MAROC
28/08/2015 12h:45 CET | Actualisé 28/08/2015 13h:03 CET

Scénario catastrophe: Et si la Samir venait à disparaître?

Scénario catastrophe: Et si la Samir venait à disparaître?
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Scénario catastrophe: Et si la Samir venait à disparaître?

RAFFINERIE - Ce qui apparaissait comme la réunion de la dernière chance entre le gouvernement marocain et la Société anonyme marocaine de l'industrie du raffinage (SAMIR) s'est donc soldée par un échec.

Certes, il reste encore un mince espoir de sauver le raffineur de la faillite si son principal actionnaire, le groupe Corral Petroleum Holding du milliardaire saoudien Mohammed Al Amoudi, accepte d'injecter suffisamment d'argent frais dans la raffinerie. En somme, assainir les comptes pour espérer survivre. Mais en attendant, le scénario du pire reste tout de même envisageable.

Une société cotée en bourse

La capitalisation boursière de la Samir s'élève à un peu plus de 1,5 milliards de dirhams, répartis en près de 12 millions de titres.

Pour ceux qui détiennent des actions de la société cotée à la Bourse de Casablanca depuis 1996, les conséquences seraient dramatiques. "Au Maroc, la procédure de liquidation est très compliquée et entourée de beaucoup d’incertitudes. Si l’on détient des actions dans une société qui fait faillite, il est difficile de récupérer ses actions, et c’est l’un des points noirs qui pénalisent l’investissement au Maroc, comme le souligne le rapport de Doing Business", nous explique l’économiste Hicham Moussaoui.

Une ardoise lourde

La Samir est une entreprise très lourdement endettée auprès du secteur bancaire national et international. Sa dette globale culmine à plusieurs dizaines de milliards de dirhams. Nos confrères de Médias 24 avancent même le chiffre 42 milliards de dirhams. C’est dire si l’ardoise est lourde. Mais la Samir est aussi redevable envers les fournisseurs et l’Etat.

Si la raffinerie venait à couler, l’état déclenchera une procédure de saisie pour rembourser les créanciers. Voilà pour la théorie. Mais dans la pratique, "il existe un problème de structure juridique au Maroc, qui fait que les lois ne sont pas assez flexibles pour protéger les investisseurs. Les créanciers auront ainsi du mal à récupérer leur mise initiale", estime un économiste marocain qui suit de près le dossier la Samir.

Pour les banques, la faillite de la Samir augmenterait leurs créances en souffrance. Elles pourraient donc être pénalisées, tout comme l’Etat en tant que créancier.

Et ce n'est pas tout: au final, l'ensemble de l'écosystème de la Samir pâtirait de la déroute du raffineur. "Que ce soient les distributeurs ou les intermédiaires, tous ceux qui ont des contrats avec l’entreprise seraient pénalisés", ajoute notre source.

L’approvisionnement local menacé ?

Voilà un autre point éminemment sensible. Depuis la défaillance de la Samir, les autorités publiques n’ont eu de cesse de répéter que "toutes les mesures on été prises pour assurer l'approvisionnement normal du marché national en hydrocarbures", dixit le ministre de l’Energie et des mines Abdelkader Amara. Mais qu’en sera-t-il si la Samir venait à disparaitre?

Certains estiment que l’industrie de raffinage est trop stratégique pour être abandonnée. C’est le cas de Houcine El Yamani, pour qui “Le Maroc doit sauvegarder le site de raffinage pour sécuriser ses besoins énergétiques, car si l’on dépend uniquement des importations, la situation serait grave en cas d’inflation".

D’autres en revanche insistent sur le fait que les importateurs marocains sont capables de répondre aux besoins du marché.

Contacté par le Huffpost Maroc, Adil Ziadi, président du Groupement des pétroliers du Maroc (GPM), souligne que l’approvisionnement local se fait de manière fluide et sans aucun problème dans l’ensemble du territoire. “Les opérateurs sont organisés avec le ministère de l’Energie et des mines pour assurer l’ensemble de l’approvisionnement. Aujourd’hui, nous disposons d’un stock de 30 jours et assurons 100% de l’approvisionnement", rassure-t-il.

Les salariés à la rue

Sur le plan social, quelques 960 emplois sont en jeu. Le sujet est donc très sensible, c’est pourquoi les autorités marocaines ont tenu à rassurer les salariés au lendemain de l’arrêt de l’activité de la Samir, le 5 août.

"Nous avons reçu des messages rassurants de la part du gouverneur de Mohammedia et d’un représentant du ministère de l’Intérieur. Mais aujourd’hui, on commence à se poser des questions quant à notre avenir. L’État ne peut se substituer à la Samir", souligne Houcine El Yamani, le secrétaire général du syndicat des industries du pétrole et du gaz, relevant de la CDT, joint par le HuffPost Maroc.

Les autorités publiques se sont engagées à protéger les intérêts des salariés. L’Etat pourrait même payer leur salaire aux employés de la Samir pour les prochains mois en cas de défaillance de la raffinerie. Mais cela serait intenable à moyen terme. Une faillite de la Samir aurait des conséquences catastrophiques.

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