MAGHREB
13/08/2015 05h:54 CET | Actualisé 13/08/2015 09h:01 CET

Tunisie - Les "études de genre" seront enseignées à l'université: Entretien avec Dalenda Largueche

Center for Gender Studies at SOAS

Les études de genre (Gender studies) seront enseignées à la rentrée en troisième cycle dans une université à Tunis. La nouvelle avait été annoncée par Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté de la Manouba au sein de laquelle ce cursus sera créé.

Les études de genre sont un champ de recherche qui vise à montrer que l'identité sexuelle n'est pas déterminée par le biologique, mais est apprise et dictée à l'individu par la société. Sauf que ce champs d'études né aux Etats-Unis dans les années 60 a tendance à échauffer les esprits. Dernièrement en France, son enseignement supposé avait provoqué une mobilisation de détracteurs virulents qui le soupçonnaient de "nier la réalité biologique".

Dalenda Largueche, enseignante d'histoire à l'université de la Manouba, est à l'origine du Master "Genre, société et culture". Dans un entretien accordé au HuffPost Tunisie, elle en dit plus sur cet enseignement d'un nouveau genre, en Tunisie!

HuffPost Tunisie: Quel besoin a fait naître ce nouveau master?

Dalenda Largueche: Comme je m'intéresse avec plusieurs professeurs depuis plusieurs années à l'enseignement des questions liées aux femmes, nous avions créé avant la révolution un master "Etudes féminines". L'Etat avait malheureusement donné son accord pour un master professionnel et non pour un master de recherche. Cela s'est arrêté en 2009 sans déboucher sur grand chose. Le master "Genre, société et culture" est dans la continuité féministe de ce travail. Par ailleurs, il y a beaucoup de compétences en Tunisie qui travaillent sur le genre mais elles sont éparpillées sur plusieurs établissements. Nous avons voulu nous réunir au sein d'un seul cursus.

En quoi consistera la formation?

Une formation sur les rapports sociaux entre les sexe à travers des angles différents: histoire, lettres, philosophie, sociologie... Le concept de genre réfère aux représentations sociales et culturelles des hommes et des femmes dans une société donnée. Il s'agit d'apprendre scientifiquement aux étudiants à déconstruire les rapports de domination d'un sexe masculin, bâti sur de pures représentations sociales et religieuses. Aussi, ils doivent savoir analyser la notion de "sexe" à travers les sciences humaines, en s'ouvrant sur plusieurs disciplines. Des enseignants comme Raja Ben Slama, Hafidha Chakir, Amel Grami, Saloua Charfi, vont donner des cours de droit, de littérature, d'histoire, de sociologie... Nous enseignerons des auteurs comme Joan Wallach Scott, Simone de Beauvoir, Nawal Saadaoui et nous relaterons l'histoire des féminismes dans le monde.

Le ministère de la Femme a-t-il participé à l'élaboration de cet enseignement?

Oui. Ce cursus se fera en partenariat avec le CREDIF, un centre de promotion de la condition de la femme sous tutelle du ministère de la Femme.

N'avez-vous pas peur de faire de la recherche trop engagée?

Nous sommes clairement féministes. Dans la recherche, je pense que l'engagement est important et il a été indispensable dans notre cas. Il aura quand même fallu que des universitaires femmes imposent ce genre d'études pour qu'un master voit le jour à la Manouba. Il fallait de l'engagement pour changer les choses.

Que pensez-vous de la polémique qu'a provoqué l'enseignement de cette discipline en France?

D'abord il y a une différence entre la Tunisie et la France où la polémique portait sur l'éducation primaire et secondaire. Après c'était la droite et les conservateurs qui ont voulu instrumentaliser cette affaire pour des considérations politiciennes. Quoi qu'il en soit, nous ne sommes pas là pour changer la composition biologique mais plutôt pour contribuer à changer les mentalités en Tunisie. Et le fait de nous permettre de faire ce master à l'université tunisienne, prouve d'une façon ou d'une autre que les mentalités ont changé.

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