ALGÉRIE
22/08/2015 11h:42 CET | Actualisé 22/08/2015 12h:12 CET

Pétards, fumigènes, feux d'artifices, les fêtes de mariage font les nuits blanches des Algériens

Les nuits d'Alger troublées par les pétards, fumigènes, feux d'artifices et trompettes
Wikimedia Commons
Les nuits d'Alger troublées par les pétards, fumigènes, feux d'artifices et trompettes

"C'est un été pourri !". Le vieux monsieur qui en a vu de toutes les couleurs est "en pétard". Il ne parle pas de la chaleur et de la poisseuse humidité qui provoque l'irritabilité de nombreux algérois. Il n'en veut pas à la "nature" !

Il en veut aux Algériens et "à ses voisins" qui ont décidé, sous les yeux impassibles des autorités - police, maires, walis et ministre - de le priver du sommeil réparateur en fêtant les mariages par des démonstrations "explosives".

"Cela fait dix jours que chaque nuit, ce sont des explosions à répétition, des fumigènes, des feux d'artifice jusqu'à trois ou quatre heure du matin, on ne peut plus dormir" lance-t-il à son voisin de journaliste.

"Toi et tes collègues, vous ne pouvez pas écrire quelque chose pour que "qui de droit", je ne sais plus qui, intervienne pour mettre fin à ces tapages nocturnes incessants ?"

Voleurs de sommeil

La transposition des débordements "explosifs" des stades et des journées du Mouloud vers les fêtes du mariage était une tendance ces dernières années. Elle a "explosé" cette année, au sens propre et figuré.

"El Bok", "Daech", "Merguaza" ou "El Zenda" sont toujours là, le "marché" des produits pyrotechniques de Jamaa Lihoud à Alger ne désemplit pas et les revendeurs font de très bonnes affaires depuis le début de l'été, saison des mariages par excellence.

marché de pétards à alger

Les "cartons" sont bourrés de ces feux d'artifices colorés que les amis du marié lâchent dans le ciel. La mode est "au quarante coups successifs" explique un jeune revendeur.

Peu importe, le coût - entre 600 et 800 dinars l'unité - pourvu qu'on marque bruyamment l'adieu au célibat du copain. La pratique est censée remplacer le "baroud" traditionnel...

Tout y passe, fusées éclairantes tirées par des pistolets de détresse, pétards gros comme des bombes, feux d'artifice, fumigènes, trompettes... la panoplie des "voleurs de sommeil" est large et bruyante.

Pourquoi ne pas se plaindre à la mairie ou à la police contre ces manifestations qui deviennent hyper-explosives à partir de minuit, au moment "crucial" du henné des mariés.

"Comme des B52 sur Hanoï"

"A partir de minuit, ce sont les B52 américains qui lâchent leur bombes sur Hanoï" exagère le vieil habitant d’Hussein-Dey qui se demande de manière plus sérieuse pourquoi l'Etat ne se manifeste pas.

Mais les citoyens ne se manifestent pas également et font le dos rond alors qu'ils sont fortement éprouvés par ces fêtes explosives qui se renouvellent chaque soir.

"Certains ne veulent pas passer pour des rabats joies, d'autres ne veulent pas de "problèmes" ou bien pensent que le tour de faire "péter le ciel" viendra.".

Se plaindre au maire ne sert à rien d'ailleurs. Le maire d'Hussein Dey, Mohamed Sedrati, a expliqué au journal Echorouk que les présidents d'APC ont la prérogative d'autoriser des fêtes où il y a des orchestres de musique quand il s'agit d'utiliser un espace public.

Par contre, a-t-il précisé, l'utilisation des signaux de détresse, des feux d'artifices et des trompettes dépasse leurs prérogatives. La question sera soulevée, a-t-il indiqué, devant le ministre de l'intérieur Mohamed Bedoui lors de sa première rencontre avec les walis après les vacances.

Cette question des "prérogatives" ne convainc pas les juristes qui relèvent que la notion de "nuisance à autrui" existe dans le code pénal sans compter que ces "explosifs" sont considérés comme des armes blanches susceptible d'une peine de 6 à 12 mois de prison.

Un marché de 15 milliards de dinars en 2014

Les "fêtes de mariage se transforment en champ de bataille" a écrit le journal El Khabar. "Les algériens ont changé radicalement dans leur manière de fêter les mariages.

Ils ont importé la "joie hystérique" qui saisit les fans des clubs de football au moment où leur équipe marque un but.... Les fêtes de mariage ne diffèrent plus de ce qui se passe dans les gradins".

En pire, peut-être. Les matchs ont lieu une fois par semaine. Les mariages ont lieu chaque jour durant l'été. Quelques-uns font la fête, d'autres font de juteuses affaires sur des produits en théorie interdit d'importations depuis 1963.

La fabrication, l'importation et la vente de pétards et autres produits pyrotechniques sont prohibées sur le territoire national et le jet de pétards sur la voie publique est interdit, selon le décret 63-291.

En 2014, Hadj Tahar Boulenouar, porte-parole de l’Union des commerçants (UGCAA) a estimé le marché des produits pyrotechniques à 15 milliards de dinars et qu'il était aux mains d'une dizaine d’importateurs qui introduisent "frauduleusement" leurs marchandises.

"Leur marge bénéficiaire est très importante. Elle atteint les 6 milliards de dinars. Il y a aussi entre deux ou trois distributeurs par wilaya qui font travailler plus de 20 000 vendeurs" avait-il souligné. Avec la nouvelle "mode", leur marché ne fait que s'élargir…

Les très nombreux citoyens qui passent des nuits blanches sans même se poser la question : "où est passée la police ou l'Etat" paraissent condamnés à supporter ces manifestations de joie explosives.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.