MAGHREB
17/08/2015 14h:03 CET | Actualisé 17/08/2015 16h:03 CET

Tunisie: I Watch explique sa stratégie de communication pour empêcher le vote de la loi de réconciliation nationale

I Watch- Tunisia
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Entre la promulgation de la loi sur la recapitalisation des banques publiques et la programmation de la loi de réconciliation économique et financière nationale, l’ONG I Watch-Tunisia oeuvrant pour la transparence politique et contre la corruption est sur tous les fronts.

Avec la campagne “Rends l’argent”, l’ONG pointe du doigt l’impunité dont disposeraient certains hommes d’affaires quant au remboursement des prêts donnés par les banques publiques. Mais en nommant ces personnes, sans expliquer sa démarche ni apporter de preuves de leur culpabilité, l'organisation a essuyé de nombreuses critiques, interrogeant le caractère éthique voire légal d'une telle initiative.

Responsable de la communication d'I Watch-Tunisia, Mouheb Garroui a tenté d'expliquer la stratégie adoptée pour mener sa campagne. Il invoque le principe du "Naming and Shaming".

“Naming and Shaming", en français "Nommer et embarrasser" consiste à "dire publiquement qu'une personne ou qu'un groupe de personnes a fait quelque chose de mal."

“Le but principal de cette campagne était, dans un premier temps, de simplifier autant que possible le jargon économique relatif à la loi de recapitalisation des banques publiques via la charte graphique publiée sur la page Facebook officielle d’I Watch-Tunisia”, explique Mouheb Garroui au HuffPost Tunisie.

I Watch pointe du doigt les crédits empruntés et non rendus par certains hommes d’affaires. Selon l’ONG, la publication de ces dossiers était nécessaire, car elle permettrait “de comprendre la situation économique catastrophique actuelle du pays et de poursuivre en justice les personnes responsables de cette situation.”

“Il était nécessaire de mettre un nom et une image sur ces hommes d’affaires privilégiés, nous en avions marre d’entendre parler de “parties”, qu'elles soient inconnues du grand public, que le peuple soit dans l’ignorance.”, justifie M. Garroui.

Si la stratégie abordée peut poser un problème légal, puisqu’elle porte atteinte à certains hommes d’affaires en affichant leurs noms et leurs photos, Mouheb Garroui insiste sur le bien-fondé des publications. Il déclare “se baser sur une commission instituée par l’Etat”.

En effet, l’Instance nationale de lutte contre la Corruption créée en 2011 avait publié un compte-rendu de son travail, par le biais de la Commission nationale d’investigation sur les affaires de corruption et de malversation. Cette même instance s’est dirigée ensuite vers la justice qui n’a donné aucune suite aux dossiers liés à certains hommes d’affaires.

“C’est de là que nous est venue l’idée du Naming and Shaming auquel on a agencé le côté visuel. Il fallait donner le nom de ces hommes d’affaires et mettre la lumière sur les sommes faramineuses qu’ils possèdent.”

Sauf que la Commission de feu Abdelfattah Amor n’a publié dans son compte-rendu que les initiales des hommes d’affaires impliqués dans des affaires frauduleuses. A la question de savoir, comment l’ONG a-t-elle réussi à déchiffrer les abréviations Mouheb Garroui répond:

“Nous avons décrypté les abréviations présentes dans le compte-rendu par des recherches que nous avons effectuées.”

Le rapport de la Commission étant lui-même controversé, la méthode employée reste sujette à caution. Le représentant d'I-Watch tient cependant à assurer que s’il s’avère que l’un des hommes d’affaires cités dans la campagne “Rends l’argent!” est exempt de toutes suspicions, des excuses publiques lui seront présentées.

Mais face à ces accusations, Moncef Sellami, un des hommes d'affaires pointé du doigt par l'ONG, a démenti les allégations et a menacé de porter plainte contre l'organisation.

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“On a perdu une bataille mais pas la guerre”

Si la loi relative à la recapitalisation et la restructuration des banques publiques a été adoptée dans la nuit du jeudi au vendredi du 7 août, l’ONG assure qu’elle sera au premier rang de la bataille contre la loi de la réconciliation économique. “On a perdu une bataille mais pas la guerre”, affirme son représentant.

Toujours dans l’optique de mettre la pression sur les députés, l’ONG pense à la création d’un site web permettant aux citoyens de voter les articles les plus débattus ou bien l’ensemble du projet de loi. Pour ensuite, présenter les résultats des votes aux députés.

“Notre rôle d’observateur ne nous permet pas de prendre position, mais nous sommes contre le projet de loi relatif à la réconciliation économique. Il donnerait une impunité totale aux corrompus et c’est ce que nous voulons éviter à tout prix”, conclut Mouheb Garroui.

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