MAROC
28/08/2015 08h:49 CET

Affaire du chantage royal: Que sait-on des protagonistes?

Qui sont les protagonistes du chantage royal?
Qui sont les protagonistes du chantage royal?

JUSTICE - La polémique enfle depuis l’annonce, jeudi 27 août par RTL, de l’interpellation de deux journalistes français, Eric Laurent et Catherine Graciet. Ces derniers auraient tenté de faire chanter Mohammed VI en lui extorquant 3 millions d’euros en échange de la non publication d’un ouvrage à charge contre le Maroc, selon l’avocat du roi Eric Dupond-Moretti, interrogé jeudi soir par la radio française. En 2012, les deux journalistes avaient déjà publié un livre accusateur sur le souverain, Le roi prédateur. Retour sur les différents protagonistes d’une affaire qui risque de faire du bruit.

Eric Laurent

C’est le premier nom sorti lorsque RTL a révélé, jeudi soir, l’affaire du chantage royal. Eric Laurent, 68 ans, journaliste et essayiste français spécialiste de politique internationale passé par France Culture et Le Figaro, a écrit plusieurs livres sur le Maroc. Dernier en date, Le roi prédateur. Main basse sur le Maroc, co-écrit avec Catherine Graciet, une enquête à charge contre la gestion de la fortune royale.

C’est aussi lui qui, en 1993, publiait La Mémoire d’un roi, un livre sous forme d’interview avec Hassan II. Lors des nombreux entretiens avec le souverain, le journaliste avait même rencontré le futur Mohammed VI à plusieurs reprises, avec qui il avait échangé quelques mots au sujet du roi.

Après la parution de Mémoire d’un roi, Eric Laurent aurait projeté de publier un deuxième tome avec les "off" des entretiens. "Je ne veux pas que cela soit fait de mon vivant, pour ne pas parasiter l’action de mon successeur, pendant au moins dix ans”, lui avait rétorqué Hassan II. Une décennie après la mort du roi, pas de tome 2 en librairie, mais Le roi prédateur sur la fortune de Mohammed VI voyait le jour.

Catherine Graciet

Ancienne journaliste au Journal Hebdomadaire, connu pour son ton critique envers la monarchie, Catherine Graciet a co-écrit Le roi prédateur avec Eric Laurent. La journaliste française n’en était pas à son premier coup d’essai sur l’écriture de livres à charge contre les dirigeants du Maghreb. En 2009, elle publiait, avec le journaliste Nicolas Beau, La Régente de Carthage. Main basse sur la Tunisie, révélations épineuses sur le clan Trabelsi en Tunisie et notamment sur la femme de l’ancien président Ben Ali.

Plus récemment, la journaliste a été appelée à la barre en France comme témoin dans l’affaire opposant Mounir Majidi à Ahmed Réda Benchemsi, journaliste et ancien directeur de TelQuel, soutenant ce dernier accusé de diffamation contre le secrétaire particulier du roi.

Interrogé jeudi par Le Monde, le journaliste Nicolas Beau s’est montré surpris de cette affaire impliquant sa collègue: "Je vois Catherine régulièrement et je savais qu’elle avait ce projet de livre (avec Eric Laurent, ndlr). Quand on la connaît, ça paraît sidérant", a-t-il souligné.

Eric Dupond-Moretti

On le surnomme "l’Acquittator". Ténor du barreau, avocat très médiatisé en France qui a joué son propre rôle au cinéma dans le film "Les salauds", Eric Dupond-Moretti compte des dizaines d’acquittements à son actif, et a assuré la défense de nombreuses personnalités françaises comme Jacques Viguier, Yvan Colonna, Nikola Karabatic ou encore Bernard Tapie.

C’est lui qui a révélé l’affaire et a été choisi, en France, pour défendre le roi contre les deux journalistes. "C'est la première fois à ma connaissance qu'un personnage qui se veut journaliste exerce directement un chantage sur un chef d'État en exercice. C'est du jamais vu, c'est d'une audace folle", a-t-il déclaré au micro de RTL au sujet d’Eric Laurent. "Le royaume du Maroc ne peut que réagir face à ce type de procédé".

L’"avocat du palais"

Selon Le360.ma, qui cite des sources "proches du dossier", Eric Laurent a pris contact avec le secrétariat particulier du roi, le 23 juillet, pour évoquer la parution du prochain livre à charge. "Le palais a mandaté alors un avocat pour rencontrer le journaliste. Rencontre qui a effectivement eu lieu le 11 août dernier et durant laquelle Eric Laurent est allé droit au but", en demandant 3 millions d’euros en échange de la non publication du livre.

Après avoir interpellé le parquet de Paris sur la tentative de chantage et extorsion de fond, l'avocat marocain "appâte" les deux journalistes et leur explique que le Maroc est prêt à payer, "à condition de discuter le prix et de signer un engagement non seulement pour abandonner la publication du livre, mais de ne plus écrire un mot au sujet du royaume". Les deux journalistes acceptent l’invitation et "ont passé leur temps à marchander, comme le ferait un marchand de tapis, avec l’avocat marocain", poursuit Le360.

Ce dernier fait signer le document d’engagement aux deux journalistes et leur donne 40.000 euros chacun avant que la police ne les cueille à la sortie du restaurant où ils avaient "conclu" l’affaire.

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