MAROC
26/08/2015 10h:06 CET | Actualisé 02/01/2017 08h:15 CET

La Samir en crise: Les salariés à l'heure des inquiétudes

Les salariés de la Samir à l'heure des inquiétudes
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Les salariés de la Samir à l'heure des inquiétudes

CRISE - Il reste encore un mince espoir de trouver un terrain d’entente entre le gouvernement marocain et la Société anonyme marocaine de l'industrie du raffinage (SAMIR), qui a stoppé toute activité de raffinage depuis maintenant 3 semaines.

Mais, pour l’heure, c’est plutôt l’inquiétude qui domine chez les 960 salariés du site, qui redoutent que l’unique raffinerie du pays ne croule sous les dettes.

Et pour cause, les négociations conduites mercredi 19 août par le gouvernement avec Mohammed al Amoudi, patron de Corral Petroleum Holdings qui détient les deux tiers de la Samir, n’ont pas abouti. Elles seraient même au point mort, alors que l’administration fiscale et douanière du Maroc a récemment fait saisir les actifs de la Samir afin de recouvrer une créance fiscale estimée à 13 milliards de dirhams.

"Nous n’avons aucune visibilité quant à un retour à la normale de l’activité de la Samir. Cela dépend de l’issue des négociations entre l’actionnaire principal et le gouvernement", souligne Houcine El Yamani, le secrétaire général du syndicat des industries du pétrole et du gaz, relevant de la CDT, joint par le HuffPost Maroc.

Le pétrole brut sous embargo

Au lendemain de l’arrêt de l’activité de la raffinerie, très lourdement endettée et touchée par le recul des cours de pétrole, les autorités marocaines ont décrété l’embargo sur les importations de pétrole brut de la raffinerie.

"La semaine dernière, un bateau chargé de pétrole a été interdit d’entrer au port de Mohammedia par les autorités. L’État réclame à la Samir de s'acquitter de la taxe de consommation intérieure (TIC), qui n’a pas été payée par la raffinerie depuis 3 ou 4 ans", fait savoir Houcine El Yamani, en poste à la Samir depuis 25 ans.

Dans ce contexte où l’avenir du raffineur est plus que jamais incertain, les salariés se mobilisent pour les emplois. "Nous exigeons que les acquis sociaux des salariés de la Samir soient préservés", martèle Belarbi Allal, membre du bureau exécutif de la CDT, la centrale syndicale la plus représentative au sein de la Samir.

Un intérêt stratégique

Le 13 août, la CDT a donné une conférence de presse pour faire entendre sa voix. "Au lendemain de l’arrêt de l’activité, nous avions reçu des messages rassurants de la part du gouverneur de Mohammedia et d’un représentant du ministère de l’Intérieur. Mais aujourd’hui, on commence à se poser des questions quant à notre avenir (…) nous voulons que l’activité revienne à la normale, c’est la seule façon de préserver nos emplois. L’État ne peut se substituer à la Samir", estime Houcine El Yamani.

Mais les salariés de l’entreprise fondée en 1959 et introduite en bourse en 1996 savent aussi que le dossier revêt un intérêt stratégique aux yeux des autorités. "Ce qui nous importe avant tout, c’est l’intérêt du pays. Nous sommes conscients de l'intérêt stratégique que représente l'industrie pétrolière pour le royaume”, concède le secrétaire général du syndicat des industries du pétrole et du gaz.

Si certains opérateurs estiment que le Maroc peut se passer de son unique raffinerie, estimant que les importateurs peuvent assurer normalement l’approvisionnement local, les syndicalistes de la Samir ne sont pas du même avis. "Le Maroc doit sauvegarder le site de raffinage pour sécuriser ses besoins énergétiques, car si l’on dépend uniquement des importations, la situation serait grave en cas d’inflation", conclut Houcine El Yamani.

Pour mémoire, la Samir a suspendu ses activités de raffinage mercredi 5 août. Le marché n’a pas tardé à réagir puisque le titre Samir a abandonné 10% de sa valeur le jour même à la Bourse de Casablanca avant d’être suspendu le lendemain par le gendarme de la bourse. Fin 2014, la Samir annoncé une perte substantielle sur l’exercice 2014 chiffrée à 3,42 milliards de dirhams.

La direction générale du raffineur tiendra son Conseil d’administration le 8 septembre, afin de convoquer son Assemblée générale extraordinaire le 12 octobre pour tenter de dépasser la période difficile que traverse la société implantée à Mohammedia. En attendant, difficile de savoir si les salariés du site seront payés à la fin du mois.

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