MAROC
24/08/2015 05h:54 CET | Actualisé 24/08/2015 07h:14 CET

Les Bourses asiatiques décrochent, Shanghai s'enfonce de 8%

Les Bourses asiatiques décrochent de concert, Shanghai s'enfonce de 8%
AFP
Les Bourses asiatiques décrochent de concert, Shanghai s'enfonce de 8%

ÉCONOMIE - La situation chinoise fait des dégâts. Les Bourses asiatiques décrochaient de concert ce lundi 24 août, poursuivant la dégringolade des marchés mondiaux, minées par des inquiétudes persistantes sur la santé de l'économie chinoise et la conjoncture mondiale. En tête, Shanghai s'enfonçait de plus de 8% à la mi-journée.

Alors que les Bourses mondiales avaient dévissé la semaine dernière dans un climat d'angoisse générale, les places asiatiques ont de nouveau piqué du nez lundi dès l'ouverture. L'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo chutait de 3,21% lundi à la mi-journée (heure locale).

En France, le Cac 40 a ouvert en perte de 3,5% avant de se ressaisir légèrement. Vendredi 21 août, il avait déjà perdu 3,19%. A Londres, la Bourse a chuté 2,62% à l'ouverture, à Francfort, le Dax allemand était en recul de 2,8%.

Dans la foulée, l'indice composite de Shanghai a terminé la séance de ce lundi sur un plongeon de presque 8,5%, accentuant sa dégringolade de la semaine précédente. Il a désormais effacé tous les gains enregistrés depuis le début de l'année, tombant sous son niveau du 31 décembre 2014.

Au même moment, Shenzhen (la deuxième place chinoise) perdait 7,61% Dans leur sillage, Hong Kong plongeait de 4,64% en fin de matinée. La contagion atteignait partout: la Bourse de Taïwan a dévissé de 7,46%, la pire chute en séance qu'elle ait jamais enregistrée.

Vers la mi-séance, Sydney trébuchait de 2,89% et Séoul de 1,88%. Les matières premières n'étaient pas épargnées: les cours du brut se repliaient, évoluant sous 40 dollars le baril à des niveaux plus vus depuis six ans.

"La pire journée depuis cinq ans"

Les investisseurs s'inquiètent de la conjoncture mondiale dans son ensemble, à l'orée d'une semaine riche en publications de statistiques aux Etats-Unis et en Europe. Mais la Chine dominait toujours les préoccupations, alors que s'enchaînent les indicateurs décevants attestant de l'essoufflement de la deuxième économie mondiale.

"Aujourd'hui, nous avons tous les ingrédients pour assister sur les marchés mondiaux à la pire journée depuis cinq ans", commentait Evan Lucas, du courtier IG Markets.

"Les réactions des marchés asiatiques reflètent le sentiment des investisseurs et leur conviction qu'un atterrissage brutal (de l'économie chinoise) est inévitable", a-t-il ajouté. En l'absence de décisions convaincantes des autorités chinoises durant le week-end, "l'Asie (était) largement laissée à elle-même" lundi matin, relevait M. Lucas.

Un indicateur manufacturier de référence publié vendredi en Chine est tombé à son plus bas niveau depuis plus de six ans, signalant une violente contraction de l'activité manufacturière dans le pays en août.

Dans la foulée, les places chinoises avaient chuté de plus belle. Shanghai a perdu 11,5% sur l'ensemble de la semaine dernière.

La dévaluation surprise du yuan le 11 août -perçue comme un effort désespéré de Pékin pour relancer ses exportations et l'activité économique- n'ont fait qu'aviver l'inquiétude générale, provoquant une onde de choc sur les marchés. Depuis, les Bourses mondiales ont vu s'envoler au moins l'équivalent de 5.000 milliards de dollars en valeur.

A Wall Street, le Dow Jones est tombé vendredi à son plus bas niveau de l'année, chutant de plus de 3% (plus de 500 points). Soucieux de rassurer, Pékin a certes annoncé dimanche que le gigantesque fonds de pension chinois allait être autorisé à investir une partie de ses colossaux actifs dans les Bourses locales. Mais l'annonce n'a visiblement rien fait pour rassurer les investisseurs chinois, pour la plupart des particuliers et petits porteurs.

"Les interventions du fonds de pension ne vont pas se réaliser avant longtemps, et les valorisations sont encore trop élevées, même le fonds n'aurait rien à acheter en ce moment", soulignait Qian Qimin, analyste du courtier Shenwan Hongyuan. De fait, les craintes de "bulle" persistent: avant de fortement reculer mi-juin, la Bourse de Shanghai s'était envolée de 150% en l'espace d'un an, dopée par l'endettement et de façon totalement déconnectée de l'économie réelle.

L'interventionnisme de Pékin n'enraye pas la baisse

"L'économie chinoise va plutôt très mal, certains secteurs sont survalorisés, et les pressions à la vente partout sur les marchés mondiaux contribuent à plomber le moral des places chinoises", résumait Wu Kan, gérant du fonds JK Life Insurance, cité par l'agence Bloomberg.

Dans ses conditions, la Bourse de Shanghai pourrait s'enfoncer sous les 3.000 points, a-t-il estimé. Pour enrayer la spectaculaire débâcle des Bourses chinoises entre la mi-juin et la mi-juillet (elles avaient perdu plus de 30% en trois semaines), Pékin était fortement intervenu, des organismes publics réalisant des achats massifs d'actions.

Mais, en dépit des assurances du gouvernement, les investisseurs chinois redoutent désormais un retrait prématuré de ces mesures de soutien.

Dans tous les cas, "les interventions des autorités chinoises ne seront pas capables d'interrompre la correction des marchés sur le long terme", prévenait Ken Chen, analyste de KGI Securities, cité par Bloomberg.