MAGHREB
18/08/2015 11h:43 CET | Actualisé 18/08/2015 12h:56 CET

Tunisie: Un projet pour venir en aide aux mères célibataires rejetées par la société et les institutions (VIDÉO)

Lluviavigo/Flickr

SOCIÉTÉ - 1200 à 1500 naissances hors mariage sont recensées en Tunisie chaque année, selon la Direction générale de la promotion sociale.

Répertoriées dans la case "cas sociaux" dans les dossiers entassés du ministère des Affaires sociales, de jeunes mamans au parcours souvent chaotique partagent la même corvée, celui des mères célibataires dans une société qui ne tolère pas leur présence.

Violence verbale, physique, sexuelle, précarité financière, déséquilibre familial émaillent la vie de ces jeunes femmes.

Dans un film réalisé en Tunisie dans le cadre du projet "Pour une meilleure insertion sociale et professionnelle des mères célibataires du Maghreb", ces mères célibataires racontent leur expérience douloureuse, un "parcours de violence et de maltraitance".

"Elles sont issues pour la plupart d'un milieu défavorisé, sans diplôme, ayant déjà une vie tourmentée, elles s'installent dans les grandes villes: Grand Tunis, Sfax, Sousse, Nabeul, cherchant l’anonymat", a déclaré Hayfa Ben Miloud, coordinatrice régionale du projet au HuffPost Tunisie.

La violence institutionnelle

Le projet "Pour une meilleure insertion sociale et professionnelle des mères célibataires au Maghreb" est mené par Santé Sud, une ONG internationale de formation et d'accompagnement de projets. Santé Sud travaille à l'amélioration de la santé des plus vulnérables en collaboration avec des partenaires locaux.

Financé par l'Union européenne et l'Agence Française de Développement, ce projet tend à promouvoir l'accès des mères célibataires aux droits fondamentaux et de développer leur émancipation économique et sociale.

Les partenaires locaux en Tunisie sont le réseau "Amen enfance" (composé de 12 associations) ainsi que les intervenants directs, en l'occurrence le personnel médical, les forces de police (pour le processus de recherche de la paternité), les ministères concernés, notamment le ministère des Affaires sociales et de la Santé.

"Dans le cas des mères célibataires, à la stigmatisation de la familles et des proches déjà très pénible, s'ajoute une autre stigmatisation, celle des premiers intervenants, les sages femmes, les policiers et parfois aussi les assistantes sociales. Pour y remédier, nous essayons de changer les mentalités, de former ces personnes pour qu'elles prennent mieux en charge ces personnes vulnérables à travers un guide des droits" a ajouté Hayfa Ben Miloud.

La lenteur administrative

Souvent démunies financièrement, les jeunes mères célibataires sollicitent l'aide du ministère des Affaires sociales, censé prendre en charge ces affaires.

"Or la lenteur et la désorganisation administratives n'arrangent pas leur situation. Les dossiers sont entassés et les paperasses administratives interminables aggravent encore plus leur vulnérabilité", déplore Hayfa Ben Miloud.

Si les enfants hors mariage sont pris en charge par des associations et les délégations de la protection de l'enfance qui existent dans toutes les régions, les mères, elles, éprouvent plus de difficultés.

"Les gens n'ont pas de mal à venir en aide à ces enfants, en revanche, pour leurs mères c'est différent. Elles sont pointées du doigt comme des coupables, des filles de mauvaise vie... aucune pitié pour elles".

Le projet de Santé Sud vise notamment à convaincre les acteurs des micro-crédits pour qu'ils contribuent à l'insertion économique de ces femmes en leur octroyant des crédits sans garanties. "Des garanties qu'elles n'ont évidemment pas", a précisé la coordinatrice du projet.

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