des personnes logiques et rationnelles qui inspirent le respect. Nous nous retrouvons également sur nos idées avec pour optique de former une union de la gauche, une troisième option pour s’éloigner de la dualité Islamistes-Makhzen de la plupart des pays arabes.

En quoi la FGD est-elle différente des autres partis de gauche ?

Est-ce qu’il y a d’autres partis de gauche au Maroc ? Peut -on être de gauche lorsqu’on considère que le TGV est plus important que des écoles ? Il faut arrêter avec cette obsession de l’image. Nous avons besoin d’hôpitaux, d’écoles, de zones industrielles. Je ne suis pas contre le TGV mais il y a d’autres priorités actuellement.

Vous misez beaucoup sur votre campagne digitale qui est certes innovante, mais la vidéo publiée sur le Net n'a fait qu'un peu plus de 10 000 vues sur Youtube, tandis que vous ne comptez que 1600 fans sur Facebook et 232 followers sur Twitter. Pensez-vous que votre discours trouve écho sur Internet?

Le digitale n’est qu’une partie de notre campagne. Le fond de notre campagne c’est le contact avec les citoyens. Notre objectif, que nous sommes en train d’atteindre, est de frapper à plus de 10 000 portes, cela représente 30 000 personnes avec qui nous pouvons discuter. Nous sommes très fiers d’avoir plus d’une centaine de bénévoles pour remettre en place un contact avec le citoyen déçu par la politique, lui expliquer notre programme et notre démarche. Pour nous, il s’agit de faire fonctionner l’intelligence collective. Nous sommes sur un programme local, nous parlons de problématiques qui touchent les citoyens. Lorsque nous demandons des passages piétons avec des gardiens de voiture qui assurent la sécurité des enfants et les font traverser la route, nous ne demandons pas la lune. Lorsqu’on demande que les poubelles, qui attirent rats et cafards, soient enterrés comme à Berrechid, c’est très simple et pourtant rien n’est fait.

La vidéo de campagne diffusée sur le Net qui commence en français, vous rencontrez vos électeurs à Paul Mahaj Riad. N'est-ce pas une approche un tantinet élitiste?

Notre vidéo comme toute notre campagne est bilingue. Au Maroc, il y a un complexe du colonisé que je refuse catégoriquement. Quand quelque chose est bien faite, ça vient toujours de la colonisation. Le quartier Agdal Riad est un quartier de classe moyenne et classe moyenne supérieure, il y a autant d’arabophones que de francophones. La problématique de la langue est réelle dans notre pays, mais ce n’est pas en se cachant que nous allons la résoudre. La politique est faite pour tout le monde, qu’ils soient arabophones ou francophones. Nous assumons notre bilinguisme. Dans la liste présentée, il y a 29 personnes sur 36 qui ont fait l’école publique jusqu’en Terminale, 7 seulement ont fait la mission. Nous nous adressons à tout le monde, notre programme repose sur le « vivre ensemble ». De plus, nous avons 17 femmes et 19 hommes qui possèdent tous des compétences, pas comme les autres partis qui prennent la première femme venue pour améliorer leur image.

Votre programme propose également des mesures qui ont déjà été prises, comme l’extension du tramway à Hay Riad qui est déjà prévue pour 2018 ou encore les amendes pour déchets sur la voie publique, une sanction déjà punie en théorie selon le Code pénal. Ne serait-ce pas de la publicité mensongère ?

Dans notre programme, vous retrouverez plusieurs choses déjà approuvées. Pour le Tramway, on parle de plaidoyer, parce que si les élus ne sont pas engagés, cela n’aboutira pas. Plusieurs projets au Maroc n’ont pas été réalisés. Prenons les demandes de documents administratifs par internet, projet prêt depuis 2009, nous avons formé des personnes au Technopark, seulement il n’y a pas d’élus pour porter ça, certains par incapacité, d’autres par corruption. Nous nous engageons à appliquer les choses.

Votre programme n’est pas chiffré, pourtant, vous soutenez que vos mesures ne sont pas couteuses. Faut-il vous croire sur parole?

La plupart de nos propositions ne coûtent presque rien. L’aménagement d’un parking à Agdal est une des seules mesures qui coûte cher, mais on ne l’a pas chiffrée car il aurait fallu faire une étude pour cela. Certes, les passages piétons autour des écoles coûtent de l’argent mais lorsqu’on voit que certaines routes sont refaites plusieurs fois pour le passage du chef de l’État alors que d’autres rues sont complètement détériorées, on se rend compte que c’est une simple question de priorité. Avec le même budget, on peut remettre le citoyen au centre. Quand on parle de remise à niveau de l’espace Mehdi Ben Barka, il y a déjà un budget. Ce centre est magnifique mais fermé. Il faudrait simplement trouver des associations culturelles comme Daba Théâtre, leur donner un bureau en échange de l’animation du centre. Aujourd’hui, il y a un manque de créativité de la part des élus.

Vous présentez un bilan à 100% négatif de Mohammed Réda Benkhaldoun sur votre site. Aucune action menée par le président sortant de la commune ne trouve-t-elle grâce à vos yeux?

J’habite à Agdal Riad et la vie est devenue insupportable. Tous les citoyens le disent, que ce soit du point de vue des déchets ou encore de la sécurité, il y a eu une réelle détérioration ces dernières années. De plus, c’est à monsieur Benkhaldoun de défendre son bilan, de nous dire ce qu’il a fait, je n’ai rien vu de sa part. Il arrache les arbres de l’avenue Annakhil pour planter des palmiers à 10.000 dirhams et vient nous dire que ce n’est pas de sa faute alors que c’est sa responsabilité.

Pensez-vous que l’arrondissement d’Agdal Riad va sauter le pas et passer d’un élu PJD, parti d’islamistes modérés, à un mouvement qui prône la laïcité au Maroc ?

La laïcité n’est pas contre la religion, la laïcité protège la religion. Une grande partie de nos candidats sont très pieux et font la prière tous les jours, nous pensons que séculariser la société c’est protéger la religion. Arrêtons d’infantiliser les citoyens. Pour qu’Agdal Riad saute le pas, il suffit d’aller voter.

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