MAGHREB
21/08/2015 14h:37 CET | Actualisé 23/08/2015 12h:56 CET

Tunisie: Quand les policiers profitent de leur pouvoir vis à vis des citoyens

Tunisian police officers guard a convoy of top security officials from Britain, France, Germany and Belgium in Sousse, Tunisia, Monday, June 29, 2015. British Home Secretary Theresa May, French Interior Minister Bernard Cazeneuve, German Interior Minister Thomas de Maiziere and Belgian Interior Minister Jan Jambon joined their Tunisian counterpart on the beach in front of the Imperial Marhaba hotel in the Mediterranean resort of Sousse for a tribute Monday. (AP Photo/Darko Vojinovic)
ASSOCIATED PRESS
Tunisian police officers guard a convoy of top security officials from Britain, France, Germany and Belgium in Sousse, Tunisia, Monday, June 29, 2015. British Home Secretary Theresa May, French Interior Minister Bernard Cazeneuve, German Interior Minister Thomas de Maiziere and Belgian Interior Minister Jan Jambon joined their Tunisian counterpart on the beach in front of the Imperial Marhaba hotel in the Mediterranean resort of Sousse for a tribute Monday. (AP Photo/Darko Vojinovic)

Se faire arrêter pour un contrôle de police dans des heures tardives, rien de plus normal. Devoir donner son numéro de téléphone au policier tombé sous votre charme ou lui donner de l’argent en contrepartie de son "laissez-passer" est loin de l’être. Le harcèlement, la corruption sont pointés du doigt par les Tunisiens dont certains ont vécu l’amère expérience d’une fin de soirée mouvementée qui se termine parfois au poste de police pour "outrage à un agent public en exercice".

Harcèlement sexuel et corruption

"On a été arrêtés au point de contrôle à la sortie de La Goulette, le policier a demandé à voir mes papiers, ma carte d’identité ainsi que celle de mon amie. Rien d’illégal jusqu’à maintenant puis tout a dégénéré. Du fait de conduire sous l’effet de l’alcool, à nos tenues jugées légères en passant par une récitation de ce que les filles de bonne famille doivent ou ne doivent pas faire. Une leçon de morale a commencé", se souvient Maryem.

Il est à noter que conduire en état d’ivresse est sanctionné par la loi, plus précisément par l’article 87 nouveau du code de la route qui dispose qu'"est puni d’un emprisonnement de six mois au maximum et d’une amende allant de deux cents (200) à cinq cents (500) dinars ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque aura commis le délit suivant: Conduite sous l’empire d’un état alcoolique". Afin de vérifier l’état d’ébriété, le conducteur est soumis soit à un alcootest, soit à des analyses de sang.

Rien de tout cela n’intéresse le policier en question: "Face à ses accusations, je lui ai demandé de faire appliquer la loi en l’occurrence d’être soumise à un alcootest mais en vain. Mon amie lassée d’attendre pendant une heure a fini par payer 20 dinars à son collègue pour qu’ils nous laissent rentrer", déplore Maryem.

Ce ne sont pas que les motivations pécuniaires qui motivent certains policiers. D’autres usent de leur pouvoir pour arracher à une fille son numéro de téléphone! C’est le cas de Sana.

"Je n’étais même pas au volant, j’ai pris un taxi pour rentrer. Après un contrôle routinier des papiers du chauffeur de taxi, il s’est adressé à moi pour me demander au départ ma carte d’identité puis pour me demander de descendre de la voiture pour me parler. Là il a commencé à me harceler, demandant mon âge, ma ville d’origine, mon métier…avec qui j’étais…puis mon numéro de téléphone", témoigne Sana.

Issam Dardouri, agent des forces de l'ordre et président de l’Association Tunisienne de la Sécurité et du Citoyen admet l’existence de ces abus de la part des policiers. Mais il appelle à ne pas généraliser. "Ces cas condamnables et marginaux ne reflètent pas tout le corps des policiers", insiste-t-il.

"Les victimes doivent impérativement porter plainte pour que ces pratiques cessent. Or la plupart du temps, elles ne le font pas, elles préfèrent donner de l’argent, pourvu qu’ils les laissent tranquilles", a-t-il ajouté.

La peur que cela ne tourne mal, qu'un mot de travers dit sous le coup de la colère soit considéré comme "un outrage à un agent public dans l’exercice de ces fonctions" hante certains.

Cette disposition est comme une épée de Damoclès sur les têtes de beaucoup de victimes dans le règlement d’un contentieux avec le policier, reconnaissent Maryem et Sana.

Plusieurs autres dispositions du code pénal sont utilisées par les policiers de manière excessive, comme celui ayant trait à la morale ou encore l'article 317 du code pénal qui sanctionne notamment l'ivresse sur la voie publique.

"Le fait de se trouver sur la voie publique ou dans tout autre lieu public dans un état d'ivresse évident est sanctionné. Ce type de disposition vague est utilisé à tort et à travers par les policiers. Pour y remédier il faut modifier certaines lois liberticides", a déclaré le président de l’Association Tunisienne de la Sécurité et du Citoyen.

Pour mettre fin à ce fléau, Anouar Kousri, avocat et membre du bureau exécutif de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme préconise une reforme des procédures en la matière : "Aujourd’hui le témoignage du policier, épaulé par ses collègues, suffit pour vous traîner devant la justice. La réforme devrait permettre à l’autre partie de se défendre, de fournir des preuves. Pour cela il faut passer devant le juge d’instruction et lui seul doit trancher dans le cadre d’un procès équitable, car aujourd'hui c'est toujours la version du policier qui prime".

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