ALGÉRIE
27/08/2015 15h:33 CET | Actualisé 28/08/2015 13h:56 CET

L'artiste palestinien Shadi Alzaqzouq dénonce un piège politique de Banksy à Dismaland

Shadi Alzaqzouq

L’artiste palestinien Shadi Alzaqzouq est perplexe. Il ne comprend pas pourquoi le street artiste Banksy a décidé de l’inviter à son "Parc de la perplexité" ("Bemusement Park") sans l’informer au préalable de la présence d’artistes israéliens, qui plus est favorables à la politique du gouvernement israélien.

"Pourquoi Banksy a invité trois artistes israéliens et trois artistes palestiniens ?" C’est la seule réponse que cherche aujourd’hui Shadi Alzaqzouq, une semaine après sa mésaventure à Dismaland.

Cet artiste palestinien, invité à exposer deux de ses tableaux, dans le "Bemusement Park" (parc de la perplexité) du street-artiste Banksy inauguré jeudi 20 août à Weston-super-Mare, au sud-ouest de l’Angleterre, a eu la mauvaise surprise de découvrir le jour du vernissage que ses œuvres côtoyaient celles d'artistes "israéliens non engagés."

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"Pourquoi une stricte égalité sans tenir compte des engagements de chacun", s’interroge, encore ému, Shadi Alzaqzouq.

En quelques mots avec ces collègues israéliens, l’artiste palestinien comprend qu’ils adhérent à la politique d’Israël. L’un d’eux a même combattu dans les rangs de l’armée israélienne, découvre Shadi Alzaqzouq dans le catalogue de l’exposition.

"Si je n’ai pas de réponse, je ne sais pas comment je pourrais continuer à respecter le travail de Banksy qui était un espoir de liberté et de justice !", poursuit l’artiste de 34 ans installé à Paris depuis 2007 après une enfance passée entre la Libye et Gaza.

Incompréhension

C’est que Shadi Alzaqzouq admire Banksy. C’est son héros "number one". Il est même entré dans ses toiles petit à petit, à travers sa façon de s’attaquer à un sujet triste et sensible de manière drôle.

shadi dismaland

L'artiste Shadi Alzaqzouq devant ses tableaux exposés au Parc de Dismaland.

Surtout Shadi Alzaqzouq n’oublie pas l’action de Banksy à Gaza, en février 2015. Six mois après les bombardements de l’armée israélienne, le street-artiste s’était rendu à Gaza où il avait réalisé plusieurs graffitis dénonçant la situation des Palestiniens.

"Qu’importe que ce soit lui ou pas qui soit allé à Gaza, pour moi il y a pensé et il l’a fait tout en sachant ce qu’il risquait", pointe l’artiste palestinien.

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La découverte d’artistes israéliens sans engagement politique et favorables à la politique du gouvernement israélien à l’exposition a donc été dévastatrice pour l'artiste palestinien qui se retrouve, malgré lui, dans une situation de "normalisation" qu'il n'accepte pas.

Le choc a été de l'ampleur "d'une bombe sur un immeuble de Gaza". "Je faisais confiance à Banksy à 100%, même si on m’avait dit que l’exposition avait lieu en Israël, j’y aurai été", confie Shadi Alzaqzouq.

Happening

L’abattement passé, Shadi Alzaqzouq décide d’agir. Après trois jours à penser à son engagement, sans trouver le sommeil, il entreprend un "happening", autrement dit une action spontanée non réfléchie.

"J’ai pris un drap de l’hôtel et je suis allé à la salle de l’exposition. Là, j’ai recouvert mon tableau avec le drap sur lequel j’avais écrit avec un charbon de barbecue RIP Gaza (NDRL Rest in peace Gaza ) et Boycott Israël", raconte Shadi Alzaqzouq.

"Quant au deuxième tableau, je l’ai recouvert avec un tee-shirt représentant un enfant jetant une pierre sur un char et qui demande "Are you shocked", puis je me suis allongé par terre".

I am not any more Part from Dismaland participating...Shazz

Posted by Shadi Alzaqzouq on Sunday, August 23, 2015


Epilogue

Le "happening" a fait son effet. En quelques minutes, la directrice de l’exposition est arrivée, en affirmant à Shadi Alzaqzouq que "son travail allait être retiré" ("we gonna removed your work" en anglais). Finalement, il n’en sera rien mais l’artiste palestinien ne l’apprendra qu’à son retour à Paris, le lendemain.

Après discussion, les deux parties ont réussi à s’entendre : les toiles de Shadi Alzaqzouq ont retrouvé la lumière mais une note explicative signifiant le désaccord de l’artiste à cette exposition les accompagne dorénavant.

"L’artiste a décidé de recouvrir son travail pour protester contre l’exposition de ses tableaux aux côtés d’artistes d’Israël".


"Silence is our crime" (Le silence est un crime), était-il inscrit quelque part dans l’exposition. En refusant de se taire, Shadi Alzaqzouq a répondu à Banksy, à sa manière.

Galerie photoTableaux de Shadi Alzaqzouq Voyez les images

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