ALGÉRIE
13/08/2015 05h:38 CET | Actualisé 13/08/2015 09h:08 CET

Mosquées: obsession d'imam et tromperie sur le "service public" (Opinion)

mosquée emir abdelkader constantine

Mosquée Emir Abdelkader - Constantine

Dans l’édition du 30 décembre 2012 du Quotidien d’Oran, un éditorial signé K.Selim, évoquait le discours obsessionnel des imams sur les femmes. A l’heure où les affaires religieuses s’occupent d’une affaire aussi triviale que le nombre de salam aleykoum à dire à la fin de la prière, il est utile de le relire. D’autant que l’obsession dont il est question est toujours d’actualité….

Pour le cinquième vendredi consécutif, dans cette localité de la wilaya de Blida, non loin d’Alger, le prêche porte sur les femmes. Le sermon – il s’agit d’infimes variations sur un thème unique – est un concentré virulent de vitupération incendiaire et d’imprécations fulminantes.

Cinq vendredi de suite que l’imam –incontestablement monomaniaque - tombe à mots très raccourcis sur les hommes présents qui ne gèreraient pas comme ils le devraient, leurs épouses, filles ou mère et sœurs.

Pour l’imam en cause, les hommes seraient beaucoup trop laxistes avec les épouses, filles, sœurs ou mères en exauçant tous les souhaits. Ainsi ces dames voudraient un téléphone portable ?  Voilà que les hommes se précipitent pour acheter le mobile de la perdition car "vous savez-bien ce qu’elles en font, n’est-ce pas" !

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Et puis ces hommes, pères, frères et fils, inconscients ou irresponsables, et en tant que tels probables futurs locataires de la géhenne, laissent la gent féminine regarder les séries télévisées et lire des romans. Ah, ces feuilletons concoctés par Satan et ces livres qui pavent les chemins de l’abîme !

Et puis, pour notre moraliste compulsif "la" femme qui travaille chute irrésistiblement, au nom d’une curieuse loi de la gravité, dans "l’enfer de la mixité." Qu’attendent donc les hommes pour les enfermer à la maison où elles ont tant à faire que même la télévision devient superflue !  

Les hommes, pères, frères et fils, admonestés jusqu’à écœurement, reviennent de fort mauvaise humeur d’une prière collective censée être un moment particulier d’élévation et de spiritualité.

Lassés par cinq semaines d’un numéro bégayant de misogynie échevelée, certains fidèles ont décidé de déserter la mosquée incriminée, d’effectuer la prière du vendredi en solo, ou, ce qui n’est pas simple, de rechercher, un peu plus loin, un imam indemne de fixation pathologique. Mais est-ce la solution ?

Il faut peut-être commencer par interpeller les chefs présumés des imams d’Algérie. Est-ce le ministre des affaires religieuses et du Wakf ou le directeur de la Fonction publique qui mérite ce titre ? Les deux puisque l’un "oriente" et l’autre gère les carrières et les salaires. 

Nul ne demandera à ces tutelles d’interdire aux imams de ressasser des idées aussi sottes qu’archaïques sur les femmes. Respect de la liberté d’expression oblige. Mais les imams étant payés pour assurer un "service public", le public est en droit d’exiger qu’ils fassent correctement leur travail.

Rappelons que l’année, messieurs les chefs des imams, compte 52 vendredi. Le public est prêt à admettre – en désertant éventuellement la mosquée à ces occasions – que les imams abordent avec cette inimitable fureur rédemptrice la "dangereuse" question de la femme durant un vendredi, ou deux à l’extrême limite.  Mais pas pendant cinq, dix ou 51 vendredi.

Car cela consiste indéniablement en une tromperie sur le service. L’imam n’est pas payé pour marteler à perte de vue un unique sujet, aussi séduisant soit-il.

Si un journaliste se présentait chaque jour avec le même article devant son rédacteur-en-chef, il ne ferait pas long feu dans la profession. Et si un enseignant débitait tous les jours le même cours, il n’aurait plus d’élèves.  

LIS!

On ne comprend pas pourquoi il en irait autrement pour ces imams vindicatifs qui ne traitent que de "la" femme. Par pitié pour nos oreilles malmenées et nos intelligences piétinées, un vendredi annuel suffit amplement messieurs ! Les thèmes alternatifs ne manquent pas.

Ainsi, par exemple, ces fonctionnaires, par un léger effort de documentation – Internet existe et Wikipédia en arabe aussi - pourraient évoquer le miracle du cerveau humain, son potentiel encore inexploré, ses capacités insoupçonnées…

Il suffirait à ces hommes de religion d’appliquer l’injonction fondatrice au Prophète "Lis !" pour découvrir que tous les vendredis de l’année ne suffiraient pas à effleurer tout ce qui peut intéresser les musulmans… Et, pardon, les musulmanes aussi.

Celles-ci ne demandent d’ailleurs pas mieux que les imams les oublient et s’occupent de sujets plus urgents. Elles sont nombreuses à concéder qu’elles ne méritent pas de monopoliser leurs obscures préoccupations.

Et les fidèles qui ont déserté le prêche hebdomadaire ou s’apprêtent à le faire pourraient établir une liste interminable mais non exhaustive de sujets importants à traiter. Ils sont prêts à aider ces imams à se renouveler et à dépasser leur détestation morbide des femmes.

Qu’ils se libèrent donc ou qu’ils s’assument ! En attendant, il serait légitime de demander à l’Etat d’exiger de ses fonctionnaires qu’ils "travaillent" en sanctionnant la manifestation évidente de paresse qui se révèle dans la répétition éhontée de la même péroraison tous les vendredis que Dieu fait.

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