ALGÉRIE
18/08/2015 07h:55 CET | Actualisé 18/08/2015 07h:56 CET

Turquie: la confiance aveugle des migrants aux passeurs pour rejoindre l'Europe

Une migrante marche vers un bateau pour embarquer de Bodrum, ville touristique sur la côte égéenne en Turquie, pour l'île de Kos en Grèce, le 18 août 2015
AFP
Une migrante marche vers un bateau pour embarquer de Bodrum, ville touristique sur la côte égéenne en Turquie, pour l'île de Kos en Grèce, le 18 août 2015

Duaa, réfugiée syrienne de 22 ans, compte nerveusement les heures avant d'embarquer de Bodrum, ville touristique sur la côte égéenne en Turquie, pour la Grèce. Cette mère de deux enfants espère que cette nuit leur offrira une vie meilleure de l'autre côté, en Europe.

"Mon mari discute avec un homme (un passeur, ndlr) qu'on a payé 1.200 dollars pour chacun" des membres de la famille, raconte à l'AFP la jeune femme, assise dans le jardin de la mairie.

1.200 dollars, soit 1.800 euros... Le prix à payer pour prendre place dans un canot pneumatique censé les conduire vers l'île grecque de Kos, première porte d'entrée en Europe, au terme d'une courte mais dangereuse traversée .

"Nous avons peur qu'il prenne l'argent et disparaisse", s'inquiète la jeune mère prête à rejoindre cet inconnu "ce soir à 23H pour partir".

Afghans, Syriens, Africains ou autres... les candidats à l'exil profitent chaque jour de la douceur estivale pour franchir l'un des plus courts passages côtiers entre la Turquie et l'Eldorado européen.

Incapables de se débrouiller seuls, ces migrants doivent s'appuyer sur des passeurs qui coordonnent l'entreprise; de la livraison dans des stations de bus de la ville de canots pneumatiques --commandés depuis Istanbul et Izmir-- jusqu'au transport en taxi au point d'embarquement.

Non loin, Hasan, 16 ans, se désole de "ne pas savoir quand" il va partir. Sans argent, l'adolescent squatte depuis une semaine une aire de jeux pour enfants avec une centaine d'autres réfugiés, se nourrissant "de yaourt et de pain" en attendant son départ.

Comme tous ses compagnons d'infortune, il a échoué à Bodrum sur les conseils de passeurs, avec lesquels il avait pris contact dans le sud-est de la Turquie.

'Promesse d'une vie meilleure'

Compte tenu de la forte présence policière turque sur la côte, rien n'est moins sûr que la réussite de la traversée ou, en cas d'échec, le remboursement de l'argent par les passeurs.

"Aujourd'hui nous avons arrêté un passeur iranien en flagrant délit", explique à l'AFP un membre de la gendarmerie turque, précisant que les passeurs, originaires de Turquie, Iran, Pakistan, Syrie et parfois de Côte d'Ivoire, risquent alors jusqu'à huit ans de prison.

Les réfugiés, eux, sont condamnés à une amende de 2.200 livres turques (700 euros), avant d'être présentés à une antenne de l'agence d'immigration puis déplacés vers un camp de réfugiés.

"La plupart d'entre eux ne peuvent payer l'amende. Ils repartent dans les camps de réfugiés puis reviennent" à Bodrum, raconte un témoin du sauvetage.

"J'en ai vu revenir quatre fois ici pour tenter la traversée", se souvient-il.

Quatre ans après le début de la guerre civile en Syrie, la plupart des réfugiés syriens - dont 1,8 million vivent en Turquie - ont perdu espoir de rentrer un jour chez eux, et tournent désormais les yeux vers l'Europe, explique Metin Corabatir, directeur du Centre de Recherches sur l'Asile et les Migrations basé à Ankara.

En un mois, près de 18.300 migrants ont été secourus par la Turquie en mer Egée, et près de 5.300 rien que la semaine dernière, a annoncé lundi le gouvernement turc

"Les passeurs encouragent les réfugiés à se rendre en Europe, avec la promesse d'une vie meilleure", a expliqué M. Corabatir à l'AFP. Un commerce plus que rentable pour les passeurs au regard du nombre de candidats en attente, selon lui.

'Des clients comme les autres'

Les passeurs ne sont d'ailleurs pas les seuls à profiter de ce commerce avec les migrants, qui n'emportent presque rien avec eux si ce n'est des gilets de sauvetage, ou des bouées de secours pour les moins chanceux.

Ces nouveaux clients sont aussi une aubaine pour le boutiques de Bodrum. "J'ai vendu 100 à 150 gilets en une semaine", confie une jeune vendeuse sans donner son nom, expliquant qu'ils étaient aupravant destinés "aux gérants d'hôtels pour leurs parcs d'attraction et piscines."

Acheté "30 livres (9,44 euros)" un gilet de sauvetage est revendu "35 livres" (11 euros).

Et puis, s'il y a vente c'est qu'il y a demande souligne un des vendeurs. "S'ils avaient été des touristes, je leur aurait proposé plutôt du vin", ironise-t-il.

Après tout, ce sont des clients comme les autres, juge un conducteur de taxi, qui n'a aucun scrupule à conduire les migrants à l'embarquement: "On ne peut pas leur dire +vous êtes des réfugiés, ne montez pas dans ma voiture+".

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