ALGÉRIE
15/08/2015 04h:40 CET

Des plages touristiques turques, des migrants tentent de rejoindre la Grèce en canots

Un syrien embrasse la terre à son arrivée sur l'île grecque de Lesbos, le 14 août 2015 après avoir traversé la mer Egée en partant de Turquie
AFP
Un syrien embrasse la terre à son arrivée sur l'île grecque de Lesbos, le 14 août 2015 après avoir traversé la mer Egée en partant de Turquie

Il est plus de minuit sur la côte méridionale turque et, à quelques centaines de mètres de touristes encore attablés sur les bords de la mer Egée, de petits groupes de migrants, adultes et enfants, embarquent précipitamment sur de fragiles canots, espérant gagner les lumières toutes proches de l'île grecque de Kos.

Dans l'obscurité de la nuit estivale, un groupe surgit de la forêt à Bodrum, portant à bout de bras des bateaux pneumatiques et des pagaies pour se diriger vers la mer. Alors que le groupe, équipé de gilets de sauvetage, se presse pour monter dans les embarcations, une voix s'élève : "Vite!".

Le premier canot pneumatique s'éloigne progressivement, un deuxième le suit dix minutes plus tard avec à bord une dizaine de migrants, puis un troisième. Un ballet minutieusement orchestré par des passeurs qui guident, de loin, les migrants au moyen de leurs torches.

Depuis le début de l'année, de nombreux réfugiés, fuyant la guerre en Syrie ou le chaos afghan, tentent la traversée de nuit entre la Turquie et les îles grecques.

Connue jusqu'à présent pour ses nuits agitées, ses bars et ses hôtels pris d'assaut l'été par les touristes étrangers, Bodrum, surnommée "le Saint-Tropez turc", vit depuis un an au rythme incessant des embarcations de misère. Et pour cause, à cinq kilomètres des plages turques, se trouve l'Eldorado des migrants : l'île de Kos, première porte d'entrée vers l'Europe.

Malgré le risque et la fragilité des bateaux pneumatiques, les passeurs privilégient désormais l'usage de ces embarcations pour atteindre les îles grecques depuis que la Turquie a multiplié les contrôles des cargos, utilisés un temps par les passeurs pour emmener les migrants vers les côtes italiennes, relève l'Organisation internationale pour les migrations.

En sept mois, quelque 124.000 réfugiés ont ainsi rejoint la Grèce, un chiffre en hausse de 750% par rapport à 2014, estime l'ONU.

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"Si Dieu le veut"

Malchanceux, trois hommes qui n'ont pu tenter l'aventure observent depuis la plage la ville de Kos, qui se dessine au loin.

"Si Dieu le veut" ce sera pour une prochaine fois, veut croire l'un d'eux, qui comme tous ses compagnons d'infortune s'exprime sous couvert d'anonymat.

"On veut vivre une vie normale", soupire à ses côtés un homme de 38 ans, originaire du port syrien de Tartous (ouest). "Je sais ce que veut dire 'vivre', mais pas cet enfant", ajoute l'homme montrant du doigt un jeune garçon, qui n'a connu que la guerre syrienne et la fuite.

Et lorsqu'on demande à ce réfugié qui a déjà transité par le Liban comment il imagine son avenir: "Je ne sais pas, Dieu seul sait", dit-il.

Exaspéré d'attendre depuis la tombée de la nuit ses passeurs, absents, il les appelle: "Vous n'avez pas honte ? Les enfants dorment dans la rue. Pourquoi ne venez-vous pas ?", s'insurge-t-il en arabe.

Des taxis, envoyés par les trafiquants, viendront quelques minutes plus tard chercher le groupe pour les emmener vers une autre plage.

Selon des responsables turcs, il existe pas moins de huit points de passage depuis Bodrum vers les îles grecques.

"Lorsque les conditions météorologiques sont bonnes, et qu'il n'y a pas de brouillard", ils sont en moyenne 200 migrants à faire la traversée, précise sous couvert d'anonymat l'un d'entre eux.

Alors que le soleil se lève et que les premiers joggeurs commencent à affluer sur la plage, les migrants eux se retirent progressivement. Ils devront prendre leur mal en patience, avant de tenter une autre nuit leur chance.

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