MAROC
19/08/2015 08h:35 CET | Actualisé 19/08/2015 08h:35 CET

Comment le groupe immobilier Alliances veut surmonter la crise

Le groupe Alliances dévoile son plan de sortie de crise
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Le groupe Alliances dévoile son plan de sortie de crise

IMMOBILIER - On en sait plus sur le plan de restructuration et la période difficile que traverse le groupe Alliances développement immobilier, lourdement endetté et frappé de plein fouet par la crise que connaît le secteur.

Le groupe dirigé par Alami Lazrak vient en effet de lancer un emprunt obligataire remboursable en actions (ORA) de 1 milliard de dirhams, réservé aux détenteurs d’ORA 2012.

La maturité de l’opération, dont la période de souscription est comprise entre le 24 et le 26 août, est de 2 ans et 8 mois. Le taux d’intérêt nominal est fixé à 5% hors taxe.

Une dette de 8,6 milliards de dirhams

Cette opération fait partie d’un vaste plan de désendettement visant à assainir la situation financière d’Alliances et réduire son endettement de 4 milliards de dirhams à l’horizon 2016.

Dans la note d’information de cet ORA, qui compte plus de 400 pages, Alliances présente les grandes lignes de ce "plan stratégique".

Il faut dire que le groupe marocain est miné par une dette de 8,6 milliards de dirhams, qui dépasse largement ses fonds propres (4 milliards de dirhams).

En 2014, le groupe créé en 1994 a affiché une baisse de 31% de son chiffre d’affaires à 2,93 milliards de dirhams.

Réduction massive des effectifs

Le constat est alarmant. Toutes les sociétés d’Alliances sont en grande difficulté: la société EMT, dont les projets sont actuellement à l'arrêt ou résiliés, mais aussi EMT Bâtiment dont l’effectif est passé de 3.069 employés en décembre 2013 à 89 employés en juin 2015.

La société EMT Routes connaît elle des difficultés de trésorerie importantes et de nombreuses saisies ont rendu indisponibles les sommes versées ou à verser par les clients et ne permettent plus le paiement des fournisseurs. A l’exception d’un projet d’aménagement à Rabat, tous ses projets ont été résiliés. EMT Routes a elle aussi considérablement réduit ses effectifs (361 en décembre 2013 à 17 en juin 2015).

Un accord avec les banques et les assurances

D’où l’urgence de désendetter Alliances à travers "un plan stratégique visant à réduire l’endettement financier, à améliorer la liquidité et à baisser significativement le poids des frais financiers", lit-on dans la note d’information.

Première étape: négocier avec les créanciers. Le groupe annonce ainsi être "parvenu à négocier un échelonnement d’une partie de ses dettes auprès de deux banques de la place". Alliances fait ici référence à un accord récemment conclu avec la Banque populaire et Attijariwafa Bank.

Pour ce qui est de sa dette vis-à-vis de son assureur, Alliances annonce que ce dernier renonce à une partie de sa créance (entre 40 et 50%) pour ses principales sociétés.

En proie à la grogne sociale, le groupe indique que dans le cas des sociétés EMT, EMT Routes et EMT Bâtiment, un accord a été signé le 13 Juillet 2015 avec les délégués du personnel et les représentants des deux centrales syndicales (CDT et UGTM).

Conciliation amiable

La note d’information nous apprend également qu’une procédure de règlement amiable a été ouverte le 13 avril 2015 à la demande des dirigeants des sociétés EMT, EMT Routes, EMT Bâtiments et EMT Levage.

"Dans le cadre de cette procédure, Abderrahim Lahjouji a été désigné comme conciliateur avec pour mission de favoriser le fonctionnement de l'entreprise et de rechercher la conclusion d'un accord avec les créanciers".

Une ordonnance a été ensuite rendue par le président du Tribunal de commerce de Casablanca le 8 mai 2015. Cette ordonnance suspend et interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance est antérieure à cette décision.

La période de conciliation amiable a pris fin le 13 août. Prochaine étape: le conciliateur désigné doit rencontrer le président du Tribunal de commerce de Casablanca afin de lui rendre compte de sa mission. Le Tribunal de commerce se prononcera sur les étapes à venir.

L'herbe est-elle plus verte en Afrique subsaharienne?

Alliances présente aussi ses axes de développement. Cela passe par une diversification régionale dans l’habitat social et intermédiaire, et un maintien de la présence de groupe dans "l’immobilier résidentiel haut standing à travers plusieurs projets principalement au cœur de Casablanca, Rabat et Agadir", auxquels viennent s’ajouter des Resorts Golfiques avec Al Maaden et Akenza à Marrakech. Alliances veut ainsi se positionner davantage dans l’immobilier de luxe, d’où la création de la marque "Alliances Créations".

Mais c'est surtout en Afrique que le groupe marocain voit une issue favorable à la crise. Après avoir listé ses futurs projets au Sénégal, au Cameroun, au Congo Brazzaville et en Côte d’Ivoire, Alliances annonce un renforcement de ses activités dans le continent.

"Il est donc tout à fait permis de penser que l’avenir est prometteur sur les marchés de la construction dans ces pays. Le Groupe a ainsi prospecté plusieurs marchés potentiels au Sénégal, au Cameroun, au Congo Brazzaville et en Côte d’Ivoire".

Une année sombre

En janvier 2015, le Tribunal de commerce de Casablanca a ordonné une saisie sur les actions de Alami Lazrak dans le capital d’Alliances. Après un recours en appel, le Tribunal de commerce a levé la saisie sur ces actions.

Mais quelques semaines plus tard, Alliances fait l’objet d’une deuxième décision de justice ordonnant la saisie des comptes bancaires du groupe pour environ 11 millions de dirhams, en faveur du Comptoir métallurgique marocain, filiale du groupe Holmarcom.

Un titre qui ne cesse de plonger

Suite à ces affaires judiciaires, le titre du groupe immobilier été suspendu à deux reprises de la cotation de la Bourse de Casablanca.

Les saisies et suspensions à répétition ont sérieusement malmené le cours de l’action Alliances. Depuis le début de l’année, sa valeur a plongé de 82%. A l’issue de la séance du mardi 18 août, le titre Alliances a cédé 2,40%, ne dépassant guère les 50 dirhams.

Mais bien qu’il traverse une période difficile, le groupe avait réussi à boucler un emprunt obligataire de 1 milliard de dirhams. Pour cette opération, le groupe immobilier marocain avait dû toutefois proposer une prime de risque assez élevée.

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