MAGHREB
19/08/2015 14h:46 CET | Actualisé 19/02/2017 09h:42 CET

Le concubinage en Tunisie: Quand l'Etat fait la chasse aux couples non mariés

herpynope

Il a suffit d’un baiser entre deux jeunes mariés pour que la toile s’enflamme. Entre les pour et les contre, il y a ceux qui estiment que c’est une offense aux traditions arabo-musulmanes et ceux qui sont enchantés par une telle expression d’amour en public.

S'il a suffit d’un baiser entre mariés, ne parlons pas d’un baiser entre couples non mariés, encore moins des couples vivant en concubinage.

Et pourtant ces derniers existent, sommés de rester discrets sous peine de tomber sous le coup de la loi.

C’est le cas de Mona et Sabri, deux jeunes qui ont choisi d’habiter ensemble. "Originaire de Sousse mais travaillant à Tunis, je louais déjà un appartement, j’étais avec une colocataire. Dix mois après avoir connu Sabri, notre relation est devenue tellement fusionnelle qu'on a décidé de se mettre ensemble", admet Mona au Huffpost Tunisie.

Quant à Sabri, il habitait à l’époque avec ses parents à Tunis, avant de déménager avec sa petite amie. "C’était mieux ainsi", renchérit-il.

Un an plus tard, le jeune couple se marie. "Cette proximité nous a permis de mieux nous connaitre, de cerner le caractère de mon partenaire, de savoir si on était vraiment fait pour vivre ensemble", explique Mona.

Sabri et Mona n’ont pas eu de mésaventure avec la police, ni avec le propriétaire - "qui n’était évidemment pas au courant", ni avec le voisinage.

Leur échappatoire: "Être discret. On louait un appartement dans une résidence à l’Aouina. Au départ on ne sortait jamais de l’appartement ensemble pour éviter d’éveiller les soupçons du gardien de l’immeuble, puis lassés de cette mise en scène, on a décidé de se dire frère et sœur, notre ressemblance physique nous a aidés!", ironise Mona.

D’autres, qui étaient de simples colocataires, n’ont pas eu cette chance!

Tout dépend de la bonne ou la mauvaise foi des policiers et des juges

Youad et Bassem, deux étudiants en médecine à Monastir, venus tous deux de la région de Bizerte, ont décidé de partager un appartement après quelques mauvaises expériences de colocation.

"Chacun avait sa propre chambre, son espace intime, notre colocation nous convenait parfaitement, jusqu’au moment où tout a dégénéré", déclare Youad au Huffpost Tunisie.

Après une rupture tumultueuse avec son petit-ami, Youad se voit traîner au poste de police. En cause, son ami furieux a décidé d’alerter la police pour se venger.

"Bassem et moi avons eu droit à un interrogatoire musclé sur la nature de notre relation. Les policiers ont cru que j’étais une prostituée, que j’étais entretenue financièrement par mon colocataire étant donné que le contrat de location était à son nom. Ils ont fouillé dans notre appartement pour chercher des preuves d’une quelconque intimité", se souvient-elle.

Comme Youad et Bassem, d’autres ont vécu la même chose alors que la loi tunisienne ne criminalise nullement le "concubinage" ou n'interdit à deux personnes de sexe différent de vivre sous le même toit.

Des instructions sont également données aux hôtels pour interdire aux couples non mariés de séjourner dans une même chambre.

"Etre traîné ou pas devant la justice ou condamné dans ces cas-là est tributaire de la mauvaise foi du policier ou du juge qui cherchent à te caser dans les cas de figures punis par la loi", a affirmé l'avocat Oussema Helal, au HuffPost Tunisie.

Ces cas sont entre autres le mariage qui n’a pas été conclu conformément à la loi (article 36 de la loi n° 57-3 du 1er août 1957 réglementant l’état civil), l’adultère si l’un des deux est marié ou encore la prostitution, a précisé l'avocat.

Généralement, seules des preuves tangibles pour les cas de figures précités sont susceptibles de faire condamner le couple. Souvent, les accusés seront relâchés après la mésaventure policière ou judiciaire qu’ils auront dû subir!

Certains pays, à l'image de la Tunisie, considèrent le concubinage comme une offense à l’ordre public ou moral consacré par l’Etat, "avec plus de malchance pour ceux qui s’installent dans un quartier populaire où tout le monde se connait et où la femme est perçue comme une fille de mauvaise vie si elle habite ou fait venir chez elle un homme!", déplore Oussema Helal.

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