MAGHREB
19/08/2015 15h:18 CET

Tunisie: Pourquoi Myriam Belkadhi a-t-elle été désignée ambassadrice CEDAW?

Femmes tunisienne
Flickr/Phil_Heck
Femmes tunisienne

Le 13 août dernier, Myriam Belkadhi, Emna Louzyr Ayari, Wajiha Jendoubi et Oussama Bouagila ont été désignés ambassadeurs CEDAW en Tunisie par trois agences onusiennes.

La convention CEDAW occupe une place importante dans les traités internationaux relatifs aux droits humains universels et vise à éliminer toutes les formes de discrimination faite aux femmes.

Cependant, la désignation de Myriem Belkadhi comme ambassadrice CEDAW a suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux. En effet, elle affirme que la situation des femmes est satisfaisante et que la législation tunisienne consacrerait l’égalité entre les deux sexes.

“La condition de la femme en Tunisie est satisfaisante. Elle bénéficie de disposition qu’on peut qualifier d’excellentes”, a-t-elle déclaré à Business News.

Pourtant, la législation tunisienne et notamment le Code du Statut Personnel âgé de plus de 59 ans, contient toujours de nombreuses dispositions discriminatoires, notamment en ce qui concerne la question du partage de l’héritage ou encore le statut de chef de famille du père.

"Le statut de la femme tunisienne est encore en deçà des standards internationaux, inscrits en l'occurrence dans la convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes", avait déclaré en ce sens Monia Ben Jémia, membre de l'ATFD, au HuffPost Tunisie. "On se contente du CSP, ni plus ni moins... C’est le statu-quo qui prévaut", avait-elle déploré.

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Le président de la République avait lui-même rappelé lors de son discours prononcé à l’occasion du 59ème anniversaire de la proclamation du Code du Statut Personnel qu’il était "impératif aujourd'hui de faire évoluer le CSP même à plus d'un niveau”, entre autre, par l’amendement de la loi donnant au père seul le droit d’autoriser à ses enfants de voyager.

D’ailleurs un projet de loi relatif relatif à l’amendement en question a été approuvé par le conseil ministériel qui s’est tenu ce mercredi.

Mais alors qu’est-ce qui a poussé les agences de l’ONU à désigner Myriam Belkadhi comme ambassadrice CEDAW si elle considère que la situation de la femme est "satisfaisante", que les loi tunisiennes consacrent l'égalité homme-femme et qu'elles doivent simplement être "appliquées"?

“Les propos tenus dans son interview avec Business News n’engagent qu’elle”, s’est défendue Héla Skhiri, chargée de programme national au sein d’ONU Femmes.

Héla Skhiri a souligné le fait que la désignation de Meriam Belkadhi a été motivée par l’adhésion de celle-ci aux droits humains universels, et ceux des femmes en particulier, tout en insistant sur son désaccord avec les propos tenus sur Business News.

La chargée de programme nationale assure cependant que la démarche est à parfaire: “Plusieurs rendez-vous seront organisés avec les ambassadeurs pour qu’ils puissent mener à bien leur mission première: défendre l’égalité des sexes”.

Elle a également tenu à préciser que “les agences onusiennes procèderont à un travail en matière de communication avec les représentants CEDAW afin de rester fidèle à l’état d’esprit de la Convention.”

Le 17 avril 2014, la Tunisie a procédé à la levée des réserves sur la CEDAW. Une initiative qui avait suscité un débat politique houleux qui n'a pas fini de diviser.

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