ALGÉRIE
16/08/2015 21h:49 CET | Actualisé 17/08/2015 03h:50 CET

Mihoubi veut que les salles de cinéma à l'abandon soient affectées au ministère de la culture

le roxy alger

C'est, pour paraphraser le titre d'un un roman de Peter Handke, "l'angoisse de chaque nouveau ministre de la culture au moment de la lecture du dossier ‘salles de cinéma’".

Un "dossier" vieux qui passe d'un ministre de la culture à un autre et qui renvoie au spectacle de désolation offert par les salles de cinéma dans la plupart des communes.

Une situation absurde où l'on semble, depuis des années, préférer laisser ces salles tomber en ruines plutôt que de les affecter à une institution publique disposée à les gérer et à les rénover.

Comme ses prédécesseurs, le ministre de la culture, Azzedine Mihoubi, a réclamé que les salles de cinémas laissés à l'état d'abandon par les communes passent sous l'égide de son ministère.

Comme chaque ministre qui passe, M.Mihoubi a déjà fait le constat en juin dernier que 95% des salles de cinéma algériennes sont fermées et non exploitées. Un chiffre qui atteste de l'état d'abandon dans lequel se trouve le parc des salles de cinéma en Algérie, abandonnées ou détournées de leur usage.

La solution d'un transfert de ces cinémas au ministère de la culture a beau paraître censée - des cinémas gérés, c'est toujours mieux que des cinémas abandonnés -, elle se heurte encore au veto du ministère de l'intérieur et des collectivités locales qui veut les maintenir sous la tutelle des commune.

Un patrimoine "encombrant" pour les communes

Défendre le patrimoine des communes n'est pas une mauvaise idée. Mais c'est un patrimoine qui est entrain d'être dilapidés et les collectivités locales "ne savent pas quoi en faire" comme l'a déjà constaté le ministre de la culture.

Azzedine Mihoubi a donc repris le vieux plaidoyer de tout ministre de la culture devant le spectable de désolation offert par de nombreuses salles de cinéma. Il a réitéré, dimanche 16 aout à Aîn Temouchent, l’appel à affecter les salles de cinéma au secteur de la culture.

Une mesure nécessaire pour que le ministère de la culture puisse dégager des fonds pour les réhabiliter et les équiper. Azzedine Mihoubi a exprimé son intention, dans le cas où la situation se débloque, de "restaurer, réhabiliter et équiper" ces structures culturelles, pour le "renouveau du 7e art national".

Le ministère qui était à Ain Témouchent pour suivre l'état d’avancement des travaux de réhabilitation de la salle Fellaoucène a indiqué qu'un "plan cinéma" était en cours d'élaboration.

Une commission ministérielle "spécialisée va dégager une plateforme pour le renouveau du 7ème art national", a-t-il affirmé, relayé par l'APS. "Le cinéma est une priorité" a-t-il rajouté.

Azzedine Mihoubi avait indiqué en juin dernier que 380 des 400 salles de cinéma existantes en Algérie sont "fermées et non exploitées". Un constat confirmé par un rapport, intitulé "Projet de collecte de données statistiques sur les marchés cinématographiques et audiovisuels dans 9 pays méditerranéens", dont les chiffres sont plus détaillés.

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En Algérie, selon ce rapport publié en 2014 dans le cadre du programme Euromed Audiovisuel III de l'Union Européenne, "seulement 318 sur les 458 salles [recensées] au lendemain de l'indépendance existent encore". Pas plus de 91 sont en état de fonctionnement, et 232 parmi celles répertoriées appartiennent aux APC. Certaines salles ont été laissées à l'abandon, tandis que d'autres ont été détournées de leur usage culturel, déplore la même étude.

Des données qui illustrent la non-gestion du parc de salles de cinémas, pourtant porteuses d'intérêts culturels et économiques. La démarche de réaffectation, visiblement nécessaire pour le "renouveau du 7e art" algérien selon les termes du ministre, bute sur le refus du ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales à "céder" ces structures au ministère de la Culture.

Dans un entretien accordé au quotidien "Le Soir d'Algérie", le dramaturge Slimane Benaïssa, qui a demandé, à maintes reprises, la location de la salle "L'Afrique", a qualifié cette gestion de "dramatique". "Le drame algérien se résume à une attitude : ne bougeons pas, c’est toujours rentable. Le statu quo mortel", avait-il indiqué.

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