MAROC
28/08/2015 09h:57 CET | Actualisé 28/08/2015 13h:26 CET

Elections locales : Souad Zaïdi, au nom du père

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PARCOURS - Seule liste indépendante à Rabat Souissi, paritaire – 14 hommes, 14 femmes –, voilà une proposition politique qui intrigue depuis plusieurs jours.

Mais c'est aussi et surtout sa tête de liste, Souad Zaidi, 38 ans, qui suscite le plus d’intérêt. Créé il y a moins d’une semaine, son compte Facebook compte déjà plus de 5000 demandes d’amis. Les messages de soutien lui arrivent de tous bords. Et de l’aveu même de l’intéressée, " mon téléphone n’arrête plus de sonner ".

Fille de Ahmed Zaidi, grande figure de la gauche marocaine disparu dans des circonstances tragiques l’an dernier lorsque son véhicule a été emporté par un fleuve, Souad Zaidi souhaite donc se forger un prénom.

La politique ? Elle est "tombée dedans quand elle était petite", mais, si elle a fait souvent campagne aux côtés de son père, c’est longtemps avec distance qu’elle a observé les instances partisanes et le jeu électoral, dont elle affirme avoir "très tôt perçu les insuffisances".

"J’ai toujours eu le goût de combattre l’injustice, comme mon père. Je ne sais pas être passive. Mais j’ai fait d’abord le choix d’un engagement associatif et professionnel fort."

Côté professionnel, Souad Zaidi gravit un à un les échelons de la banque jusqu’à prendre la direction d’une succursale et animer aujourd’hui la vie commerciale d’un groupe d’une vingtaine d’agences bancaires. Côté personnel, elle se marie à 20 ans et est mère de trois enfants.

En 2014, sa vie est bouleversée. Coup sur coup, en moins de six mois, elle perd son mari – des suites d’une longue maladie – et son père, dans l’accident tragique que l’on connaît.

Sur cette période sombre, Souad Zaidi reste discrète. L’on sent toutefois en elle une combativité et une forme de pudeur masquée par un sourire qui ne la quitte jamais. Pour l’observateur, celle qui refuse de se poser en "héritière" dégage toutefois une indescriptible ressemblance avec le style caractéristique de son père, empreint de fermeté et de bienveillance.

"M’engager en politique, et en première ligne aux élections locales, c’est bien sûr une manière d’honorer la mémoire de mon père, et de poursuivre le chantier qu’il avait engagé dans les derniers mois de sa vie, pour la refondation de la gauche marocaine et pour son ouverture sur la société ; mais c’est aussi et surtout agir avec conviction pour une vie meilleure pour les Marocains, et contribuer à améliorer le vivre-ensemble."

La liste, intitulée Kayn M3amen, qu’elle a constituée incarne, selon elle, cette exigence d’ouverture : elle est composée, en grande partie à des positions éligibles "de jeunes cadres trentenaires, qui veulent mettre leur dynamisme et leurs compétences au service de l’intérêt général et de la communauté."

Ses fortes convictions de gauche sont évidentes. Elle parle dans son programme de "lutte contre les inégalités, solidarité et sécurité, dans un quartier, le Souissi, qui est l’un des plus riches du royaume et où subsistent paradoxalement des bidonvilles", à Akreuch, Ain Khelouiya – une "chose inconcevable en 2015", selon elle.

Si Souad Zaidi affirme vouloir améliorer la gouvernance de la ville, avec une plus grande implication des citoyens et de la société civile dans la gestion locale, il n‘en reste pas moins qu’elle aura fort à faire face à des candidats plus établis et ancrés dans cette circonscription. Elle devra également dépasser le syndrome "fille de" et accroître sa notoriété. Consciente de ses écueils, la jeune candidate affirme compter sur son tempérament pour obtenir un bon score.

"Au lycée, je courais tous les matins à 6h dans la forêt du Hilton, le poumon vert de Rabat. On me disait que j’avais la résistance d’un coureur de fond. Une comparaison prédestinée puisque le coureur est le symbole de notre liste indépendante. Je suis maintenant moins sportive. Mais comme toutes les femmes, je cours tout le temps. Et aujourd’hui, je cours pour une vie meilleure à Rabat."

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